Ardèche (département de l')

département au sud-ouest de la région Rhône-Alpes; il a pour préfecture Privas et sous-préfectures Largentière et Tournon-sur-Rhône. Il s'étend sur 5 529 km2 et il est divisé en 33 cantons et 339 communes, elles-mêmes rassemblées en 35 communautés de communes, et probablement à terme en trois pays faisant actuellement l'objet de «contrats territoriaux», Ardèche Verte au nord, Valence-Drôme-Ardèche Centre au centre, Ardèche Méridionale au sud. Le département touche aux trois régions Auvergne par la Haute-Loire, Languedoc-Roussillon par la Lozère et le Gard, et même Provence-Alpes-Côte d'Azur par le Vaucluse; il est limitrophe des départements rhônalpins de la Loire, de l'Isère et de la Drôme.

La majorité des élus du Conseil général est de gauche; le président est Pascal Terrasse, socialiste, élu de Bourg-Saint-Andéol, directeur de maison de retraite, également député et vice-président du conseil régional. Deux députés sont socialistes, un UMP; un sénateur est socialiste, un UMP. La population de l'Ardèche a connu son maximum en 1861 avec 389 000 habitants. Elle a fortement diminué ensuite, en raison de l'abandon d'activités traditionnelles (sériciculture et industrie de la soie, mines) et des terroirs cévenols, jusqu'à moins de 250 000 habitants dans les années 1950-1962, puis a entamé une lente remontée, passant par 257 100 hab. en 1975, 277 600 en 1990. Elle est estimée à 304 000 hab. en 2006. Cette croissance est entièrement due à l'excédent d'entrées sur les sorties, le solde naturel étant considéré comme nul.

Le territoire du département est limité à l'est par la vallée du Rhône. Il s'étend aux deux tiers sur les reliefs du Massif Central, et pour le tiers sud-est sur les bas plateaux calcaires à garrigues qui le séparent du Rhône. Long de 120 km dans le sens nord-sud, il est étroit au nord dans le massif du mont Pilat, et s'élargit jusqu'à 70 km à la latitude du chef-lieu, Privas. La montagne correspond à la partie septentrionale des Cévennes, abrupte, divisée en massifs est-ouest par des systèmes de failles, présentant ainsi une succession de serres et de profondes vallées qui sont autant de petits bassins de vie. La violence des précipitations, surtout automnales, y a favorisé les érosions brutales et le recul des têtes de sources, qui échancrent la crête de séparation entre le bassin de la Loire et celui des tributaires du Rhône. Le relief monte à 1 754 m au mont Mézenc, d'origine volcanique.

Tout au nord, le massif du mont Pilat, orienté SO-NE, sépare le département de celui de la Loire; l'Ardèche n'a aucune part à son Parc régional. Il domine au sud la vallée de Vocance, qui débouche sur Annonay, chef-lieu incontesté de cette partie septentrionale. La montagne est précédée par un plateau vers 350-400 m, dans les terrains cristallins, qui domine directement le Rhône jusqu'au défilé de Saint-Vallier. Plus au sud, autour de Lalouvesc et Saint-Agrève, la montagne, en arrière-pays de Tournon et de Valence, a connu un passé d'industries textiles, dont il reste peu de chose; elle se distingue mal des plateaux orientaux, dont le relief est plus élevé qu'au nord, et plus accidenté au droit de Valence; en revanche elle communique assez bien avec son voisin l'Yssingelais en Haute-Loire, et elle est traversée par la grande voie traditionnelle de Valence au Puy par Lamastre.

Vers le sud, la vallée de l'Eyrieux introduit une rupture et comme une limite, en partie climatique et en partie naturelle, en ouvrant sur des paysages qui annoncent le Midi, dans l'abondance des vergers de pêchers. Au-delà, la montagne est très large, fort pauvre et extrêmement dépeuplée dans ses châtaigneraies délaissées. Elle forme les monts du Vivarais proprement dits, au relief certes pittoresque mais où les conditions de vie et les circulations sont difficiles. La plus grande partie de ces reliefs est englobée dans le Parc naturel régional des Monts d'Ardèche. Dans la partie la plus proche du Puy, les reliefs volcaniques rehaussent les altitudes et attirent les visiteurs autour du Mézenc, du Gerbier de Jonc où sont les sources de la Loire, du lac d'Issarlès qui occupe un ancien cratère.

Ces Cévennes se terminent brutalement au-dessus de leur piémont, le long d'une grande cassure qui se suit de La Voulte-sur-Rhône jusqu'aux Vans. Privas, quoique préfecture, a du mal à rivaliser avec le groupe Aubenas-Vals-les-Bains, mieux placé et plus dynamique, qui bénéficie d'un meilleur accès à l'arrière-pays par la vallée de l'Ardèche, suivie par la N 102. Largentière et Joyeuse y complètent les bourgs de la ligne de piémont, mais avec discrétion.

