Abbeville

24 900 hab. (Abbevillois) dont 800 à part, 2 642 ha, sous-préfecture de la Somme. La ville est dans la vallée de la Somme, rive droite, au confluent du Scardon qui vient de Saint-Riquier. Elle fut Abbatis Villa, le domaine de l'abbé, dépendant de l'abbaye de Saint-Riquier au début du 9e siècle; puis ville royale sous Hugues Capet, et chef-lieu du Ponthieu. À la fois port royal et ville frontière aux portes de l'Artois, elle sut bénéficier de cette situation pour s'enrichir dans la fabrique et le commerce des draps, et passait au 18e siècle pour une ville cléricale et aristocratique face à Amiens - ce qui peut contribuer à expliquer sa sévérité envers le fameux chevalier de La Barre, condamné et exécuté pour n'avoir pas salué un convoi mortuaire. De ce passé lui viennent entre autres le beffroi de 1209, la collégiale saint-Vulfran, du 16e s. flamboyant, l'hôtel des Rames du 18e s., ancienne manufacture créée par le Hollandais Van Robais à la demande de Colbert en 1665, le château de Bagatelle de 1756, avec un parc à l'anglaise du 19e siècle; musée historique, musée archéologique Boucher de Perthes.

Boucher de Perthes

Jacques Boucher de Perthes était directeur des douanes à Abbeville, où il a succédé à son père en 1825; il est né en 1788 à Rethel (Ardennes) et mort à Abbeville en 1868. Intéressé à l'archéologie, il a mis en évidence en 1844, dans les alluvions des environs d'Abbeville, des silex taillés de main d'homme et associés à des ossements d'animaux identifiables. Posant les rudiments de la stratigraphie, il les a datés approximativement en analysant les couches successives d'alluvions, et ainsi découvert que des hommes avaient pu faire ce travail voici quelque 500 000 ans, à une époque où la naissance de l'humanité était couramment estimée à 4 000 ans.

Son premier ouvrage, curieusement intitulé Antiquités celtiques et antédiluviennes, fut publié en 1849 et souleva le scandale; une quinzaine d'années après, Darwin aidant, ses idées étaient généralement admises. Le nom d'abbevillien donné à la culture paléolithique qu'il décrivait ne date toutefois que de 1939 et fut proposé par Henri Breuil. Bien avant, en 1872, Gabriel de Mortillet avait identifié et décrit une culture un peu moins ancienne (environ 300 000 ans), à partir de découvertes d'outils plus élaborés, surtout des bifaces, faites à Saint-Acheul dès 1843 dans la commune d'Amiens; il l'a nommée acheuléen. La Somme peut se targuer ainsi d'une place originale dans l'apparition de la préhistoire scientifique.

Le centre-ville garde par ses boulevards la trace des anciens remparts en ellipse, tandis que les autoroutes A 16 et A 28 esquissent une rocade sur les deux tiers du périmètre de banlieue, avec trois gros échangeurs. La ville offre plusieurs parcs et jardins, notamment de la Bouvaque, du Carmel et d'Émonville. Les ensembles d'habitation et une zone industrielle ont largement débordé sur le plateau du Ponthieu à l'est, entre Somme et Scardon, où a été définie une zone d'aménagement concerté (zac) des Deux Vallées. Deux «zones urbaines sensibles» ont dû être délimitées, l'une (Soleil Levant-les Bouleaux) à l'est, tout contre la vaste zone industrielle, l'autre (L'Espérance) dans le grand ensemble du sud-est.

Abbeville a deux collèges et deux lycées publics dont un professionnel, un collège et deux lycées privés dont un professionnel, un centre hospitalier de 320 lits et deux cliniques (100 lits), dont une de 170 sal. (Sainte-Isabelle); lycée agricole de l’Ermitage, atelier protégé Le Progrès (20 sal.). Dans le domaine des services apparaissent les installations électriques Demouselle (Actemium, 120 sal.), EEP (50 sal.) et Santerre Nord Picardie Innfra (éclairage public, 40 sal.), les comptabilités Bousquet (35 sal.), Fidexpertise (20 sal.), KPMG (20 sal.) et Sarecom (20 sal.), un cabinet de géomètres (Latitudes, 20 sal.), le nettoyage STRP (35 sal.), les Ambulances abbevilloises (40 sal.), des garages et banques.

