Bouches-du-Rhône (département des)

département de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, au sud-ouest de la région. Son nom est justifié en ce que le département contient en effet l'ensemble des débouchés du Rhône en mer. Il a pour préfecture Marseille et pour sous-préfectures Aix-en-Provence, Arles et Istres. Il occupe 5 087 km2 et il est divisé en 53 cantons (dont 22 pour Marseille) et 119 communes. Celles-ci sont regroupées en une communauté urbaine (Marseille), cinq communautés d'agglomération autour d'Aix, Salon-Berre, Aubagne, Arles et Martigues, et seulement deux communautés de communes. Un seul pays officiel a été déclaré, autour d'Arles. Six scot (schémas d'organisation et de cohérence territoriale) sont en cours, correspondant assez bien aux contours de futurs pays: Arles, Ouest de l'étang de Berre, Agglopole Provence (Salon-Berre), Aix-en-Provence (avec Pertuis en Vaucluse), Aubagne-Étoile, Marseille; celui de Cavaillon concerne deux communes du département. Le département des Bouches-du-Rhône est voisin du Gard et des deux départements du Vaucluse et du Var, tout en ayant une pointe commune avec les Alpes-de-Haute-Provence sur la Durance près de Cadarache. Il comprend deux parcs régionaux, celui de Camargue et celui des Alpilles.

Le Conseil général est présidé par Jean-Noël Guérini (socialiste), élu de Marseille (les Grands Carmes), également sénateur, et conseiller municipal de Marseille. Le département a 16 députés, 12 UMP, trois socialistes et un communiste (pour Istres-Martigues). Il a sept sénateurs, dont quatre de gauche (3 socialistes, un communiste) et trois de droite (deux UMP, un centriste). La population du département n'a pas cessé d'augmenter au cours des deux derniers siècles, sauf entre 1936 et 1946. Elle a passé les 300 000 hab. vers 1815, les 500 000 en 1860, le million vers 1929. Elle était de 1 633 000 en 1975, 1 836 000 en 1999. Elle est estimée à 1 916 500 hab. en 2006, ce qui correspond à une densité de 377 hab./km2, la plus élevée de la région en dépit des grandes étendues de la Crau et de la Camargue. La croissance démographique se poursuit, mais surtout grâce au solde naturel (0,4% par an), élevé en raison de la forte urbanisation et de la jeunesse relative de la population, le solde migratoire étant positif mais deux fois moins élevé (0,2% par an).

Les Bouches-du-Rhône sont ainsi de loin le premier département de la région par la population, ainsi que par le produit brut, presque deux fois supérieur à celui des Alpes-Maritimes (45 milliards d'euros en 2000); toutefois, si ce produit est également le plus élevé de la région par habitant, la différence avec les Alpes-Maritimes n'est pas très grande, et surtout celles-ci ont un meilleur produit par emploi, en raison de leur style d'activité. En outre, les Bouches-du-Rhône ont un taux de chômage nettement supérieur à la moyenne nationale (12%), un revenu par habitant légèrement au-dessous de la moyenne provinciale française et 3e seulement dans la région, et un pourcentage de pauvres élevé (16,1%), très supérieur à la moyenne nationale et qui, dans la région, n'est dépassé que par le Vaucluse.

À l'échelle nationale et même internationale, les Bouches-du-Rhône se distinguent sur plusieurs points: le premier port de France et de la Méditerranée (96 Mt/an), quatre raffineries de pétrole et le départ du faisceau d'oléoducs vers le Rhin et le Danube, deux aciéries fournissant 15% des exportations du département (2 milliards d'euros par an); le centre nucléaire de Cadarache avec le futur Iter sur la fusion thermonucléaire; des festivals de renom; l'espace particulier de la Camargue, ses cultures de riz, ses taureaux et ses traditions. Il participe à dix «pôles de compétitivité» et assure à lui seul les trois quarts du commerce extérieur de la région, dont 22 milliards d'euros aux importations et 14 aux exportations; les hydrocarbures font 46% des importations, la Russie étant le premier fournisseur (12% du total des importations) devant l'Algérie (9%), les produits pétroliers raffinés et les produits chimiques assurant 45% des exportations, où les premiers clients sont l'Italie (18%) et l'Espagne (12%).

Dans l'ensemble, l'industrie ne représente que 11% des emplois, contre 67% aux services et 15% aux commerces. Le tourisme est actif, mais ne tient dans les Bouches-du-Rhône qu'une part modérée des activités, bien qu'il compte aussi l'hôtellerie urbaine et les déplacements pour affaires; le département enregistre 14 millions de nuitées annuelles dont plus de 5 M en hôtel (2e après les Alpes-Maritimes) et une offre de 82 000 lits, aussi nombreux en hôtel qu'en camping. Le département enregistre également 16 millions de passagers ferroviaires, 7 millions de passagers aériens et 2 millions de passagers maritimes.

