Aiguillon (baie ou anse de l')

grande baie quasi circulaire à la limite des départements de la Vendée et de la Charente-Maritime, d'environ 7 km de diamètre. La Sèvre niortaise débouche au nord-est et ses eaux empruntent un chenal dirigé vers le sud-ouest. Dans la région des Pays de la Loire, les communes riveraines sont Saint-Michel-en-l'Herm, Triaize, Champagné-les-Marais et Puyravault; en Poitou-Charentes, Charron, Esnandes et Marsilly se partagent son rivage oriental. L'estran, très large, découvre une vasière de 5 km de large occupée par de nombreux bouchots à moules. Le rivage est bordé de prés salés ou herbus. Des séries de digues (18e et 19e s.) et de canaux parallèles au rivage marquent la conquête progressive des terres au nord de la baie, à partir de Saint-Michel-en-l'Herm surtout.

Ce territoire est très surveillé et abondamment étudié, car la baie est ce qui reste d'une ancienne baie bien plus étendue, progressivement endiguée et poldérisée, et apporte d'abondants témoignages à la fois sur l'histoire du rivage et du climat au Quaternaire et sur les modalités de l'occupation humaine. L'Aiguillon-sur-Mer et la pointe de l'Aiguillon sont en Vendée. Fernand Verger a publié de nombreux articles sur la baie; v. http://www.mgm.fr/PUB/Mappemonde/M193/VASIERES.pdf et son livre Marais maritimes et estuaires du littoral français, Paris: Belin (2005).

Le 28 février 2010, le tempête Xynthia, conjuguée à un coefficient de marée élevé (102), provoque de nombreux dégâts du Portugal à la Scandinavie, plus spécialement en Vendée et en Charente-Maritime; notamment à Bouin et à Châtelaillon, et un vrai désastre dans plusieurs communes de la baie de l'Aiguillon à la limite de la Vendée et de la Charente-Maritime. Le niveau marin monte de 4 m, et même jusqu'à 5,4 m par endroits, les eaux franchissent les digues et inondent les terres basses des «prises» (polders) conquises depuis 1725, où l'on a imprudemment trop construit; quelque 52 000 ha sont submergés, des exploitations conchylicoles détruites, des ports dévastés, des centaines de maisons noyées, surtout à La Faute-sur-Mer, L'Aiguillon-sur-Mer et Charron; 47 morts (53 en France en tout), dont 29 à La Faute-sur-Mer, sont déplorées.

Il a fallu assécher, dessaler les terres par apport de gypse, dégager les ruines. Des «zones noires», rebaptisées ensuite «zones de solidarité», ont été délimitées un peu à la hâte: la construction et l'habitation y seront interdites, l'État doit racheter les propriétés; 760 maisons doivent être démolies. Alors que le risque était attesté par l'histoire et connu des experts, et que la prévision météorologique a été bonne dans les heures précédant le drame, celui-ci a révélé l'ampleur des erreurs passées (médiocre entretien des digues, construction sur des terrains bas et à risque, information insuffisante des habitants, spéculations foncières et immobilières, lacunes de concertation et d'information des autorités) et postérieures (décisions hâtives et mal coordonnées qui ont entraîné de multiples protestations, réévaluations et révisions).

Compte tenu de la tendance à l'élévation du niveau des mers, il peut être utile d'admettre à l'avenir une certaine «dépoldérisation» et d'abandonner certaines digues, comme en Hollande ou en Angleterre, et même à Mortagne-sur-Gironde; les autres doivent être renforcées et élargies afin de prévenir l'ouverture de brèches, plus dangereuse que la submersion. V. F. Verger, «Xynthia en Vendée et la vulnérabilité du littoral français», Les Amis du Muséum national d'histoire naturelle, 243, septembre 2010 et Rapports de la Mission d'information des dégâts provoqués par la tempête Xynthia, Assemblée Nationale (1er juillet 2010, 485 p., http://www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i2697.asp, dont une audition de F. Verger le 19 mai 2010) et de la mission du Sénat (7 juillet 2010, http://www.senat.fr/rap/r09-647-1/r09-647-1.html); cartographie dans http://planetevivante.wordpress.com/2010/04/09/apres-xynthia-la-cartographie-des-zones-noires-en-vendee/ et http://regard-sur-la-terre.over-blog.com/article-tempete-xynthia-le-senat-rend-publique-un-rapport-d-etape-de-la-mission-d-information-sur-les-consequences-de-la-tempete-52466147.html