Dans les commerces ressortent un hypermarché Hyper-U (210 sal.), Intermarché (100 sal.), supermarché Carrefour (85 sal.) et Monoprix (40 sal.), magasins Bricogite (25 sal.), Réseau Pro (Wolseley, 25 sal.); publicité Adrexo (60 sal.) et Mediapost (50 sal.); transports du Ponthieu (Widehem Bridoux, 50 sal.) et Kuehne Nagel (20 sal.), transports urbains Keolis (50 sal.), autocars L'Oiseau Bleu (50 sal.). Dans le bâtiment, maçonnerie Charpentier (35 sal.), peinture Doutreleau (30 sal.), Ponthieu Charpente (25 sal.), travaux publics STPA (65 sal.), Screg (50 sal.), Eurovia (40 sal.) et EBTP (40 sal.);. EDF déclare 90 sal. et ERDF 55, la SNCF 90.

Les emplois industriels sont relativement abondants et assez variés. Les uns sont proches des spécialités du proche Vimeu: serrures pour automobiles du groupe Valéo (300 sal.), résultant du transfert de l’ex-usine Vachette de Sailly-Flibeaucourt et renforcée en 2012 par l'abandon du site d'Étaples (Pas-de-Calais); robinetterie de chauffage Comap (210 sal., 10 millions d’unités par an) du groupe Legris; portes blindées Fossier-Carmine (55 sal.), Maîtres-Robinettiers de France (25 sal.). D’autres ont partie liée avec le complexe de la Bresle, comme les verreries de la Somme du groupe Desjonquères (370 sal., flaconnages pour pharmacie et cosmétiques).

Vector (60 sal., groupe états-unien Schlumberger) fait des câbles électriques et optiques, notamment pour l'aviation; imprimerie Leclerc (30 sal.), miroiterie MPG (25 sal.), articles de voyage G. de Flandres (20 sal.), mécanique Dubois (20 sal.), métallerie Thiesset (vérandas, 20 sal.). L’agro-alimentaire est représenté par la laiterie Flandres-Picardie (SFPL) du groupe VPM (170 sal.), la Coopérative beurrière VPM (30 sal.); mais la Sucrerie du Littoral (70 sal.) du groupe SDHF (Tereos, 100 000 t/an), créée en 1872 et qui avait appartenu à Béghin-Say, a été fermée en 2009, comme la fabrique de revêtements muraux Abelia Décors (Vénilia et Buflex, 260 sal.), passée au groupe allemand LPW, le fut en 2005.

La commune a aussi un hippodrome sur la Prairie Malicorne dans la vallée de la Somme à l'ouest de la ville. Le terrain d’aviation (codes XAB, LFOI) est au nord, à Buigny-Saint-Maclou, avec une piste bitumée de 1 250 m et deux en herbe de 900 et 630 m sur 64 ha, aéroclub, ULM; il enregistre environ 11 000 mouvements par an, dont 2 400 au titre des voyages mais sans trafic commercial. Le terrain de golf est au nord-ouest dans la commune de Grand-Laviers.

Abbeville avait plus de 20 000 hab. en 1900; la population avait un peu baissé dans les années 1930, puis est montée à 25 400 hab. (sdc) en 1975, avant de rebaisser un peu; elle aurait perdu 500 hab. de 1999 à 2008. Le maire est Nicolas Dumont, socialiste. La communauté de communes de l’Abbevillois rassemble 13 communes et 30 800 hab., le pays de la Picardie Maritime 169 communes et 125 000 hab. L’unité urbaine Insee est donnée pour 25 600 hab., l’aire urbaine pour 37 700. L’arrondissement a 135 300 hab. (125 300 en 1999), 13 cantons, 200 communes, 173 316 ha; il s'est agrandi en 2010 du canton d'Oisemont, au sud, auparavant rattaché à l'arrondissement d'Amiens.