Le piémont dessine en Ardèche un grand triangle rectangle de 45 km de côté et 65 d'hypoténuse, dont les sommets sont La Voulte, Les Vans et Bourg-Saint-Andéol, ou mieux Pont-Saint-Esprit. Il est occupé par de bas plateaux calcaires un peu nus, aux garrigues ouvertes, que l'on nomme les Gras, c'est-à-dire les cailloux. Deux accidents remarquables les rehaussent. Au nord, s'étale le plateau de laves du Coiron, d'axe NO-SE, qui commence au col de l'Escrinet et s'achève au pic de Chenavari au-dessus de Montélimar; les basaltes ayant mieux résisté à l'érosion que les terrains encaissants, il s'est trouvé porté en altitude par inversion de relief, et se termine par de longues et pittoresques corniches sinueuses, trouées de grottes. Au sud, les plateaux sont traversés par le canyon des Gorges de l'Ardèche, aux formes spectaculaires, paradis des amateurs de sports nautiques et des simples visiteurs, entourées de trésors du karst comme l'aven Marzal au nord, l'aven d'Orgnac au sud.

Dans l'ensemble, le département a une réelle unité de paysages et même de culture qui lui est donnée par la prédominance des Cévennes prises au sens large, mais il est divisé dans ses relations et ses orientations. Les trois principales villes, Annonay, Privas et Aubenas, sont à peu près de même taille, et la plus dynamique n'est pas la préfecture. Toutes trois sont à la limite de la montagne. Et Annonay communique fort mal avec les deux autres. La partie septentrionale avec Annonay est fortement orientée vers Lyon, la partie méridionale est quasi méditerranéenne par ses paysages, ses spécialités, la place qu'y tient l'activité touristique, et même par ses relations.

En fait, c'est un élément de bordure, le Rhône, qui est le meilleur facteur d'unité du département. En dépit du manque de place, les roches du Massif Central bordant ou même dépassant le fleuve, route et voie ferrée ont pu se glisser le long de sa rive droite; sans avoir les trafics intenses de l'autre rive, elles n'en forment pas moins comme l'épine dorsale du réseau de relations ardéchois, sur laquelle se branchent les nervures est-ouest dirigées vers la montagne. Les points nodaux de la vallée du Rhône forment le chapelet des petites villes orientales du département: Tournon, les banlieues de Valence, La Voulte, Le Teil, l'antique Viviers d'où vient le nom même du Vivarais, Bourg-Saint-Andéol. Le seul élément d'exception est la voie de La Voulte à Alès par Privas et Annonay, qui longe le pied de la montagne.

La plus grande partie des activités du couloir rhodanien étant toutefois extérieures, et sa nature d'une beauté un peu aride, le département de l'Ardèche ne se classe pas en France, ni même dans la région Rhône-Alpes, parmi les têtes de listes. Il est de loin le dernier de la région pour le produit brut, avec 5 milliards d'euros, deux fois moins que la Drôme ou l'Ain, et dernier aussi pour le produit brut par habitant comme par emploi. Il a un peu plus de travailleurs dans l'agriculture et dans l'industrie que la moyenne régionale, ce qui signifie aussi une bien moindre activité du secteur tertiaire. Le taux de chômage est supérieur à la moyenne régionale et même à la moyenne nationale.

Sur environ 20 000 emplois industriels, les équipements pour l'automobile viennent en tête (21%), suivis par le textile (13%) et l'agro-alimentaire (12%); le reste vient surtout de spécialités originales, anciennes (papeterie) ou nouvelles (pharmacie et cosmétiques). Le tourisme entre dans le produit départemental pour 420 millions d'euros, 16 millions de nuitées pour un stock de 260 000 lits, et environ 12 000 emplois; 30% des visiteurs sont étrangers, Néerlandais en tête suivis par les Belges.

L'agriculture, qui occupe environ 7 500 personnes, est loin derrière avec 260 millions d'euros, dont 62% d'origine végétale: en tête les vins (54 M€), suivis par les fruits (40 M€) et le lait (34 M€). Il est vrai que l'Ardèche a un taux de boisement de 45% et ne compte que 140 000 ha de surface agricole utilisée. Le département a en propre deux appellations viticoles contrôlées, les côtes-du-vivarais au sud-est (500 ha) et saint-péray pour 65 ha de blanc tranquille ou mousseux, plus une appellation de vin de pays des coteaux de l'ardèche; mais il participe à d'autres appellations: sur une production aoc de 120 000 hl/an, 60 000 sont en côtes-du-rhône, 33 000 en saint-joseph, 15 000 en côtes-du-vivarais et 4 000 en cornas.