Ajaccio (Ajaccio)

54 700 hab. (Ajacciens) dont 1 900 à part, 8 203 ha dont 3 200 de bois, préfecture de la Corse-du-Sud. Le nom viendrait de ad jucium, désignant un lieu où les troupeaux passent la nuit à la belle étoile, comme une jasse (même mot) dans les Pyrénées. En effet, le site est longtemps resté très agreste, et un petit habitat y a été ruiné par les Sarrasins au 10e siècle. La véritable naissance de la ville tient à la construction, à partir de 1492, d'une base fortifiée par les Gênois, depuis longtemps installés en Cismonte mais encore peu présents de l'autre côté des monts. Quelques dizaines de Gênois et de Ligures peuplèrent la bourgade, qui fut même interdite aux Corses jusqu'en 1553: les autochtones se rassemblaient alors dans le faubourg extérieur nommé Borgo, au nord de la ville. En 1554, après un accord avec Gênes, les Français engagèrent la construction de la citadelle et la ville commença à changer d'allure et de fonction, devenant une base privilégiée de la pénétration française, puis juridiquement, en 1715, l'égale de Bastia.

La ville actuelle se tient principalement sur le rivage abrité, à l'ouest de la petite baie d'Ajaccio. La citadelle en occupe la pointe méridionale. Elle domine une vieille ville aux rues étroites et aux maisons serrées autour de la cathédrale de style vénitien, à dôme, datant de la seconde moitié du 16e siècle; on y visite la Maison Bonaparte, où naquit Napoléon. La ville ancienne est flanquée à l'ouest par une vaste espalanade, jadis place du Diamant d'après le nom d'une famille locale, à présent place du général de Gaulle. Celle-ci, encadrée au nord par l'hôtel de police, à l'ouest par le lycée Fesch, au sud par le casino qui donne sur la plage Saint-François, est devenue le centre de la vie ajaccienne. Un peu au-delà vers l'ouest se tient l'immeuble de l'Assemblée de Corse (conseil régional). De cette place centrale partent les deux grands axes de la ville: le cours Grandval vers l'ouest, le cours Napoléon vers le nord. Au nord de la vieille ville, la place du maréchal Foch fait passer dans la ville moderne et administrative des 19e et 20e siècles: préfecture et conseil général, hôtel de ville et halles, jardins publics, musée Fesch et bibliothèque.

Le long du rivage de l'est se succèdent en ville, du sud au nord, le port de plaisance Tino Rossi (260 places) au pied de la citadelle, le centre de congrès, la gare maritime. Puis, passé la jetée des Capucins, le mouillage des Capucins et le nouveau port de plaisance Charles d'Ornano (800 places). L'hôpital et les maisons s'étagent sur les pentes vers l'ouest et le nord-ouest de la ville en direction du Belvédère et des Jardins de l'Empereur; un peu plus loin, dans les oliviers, la maison des Milelli, ancienne résidence de campagne de la famille Bonaparte après 1797, est un but de visite.

Les limites communales débordent très largement cet espace central d'une ville qui reste d'assez petite taille pour une préfecture régionale - la moins peuplée de France à vrai dire. Le territoire de la commune s'étire en effet d'ouest en est sur près de 20 km. Vers l'ouest, il atteint les deux pointes extrêmes du capo di Feno et de la pointe de la Parata, tous deux surmontés d'une vieille tour d'alerte; ils encadrent la grande anse de Mineccia. En avant de la Parata, à l'angle sud-ouest, émergent les hauts rochers rouges de granulite de la Grande Sanguinaire, la seule vraie île (34 ha) parmi une série d'écueils formant les Îles Sanguinaires; elle monte à 80 m et porte un phare, ainsi que la tour Castelluccio.

Entre la Parata et la ville, la côte rocheuse exposée au sud s'allonge sur 12 km, sous les hauteurs du mont Salario (434 m); la route qui la longe est bordée de maisons tout du long. Vers l'ouest, le quartier de Vignola a reçu une centrale électrique qui utilise l'énergie solaire et une station scientifique avec centres de recherches et d'enseignement de l'Université de Corse. En arrière du Salario, une longue dépression est-ouest, peu habitée et parcourue par une petite route tortueuse, relie la ville à l'anse de Mineccia; elle est dominée au nord par les reliefs du Pozzo di Borgo, où la punta di Lisa monte à 790 m, point culminant de la commune.

