Alpes-Maritimes (département des)

département de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, à son extrémité sud-orientale. Il a été formé par l'annexion du comté de Nice en 1860, auquel a été rattachée une fraction du département du Var (arrondissement de Grasse); c'est pourquoi le Var ne coule plus dans le département qui porte son nom. Les Alpes-Maritimes avaient toutefois déjà existé comme département en 1792. La préfecture est Nice et la sous-préfecture Grasse. Le département occupe 4 299 km2 et il est divisé en 52 cantons (dont 14 pour Nice) et 163 communes. Celles-ci sont regroupées en 4 communautés d'agglomération (Nice, Sophia-Antipolis autour d'Antibes, une autour de Grasse, la Riviéra à l'est) et 9 communautés de communes, qui participent à trois pays officiels: Paillons, Vallées d'Azur-Mercantour, Vésubie. Cinq schémas de cohérence territoriale (scot) sont en cours: Grasse-Cannes, Sophia-Antipolis (Antibes), Nice, pays des Paillons, et Menton-Riviéra, dit aussi de la Riviéra française et de la Roya, qui englobe toute la vallée de la Roya. Le département est frontalier de l'Italie et limitrophe des départements du Var et des Alpes-de-Haute-Provence.

Le Conseil général est présidé par Christian Estrosi (UMP), élu de Saint-Étienne-de-Tinée et cependant aussi, en dépit de l'incompatibilité prévue par la loi, maire de Nice en attendant la solution d'un imbroglio juridique; il est également président de la communauté urbaine de Nice, député et ancien ministre. Les Alpes-Maritimes ont 9 députés, tous de droite (un UMP, un Nouveau Centre), et 4 sénateurs, tous de droite également (trois UMP, un radical valoisien). La population du département n'a pas cessé de croître, sauf de 1936 à 1954 à cause de la guerre. Elle était de 226 600 hab. en 1881, de 493 000 en 1936, est montée à 817 000 en 1975 et a dépassé le million en 1999 (1 011 000); elle est estimée à 1 070 000 en 2006. Cet accroissement récent, encore assez élevé (0,9% par an), est exclusivement dû au solde migratoire, le solde naturel étant estimé nul - ce qui est en partie dû à l'âge moyen des habitants, un peu élevé: plus de 21% d'entre eux sont au-delà de 65 ans, contre moins de 15% dans la moyenne nationale.

Le département représente un mélange particulier de populations et d'activités, très lié à l'image générale de la Côte d'Azur: il abonde en retraités bien dotés et grandes fortunes, il est l'un des premiers départements touristiques français, et il a pu capter une bonne part d'activités à haute valeur ajoutée et de technologies avancées, en raison de son attrait sur les populations de cadres et d'ingénieurs, consolidé notamment par la création du technopole d'Antibes-Valbonne (Sophia-Antipolis).

Aussi est-il le premier de la région pour le produit brut par emploi (64 000 euros) - mais seulement le deuxième par habitant après les Bouches-du-Rhône, les retraites et rentes n'entrant pas dans le calcul du produit brut. Le revenu moyen par habitant est le premier de la région, ce qui n'empêche pas un pourcentage de pauvres supérieur à la moyenne française (hors Île-de-France). Le produit total est aussi le deuxième de la région, avec 24 milliards d'euros en 2000; le chiffre d'affaires des entreprises est estimé à 46 milliards d'euros en 2007. Dans la population active, le département a plus de cadres (13%), de membres des professions indépendantes (11%) et d'employés (32%) que la moyenne française, bien moins d'agriculteurs (1%) et d'ouvriers (20%). La proportion de retraités est très élevée: 26% de la population des plus de 15 ans, et première catégorie sociale avant les inactifs et les employés…

Pour le reste, les Alpes-Maritimes ont leur université et se distinguent par la place qu'y ont prise les activités de technologie avancée autour de l'informatique et des télécommunications, où elles ont bénéficié du succès du technopole de Sophia-Antipolis, d'ailleurs associé étroitement à l'université. Un autre élément d'originalité tient à la fois aux avantages du climat local et à la place des activités du luxe, liée au niveau élevé de certains revenus: le pôle de cultures florales et de fabrication de parfums de Grasse en est un élément; la production d'agrumes compte bien moins, en dépit de la réputation des citronniers de la Riviéra mentonnaise, qui sont plus là pour le décor que pour la production.

Le tourisme affiche 62 millions de nuitées annuelles (10 millions de touristes), dont 52% au compte de l'étranger, où l'Italie (22%) devance la Grande-Bretagne (21%). Cela représente 10% des recettes du tourisme international en France. Les dépenses totales des touristes sont évaluées à 5 milliards d'euros par an, les emplois au service du tourisme seraient d'environ 64 000. L'offre d'hébergement est de 150 000 lits commerciaux; il s'y ajoute 150 000 résidences secondaires. Mais le camping n'a qu'une faible place, la dernière de la région avec un million de nuitées, tandis que pour les nuitées d'hôtel le département est largement en tête (8,6 millions). Et l'on sait que la Côte d'Azur compte quelques-unes des demeures les plus luxueuses et les plus chères du monde, comme l'a montré en 2008 l'exemple de la villa Léopolda (v. Villefranche-sur-Mer).