En dépit de son extrême urbanisation, le département réussit en outre à se classer premier de la région par le produit agricole, avec environ un milliard d'euros de produit annuel, presque entièrement végétal d'ailleurs (97,5 %), obtenu par 3 000 exploitations environ (11 500 travailleurs, 2e après le Vaucluse). Il est le premier de la région pour la surface cultivée, il l'emporte sur les autres notamment pour les pêches, les poires, les abricots, les salades, les tomates, les courgettes, etc.; en contrepartie, il est le moins forestier des six avec 109 000 ha de bois (21% de la surface).

C'est aussi, grâce aux plaines d'épandage anciennes et actuelles du Rhône et de la Durance, le moins accidenté, en dépit des beaux reliefs des Alpilles, de la Sainte-Victoire et de la Sainte-Baume magnifiés par tant de peintres. Le territoire départemental s'allonge d'ouest en est sur 130 km, sans dépasser 60 km dans le sens nord-sud. Il est très divisé par le peuplement et par le relief, qui ne sont qu'en partie liés. Marseille domine de loin, concentrant avec ses banlieues immédiates plus de la moitié de la population du département. On ne peut en séparer ses deux annexes littorales: le groupe de Cassis et La Ciotat à l'est, celui de l'Estaque et de Vitrolles et Marignane à l'ouest, qui bénéficient de quelques beaux sites.

Le golfe de Fos et la partie occidentale de l'étang de Berre, avec les villes de Martigues, Port-de-Bouc, Fos-sur-Mer, Istres et Miramas, forment un ensemble lié à Marseille, mais assez différent, et divisé en deux communautés spécifiques de 88 000 et 66 000 hab. respectivement: certes une façon d'annexe du port de Marseille, dotée de puissantes industries, mais aussi un complexe d'échelle européenne et directement relié aux grandes concentrations de l'Europe du Nord-Ouest par le Rhône.

Vers l'est de Marseille, un autre ensemble est tout aussi lié à la métropole provençale, et cependant s'en distingue: d'Aubagne à Gardanne, physiquement séparées de Marseille par les reliefs de l'Étoile, parcourues par des circulations qui, d'Aix à Toulon, évitent Marseille, tout une collection de communes ont eu leurs propres industries et conservent une certaine originalité au sein des paysages renommés dominés par la Sainte-Baume; la plupart d'entre elles forment une autre communauté d'agglomération de plus de 90 000 hab., même si Gardanne hésite encore dans ses rattachements.

Le pays d'Aix-en-Provence, qui va jusqu'à la Durance, forme un autre ensemble, aux paysages plus ouverts, aux villages renommés qui soignent leurs activités culturelles et leurs spécialités, et qui s'oppose d'une certaine façon à l'agglomération marseillaise. Non sans ambiguïté: d'une part, une communauté d'agglomération aixoise plutôt ambitieuse de plus de 330 000 habitants s'insinue dans les banlieues marseillaise jusqu'à annexer Vitrolles, d'autre part l'Insee englobe toujours Aix dans une «unité urbaine» Marseille-Aix de 1 350 000 habitants, ce qui a l'avantage plaisant d'en faire l'exacte égale de Lyon… Il est vrai qu'existe une certaine continuité territoriale entre les deux pôles par l'intermédiaire des zones d'activités des Mille et du plateau d'Arbois, mais les ensembles marseillais et aixois sont néanmoins fort différents à de nombreux points de vue.

Vers l'ouest, ils sont relayés et complétés par une unité qui tient à marquer son autonomie, autour de Salon-de-Provence, allant du nord de l'étang de Berre jusqu'à la Durance et réunissant ainsi 120 000 habitants. Reste au-delà, mais sur plus de 2 000 km2, soit les deux cinquièmes du département, un ensemble uni dans un même «pays» officiel de 150 000 habitants, qui correspond en fait à l'arrondissement d'Arles, mais qui associe au moins cinq paysages différents, tous de grande originalité: la Crau et la Camargue au sud, l'agglomération d'Arles-Tarascon au centre, les arides Alpilles désormais rehaussées d'un parc régional et, au nord, les campagnes irriguées de Saint-Rémy et Châteaurenard, qui étendent au sud de la Durance le style du Comtat venaissin et comptent pour beaucoup dans les réussites de l'agriculture du département. L'ensemble est parcouru par un très dense treillage de routes et de voies ferrées, et forme l'un des très grands bassins d'activités de la France, très attractif, et qui réussit à conserver des espaces vides et des aires naturelles protégées, dont le Parc de Camargue, à proximité immédiate des grandes concentrations urbaines.