Alpes-de-Haute-Provence (département des)

département de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur; il fut nommé Basses-Alpes jusqu'en 1970, ce qui explique son numéro minéralogique (04), qui précède celui des Hautes-Alpes. Il a pour préfecture Digne-les-Bains et pour sous-préfectures Barcelonnette, Castellane et Forcalquier. Le plus étendu de la région, il occupe 6 925 km2 et il est divisé en 30 cantons et 200 communes. Celles-ci sont regroupées en 21 communautés de communes, qui participent à six pays officiels: trois entièrement dans le département, ceux des Asses-Verdon-Vaire-Var (Castellane), du Dignois, de Durance-Provence; deux partagés avec les Alpes-de-Haute-Provence (Serre-Ponçon-Ubaye-Durance et Sisteronnais-Buëch); un qui déborde légèrement sur le Var (Haute-Provence). Un seul schéma de cohérence territoriale (scot) est en cours, autour de Manosque. Le département est frontalier de l'Italie et limitrophe de tous les autres départements de la région, bien qu'il ne touche qu'en pointe aux Bouches-du-Rhône, tout près de Cadarache.

Le Conseil général est présidé par Jean-Louis Bianco (socialiste), élu de Digne-les-Bains-Ouest, également député et ancien ministre. Le département a deux députés (un socialiste, un UMP) et un sénateur, socialiste. Sa population a culminé à 159 000 hab. en 1836 puis a fortement décliné, jusqu'à 83 400 hab. autour de 1950; elle augmente depuis, est repassée au-dessus de 100 000 hab. vers 1965 et a atteint 139 600 en 1999. Elle est estimée à 154 500 en 2006, encore un peu en dessous de son maximum historique. Cet accroissement récent, proportionnellement le plus élevé de toute la région (+1,5% par an), est exclusivement dû au solde migratoire, le solde naturel étant estimé nul.

Le nombre des sous-préfectures, et leur faible population, sont un indice du morcellement extrême du territoire. En apparence, celui-ci se divise surtout entre les bassins de la Durance et du Verdon, qui confluent à la pointe sud-ouest du département, voire très légèrement en aval. Mais les paysages, les activités et les relations donnent un tableau un peu plus compliqué. Deux contrées sont franchement montagnardes. Une seule est frontalière, l'Ubaye; le département n'y a qu'un assez court contact avec l'Italie, et difficile à franchir; une seule route passe la frontière, celle du col de Larche. Or ce pays de l'Ubaye est entouré de hautes crêtes et débouche en aval sur l'Embrunais par le lac de Serre-Ponçon, ce qui explique la formation du pays interdépartemental Serre-Ponçon-Ubaye-Durance: les relations entre Barcelonnette et Digne ne sont pas très commodes et doivent passer deux cols à plus de 1 300 et 1 200 m.

Le second pays montagnard est celui du haut Verdon; il n'est pas frontalier, et ne communique avec le précédent que par le col d'Allos, à 2 247 m. Le Verdon y coule du nord au sud jusqu'à Castellane, certes un vrai carrefour en montagne, bourg très pittoresque mais difficile d'accès de toutes parts. En fait, ce haut Var est plutôt une annexe des Alpes maritimes, par l'intermédiaire d'Entrevaux la bien nommée.

La frange méridionale du département est marquée par la présence des gorges du Verdon, des lacs de barrage et des sites touristiques qui leur sont associés, de Castellane à Quinson. Mais cette contrée très fréquentée, quoique peu habitée, est partagée entre Var et Alpes-de-Haute-Provence, et ses aménagements comme ses horizons sont d'échelle régionale, voire nationale et même internationale: ce bas Verdon irrigue presque toute la Basse-Provence et participe directement au site de Cadarache.