Le territoire du département a très peu de cultures: les herbages, en fait des pelouses d'altitude et des steppes de bas plateaux, occupent 87 000 ha sur les 103 000 de la surface agricole dite utile, les labours à peine 2 000 ha, mais les forêts 210 000 ha. De fait l'agriculture n'a qu'une portion congrue, réalisant un produit annuel d'à peine 90 M€, dont 90% d'origine végétale, moins que les Hautes-Alpes; le département a moins de vergers que les autres départements alpestres et, même pour les cultures florales, il est largement derrière le Var.

Ce territoire s'étend de l'Estérel à la frontière, ce qui représente à peine 60 km à vol d'oiseau; le Var débouche au milieu. Le paysage oppose fortement un ensemble montagneux, qui s'étend sur les quatre cinquièmes de la surface, à la partie côtière, très densément peuplée en dépit d'un relief accidenté et de circulations souvent difficiles. Cette bande littorale, dite Côte d'Azur dans l'ensemble et plus spécialement Riviéra à l'est de Nice, est très étroite à la frontière, mais s'élargit à l'ouest du Var, allant jusqu'à 20 km du rivage à la hauteur de Grasse. Plusieurs sous-ensembles s'y distinguent.

Sur la côte la plus occidentale au pied de l'Estérel, Cannes, Le Cannet et Mandelieu-la-Napoule cultivent les qualités du site littoral, concentrent des habitats de luxe et des spectacles et festivités choisis, et tiennent à leurs particularismes au point de n'avoir pu se mettre d'accord sur l'idée de communauté d'agglomération, ou simplement de communauté de communes. Grasse se tient à l'écart, se concentre sur sa réputation dans les fleurs et les parfums et a pu fédérer ses voisines dans une communauté d'agglomération, dont le nom un peu laborieux (Moyen Pays Provençal Pôle Azur Provence) traduit un certain embarras dans la recherche d'identité.

À l'est de Cannes, Antibes et ses voisines ont choisi de s'associer dans une communauté qui, au contraire, a opté résolument pour le nom de Sophia-Antipolis, c'est-à-dire du technopole des hautes technologies qui a été créé à l'intérieur des terres, mais en profitant des avantages d'un littoral et de paysages de long temps appréciés des artistes en renom (Vallauris, Biot, Saint-Paul que l'on dit de Vence) - dont, d'ailleurs, les urbanisations sont tout aussi massives et luxueuses que celles de Cannes. La communauté réunit 160 000 habitants de 16 communes.

C'est considérable, mais évidemment moindre que celle de Nice (24 communes et quelque 500 000 hab.), qui s'étend en partie à l'ouest de l'embouchure du Var (Cagnes, Vence et Saint-Laurent), et va de l'autre côté jusqu'à Monaco. Par là, elle empiète sur une Riviéra à la réputation internationale prestigieuse, aux investisseurs prodigues mais aux contours mal définis; aussi la communauté urbaine de la Riviéra proprement dite est-elle réduite à trois communes littorales, Menton, Roquebrune et Beausoleil, mais a compensé un peu en s'étendant vers l'intérieur, jusqu'à Sospel.

Tout le faisceau de circulation entre la Provence et l'Italie, et même entre l'Espagne et l'Italie, passe par ce secteur de littoral surchargé et pourtant sans cesse plus demandé; tantôt en suivant strictement la côte, comme la voie ferrée et les anciennes nationales 7 et 8; ou à peu de distance, mais vers l'intérieur, au prix de travaux énormes, de tunnels et de savantes courbes, comme l'autoroute A 8. L'aéroport de Nice est le deuxième de France par le trafic de passagers, après Paris et bien avant Marseille.

La montagne dépasse 3 000 m (3 143 m à la Cime du Gélas), ce qui, en raison de la proximité du littoral, crée des dénivellations considérables et de très fortes pentes, provoque des précipitations abondantes et élève le niveau de risque de ravinements, éboulements, inondations: la montagne azuréenne n'a rien de débonnaire. Elle s'organise autour du massif ancien du Mercantour, qui fixe la frontière et dont descendent les principaux torrents, et qui est assorti d'un parc naturel national. Aussi les vallées de la Tinée, de la Vésubie et de la Roya sont-elles les principaux couloirs de peuplement; on peut y ajouter la vallée du Paillon, plus courte mais ouverte sur Nice et qui fournit à la ville un agréable arrière-pays.

La pression de la demande des citadins du littoral a poussé à l'équipement touristique des hautes communes et des routes de montagne (cols de Restefond, de la Bonnette et de la Cayolle), et tout spécialement à la création de la station d'Isola 2000. En dehors d'un passage difficile au-dessus d'Isola 2000 par le col de la Lombarde, qui n'est justifié que par l'aménagement touristique du secteur des deux côtés de la frontière, seule la vallée de la Roya permet de franchir la frontière, par les tunnels de Tende; encore la Roya et son affluent de droite la Bévéra débouchent-elles en Italie, et ne sont-elles accessibles de Nice ou de Menton que par des routes sinueuses et des cols plus pittoresques que commodes.

À ces vallées majeures s'ajoute à l'extrême nord-ouest la haute vallée du Var au pays d'Entraunes et de Guillaumes; mais le Var sort ensuite du département pour une incursion dans les Alpes-de-Haute-Provence au bassin d'Entrevaux, avant d'y revenir en changeant de direction vers l'est, à la faveur des accidents préalpins, puis de reprendre une voie directe vers la mer un peu amont du confluent de la Vésubie. Toute la partie occidentale du département relève en effet des Préalpes et Plans de Provence, un ensemble de tables, de crêts et de gorges (les clues) dans les calcaires massifs, aux paysages grandioses mais au peuplement très discret.