Vers l'est, l'urbanisation entoure la rade en demi-cercle où a pris place le port de l'Amirauté et qui se termine face à la citadelle par la pointe d'Aspretto, prolongée par une jetée et où a été installée la base aéronavale, avec le centre d'entraînement des fameux plongeurs sous-marins qui avaient naguère coulé le Greenpeace en Nouvelle-Zélande. Passé la pointe, s'ouvre la longue plage courbe du Ricanto, où le Conservatoire du littoral protège une réserve de 35 ha; en arrière sont la centrale électrique thermique du Vazzio, contestée pour ses pollutions, l'hippodrome et surtout, dans la plaine alluviale où débouche le Gravone, l'aéroport d'Ajaccio, dit Campo dell'Oro, qui borde la plage; il est doté de deux pistes de 2 407 et 2 060 m et reçoit environ un million de passagers par an. De nouvelles urbanisations se sont développées vers le nord-est, le long de la N 194 autour de Mezzavie, qui a une gare (6 000 tickets par an).

Ajaccio reste une ville presque entièrement tertiaire, mais abrite toutefois près de l'aéroport la plus grande usine de toute la Corse, qui travaille pour l'aviation, celle des Composants Aéronautiques (170 sal.). Hors du centre hospitalier, de l'enseignement et des administrations, les autres principaux employeurs sont les cliniques et maisons de soins, la presse, les grands magasins. Ajaccio offre à la viste le grand musée Fesch (beaux-arts), ainsi que le musée du Capitello (histoire urbaine) et la Maison Bonaparte dans la vieille ville, le musée A Bandera (histoire corse) derrière la préfecture; côté ouest, la grotte du Casone (ou grotte Napoléon).

La ville a un théâtre municipal (Kallisté) vers le nord, deux lycées publics, 4 collèges publics (2 900 élèves) et un établissement d'enseignement adapté, plus un collège-lycée catholique (660+200 élèves); deux instituts médico-éducatifs, un centre d'aide par le travail; deux centres de rééducation et un centre post-cure, une école d'infirmiers, 3 maisons de retraite; l'hôpital dispose de 550 lits et les trois principales cliniques en totalisent 300; un hôpital psychiatrique de 316 places est établi au sud-ouest de la ville (Castelluccio). Quatre «zones urbaines sensibles» ont été définies au nord (les Cannes et les Salines, Pietralba), au nord-ouest (Saint-Jean) et à l'ouest (Belvédère).

Le port maritime d'Ajaccio a un trafic total de 1,2 Mt (2004) et de 775 000 passagers, dont 320 000 avec Marseille, 268 000 avec Toulon, 184 000 avec Nice. L'aéroport a ses liaisons principales avec Paris (430 000 sur 975 000 en 2004), Marseille (250 000) et Nice (120 000) et n'a pas de ligne régulière avec l'étranger. La gare ferroviaire est la deuxième de Corse juste après Corte (73 000 départs de voyageurs). La commune cultive 80 ha de vignes; Ajaccio et ses environs ont eu droit à une appellation de cru dès 1971, et contribuent à l'AOC vins-de-corse définie en 1976. Le maire est François Renucci, également député, médecin pédiatre, élu en 2001; il est à la tête d'une majorité de gauche.

Les 7 cantons d'Ajaccio totalisent 61 600 hab., 6 communes, 18 811 ha; les autres communes sont Afa, Alata et Appietto au nord, Bastelicaccia à l'est, Villanova au nord-ouest. La communauté d'agglomération du Pays ajaccien (CAPA) groupe 10 communes (63 700 hab., 28 700 ha): celles du canton moins Bastelicaccia, plus Cuttoli-Corticchiato, Peri, Sarrola-Carcopino, Tavaco, Valle-di-Mezzana. La microrégion d'Ajaccio a 76 700 hab., sur 1 043 km2; elle est la plus étendue des microrégions corses, non la plus dense (2e avec 73 hab./km2), et elle avait perdu quelques habitants de 1990 à 1999. L'arrondissement d'Ajaccio a 84 900 hab., 14 cantons, 80 communes, 219 473 ha.