Les 2 cantons ont 30 800 hab. (31 000 en 1999), 13 communes, 11 147 ha. Les communes périphériques sont principalement résidentielles, d’assez petite surface et encore loin des 2 000 habitants. Eaucourt-sur-Somme (400 Eaucourtois, 442 ha), 7 km au SE d’Abbeville, a des restes d’un château fort du 15e s. avec «espace médiéval»; elle a depuis 2006 un parc de 6 éoliennes Repower (12 MW) dit Les Monts Bergerons II et partage avec Pont-Remy (canton d'Ailly-le-Haut-Clocher) depuis 2008 un autre parc de 5 éoliennes Repower (10 MW), dit les Monts Bergerons I; les deuxparcs sont exploités par Reolfi. Épagne-Épagnette (600 Épagnois, 656 ha) est en aval, 5 km et accueille les installations électriques Sécurilec (35 sal.); Épagnette est un hameau distinct en aval d'Épagne et a été une commune indépendante au début du 19e s.

Grand-Laviers (380 Laviérois dont 50 à part, 950 ha), 6 km NO d’Abbeville dans la vallée de la Somme, a un institut médico-éducatif et abrite le golf d'Abbeville et un village de vacances; château de Tofflet avec jardin d'agrément; échangeur de l'A 16 et de l'A 28 et péage au nord-est, échangeur de l'A 28 avec la D 40 à l'est; le village est sur le coteau de Somme, double dans la plaine par le hameau de Petit-Laviers. Cambron (730 Cambronnais, 1 261 ha), au sud de Grand-Laviers 4 km à l'ouest d'Abbeville, est au pied du coteau sud et possède une large fraction de la plaine de la Somme, dans les prés, marais et petits étangs; un autre échangeur de l'A 28 est à l'est du village. Yonval (240 Yonvalois) est au contraire un petit village de haut de coteau et n'a pas de terrain en plaine.

Mareuil-Caubert (1 020 Mareuillois dont 120 à part, 908 ha), au sud d'Abbeville, partagée entre plateau de craie et val de Somme, a 400 ha de marais et propose un petit musée et un festival de l’Oiseau; les inondations de 2001 y ont été particulièrement graves, amenant à mettre en cause les politiques de «conservation» Natura 2000, qui auraient compromis la réfection des digues. La commune résulte d'une fusion de 1826 entre Mareuil, au pied du coteau au sud, avec une église classée du 12e s., et Caubert, petit village de haut de coteau au nord, avec un château. La population comptée à part correspond au rattachement administratif de nomades («gens du voyage»). Au nord de la commune, la croupe allongée du mont Caubert est un vieil oppidum, nanti d'un «camp de César», qui domine l’hippodrome d’Abbeville. La plaine est couverte d'étangs; marais du Vivier au sud-est. Bray-lès-Mareuil (260 Brayois., 543 ha) est un peu en amont; château avec jardin d'agrément.

Cinq communes sont au nord-est de la ville. À Bellancourt (520 Bellancourtois, 598 ha), 7 km à l’est d’Abbeville, qui a gagné 80 hab. de 1999 à 2008, subsiste en réduction la maroquinerie Vivet (45 sal.). Vauchelles-lès-Quesnoy (930 Vauchellois, 614 ha) est 4 km à l'est d'Abbeville sur le plateau; échangeur et péage de l'A 16 , magasin Bricoman (50 sal.), viandes Lourdel (25 sal.).; la commune a gagné 80 hab. de 1999 à 2008. Neufmoulin (360 Neufmoulinois, 443 ha), est plus au nord dans le vallon du Scardon. Caours (620 Caoursiens, 613 ha), 3 km au NE d'Abbeville au confluent du Scardon et du Drucat, a une église du 16e s. inscrite et un manoir du 16e au hameau de l'Heure, un peu en aval. Drucat (910 Drucatois, 1 084 ha) est à 4 km NNE d'Abbeville sur le versant du vallon du Drucat, a un château avec jardin d'agrément et se double du hameau du Plessiel au NO sur le plateau, ancienne commune absorbée dans les années 1790.