Beauval

2 180 hab. (Beauvalois), 2 256 ha, commune de la Somme dans le canton de Doullens, 6 km au sud du chef-lieu sur la N 25; cet ancien fief du groupe Saint Frères a été très affecté par la disparition de l’industrie textile, dont la dernière usine, reconvertie au plastique et passée au finlandais Rosenlew (Rauma-Repola) a fermé en 2004; reste dans la commune un château du Bois de Beauval, avec parc, sur les hauteurs près du village; nécropole nationale au nord. Le bourg s'aligne dans un vallon descendant vers la vallée des Saules, affluent de gauche de l'Authie, au fond de laquelle avait grandi l'ancien faubourg industriel de la Cité des Avesnes. La population est assez stable depuis 1960, mais nettement inférieure aux années 1900 (3 000 hab.); elle a diminué de 90 hab. entre 1999 et 2008.

Les Saint à Beauval

La fortune de la famille Saint commence à la fin du 18e siècle avec les frères Pierre, François et Aimable, tisseurs de toiles d'emballage en étoupe de lin à Beauval. Afin d'améliorer approvisionnements et débouchés, l'un parcourt la région, un autre s'installe à Rouen. Plus tard la famille ouvre des bureaux à Paris. Inspirée par l'exemple d'un industriel écossais installé à Ailly-sur-Somme, la société passe au jute, nouvellement importé d'Inde, en installant une nouvelle usine à Flixecourt en 1857; suivent trois usines à Harondel, à Saint-Ouen et à L'Étoile, tandis que s'étend le travail à domicile. La société construit des cités ouvrières de maisonnettes de brique, avec jardin à légumes et clapier, loge un peu plus confortablement les cadres, et entretient trois châteaux pour les industriels. Sa «coopérative» de la Prévoyance, installée à L'Étoile, fournit tout le nécessaire aux familles, qui doivent utiliser crèches et écoles Saint, clubs et colonies de vacances Saint.

En 1931, Saint Frères emploie 9 000 ouvriers dans la vallée de la Nièvre et alentour et le nom de la firme est sur des millions de bâches. En 1960, la Somme produit plus de la moitié du jute français, mais la concurrence des pays asiatiques commence. En 1979, Saint Frères emploie 3 800 salariés, et fusionne avec Boussac en formant BSF, presque immédiatement racheté, la même année, par d'autres frères déjà en place dans les affaires Boussac, les fameux Willot, quatre industriels du Nord et redoutables prédateurs, qui défrayent assez rapidement la chronique au point de passer pour des frères Dalton: leur groupe, qui compte 80 usines et 22 000 salariés, est mis en liquidation dès 1981. Quelques usines parviennent à survivre en fonction de repreneurs (v. Domart-en-Ponthieu, Flixecourt et Picquigny pour L'Étoile). Mais le temps des Saint Frères est bien passé en Picardie.