Le pays des gorges et des barrages est séparé de la préfecture par le large plateau caillouteux de Valensole, à lui seul une contrée originale, marquée par la culture du lavandin et coupée de vallées profondes. Digne-les-Bains campe au milieu de son département, et touche au plateau de Valensole; mais elle est entourée de reliefs, le bassin de la Bléone est étroit, et nettement séparé des contrées éminemment touristiques de la montagne et des gorges, ce qui réduit ses horizons.

Aussi, vers l'ouest, la vallée de la Durance et son couloir de circulation donnent-ils l'impression d'un monde distinct, le plus actif et le plus animé du département, mais un peu étranger à la préfecture. La clue de Sisteron la divise: Sisteron n'organise que ce qui est en amont, en direction de Gap; mais la petite ville dessert tous le pays accidenté de rive gauche de la Durance, un monde dépeuplé et très rural qui tourne le dos à Digne et que drainent la Sasse et quelques vallons autour de la Motte-du-Caire; ainsi que, vers l'ouest, le petit pays du Jabron au pied de la montagne de Lure.

Vers l'aval, trois petites unités se différencient. Château-Arnoux-Saint-Auban, au confluent de la Durance et de la Bléone, anime une plaine marquée par les circulations et l'industrie. Forcalquier, un peu à l'écart du grand axe, règne sur les plateaux qui s'élèvent vers la montagne de Lure. Manosque se pose comme porte d'entrée du département, ou inversement comme accès à la Basse-Provence bruyante, moderne et peuplée; elle est proche du Luberon comme de Cadarache, où nombre d'habitants ont leur emploi; Gréoux-les-Bains, à sa façon, s'en rapproche.

Le département est légèrement plus étendu et plus peuplé que son voisin des Hautes-Alpes, mais son produit annuel est à peine supérieur (2,6 milliards d'euros); il est un peu meilleur par emploi, presque égal à celui du Vaucluse, en raison de la présence d'un peu d'industrie; mais il est légèrement inférieur par habitant, car les séjours touristiques y tiennent moins de place, comme les sports d'hiver, faute de grande station. Si deux usines de poids (600 à 900 emplois) fonctionnent en chimie et parachimie à Château-Arnoux-Saint-Auban (Arkema) et Sisteron (Sanofi), les autres plus gros employeurs sont des hypermarchés (Digne et Manosque) et les thermes de Gréoux et de Digne.

Dans l'ensemble, le département a plus d'agriculteurs (6% des personnes actives) que la moyenne nationale, moins d'industrie (11%) et beaucoup plus de services (53%); il a aussi plus de retraités (22%) que la moyenne (18%). Le tourisme compte, avec près de 14 millions de nuitées annuelles, et une offre de 83 000 lits marchands, dont 12 000 emplacements de camping (3e dans la région) accueillant 1,7 M de nuitées (2e rang); mais le département ne retient que 18% des séjours d'hiver de la région, contre 61% aux Hautes-Alpes. Le département participe à trois parcs naturels, celui du Mercantour à l'est, celui du Verdon au sud, celui du Luberon à l'ouest.

Le territoire départemental contient 226 000 ha de bois (un tiers de la surface) et plus de 200 000 ha de surfaces pastorales, dont 120 000 en altitude, qui supportent plus de 200 000 ovins en estivage. Par comparaison, les terres arables se limitent à 64 000 ha; 15 000 ha sont irrigués. Le produit agricole est modéré (170 millions d'euros de chiffre d'affaires, 80 M€ de revenu brut) pour environ 2 500 exploitations et 3 000 travailleurs. La production végétale l'emporte de loin (74%) grâce aux fruits (30%, pour 4 000 ha) et à ce que l'on nomme joliment les papam (plantes à parfum, aromatiques et médicinales, 10%, sur 10 000 ha, pour 700 exploitants), où domine largement le lavandin (7 000 ha) devant la sauge (1 500 ha); les 1 000 ha de vignes n'ajoutent que 3%; l'oléiculture porte sur un peu moins de 1 000 ha divisés en 2 500 propriétés (150 000 arbres).