Caudebec-en-Caux

2 350 hab. (Caudebecquais), 493 ha dont 320 de bois, chef-lieu de canton de Seine-Maritime dans l'arrondissement de Rouen, 38 km ONO de la préfecture; le bourg est sur la rive droite de la Seine, au débouché d'un vallon très encaissé dans le coteau abrupt de rive concave. Le nom désigne un frais ruisseau (kalt et bec). Ce fut une place forte, et un foyer protestant, ruiné par la révocation de l'édit de Nantes. Incendiée en 1940, la ville a cependant conservé une église du gothique flamboyant, des restes de remparts, une maison des templiers (13e s.) qui abrite un musée historique; un autre musée est consacré à la marine de Seine. La population a peu varié: 2 700 hab. en 1820, 2 400 en 1901, un sommet à 2 840 en 1968.

La ville, fleurie (3 fleurs), a un collège public; supermarché Carrefour (25 sal.), négoce alimentaire Deroche (65 sal.). Le site de Caudebec a été peu recherché par l'industrie, et attire d'autant plus les visiteurs que les environs sont accidentés et boisés; il figure dans les «stations vertes de vacances». Il existe toutefois une usine de maintenance aéronautique, Revima, du groupe EADS, qui emploie 590 personnes en deux unités sur l'ancien site de l'usine Latham.

Le Latham 47

En 1916, la société Latham installe une usine à Caudebec-en-Caux. L'hydravion Latham 47, à long rayon d'action, y est construit en 1928 et doit traverser l'Atlantique. Mais son premier et dernier vol sera vers l'Arctique: le dirigeable Italia de Nobile émet un signal de détresse le 25 mai et le gouvernement français décide d'envoyer le nouvel hydravion à son secours, avec une équipe de quatre aviateurs; il parvient à Bergen puis Tromsö, dont il part le 18 juin vers la banquise, avec Amundsen et un autre pilote norvégien, mais disparaît trois heures après dans l'océan. C'est finalement un brise-glace russe qui sauvera les survivants de l'Italia, mais on n'a jamais trouvé que de menus débris du Latham. Un monument assez brut, avec une maquette de l'avion en béton, a été installé au pied du coteau de Caudebec en 1931, près de l'usine, maintenant occupée par la Revima.

Le canton a 13 800 hab. (13 000 en 1999), 16 communes, 21 347 ha dont 10 329 de bois, ce qui en fait le plus boisé de la région. Il est traversé par la Seine: au nord, il mord sur le pays de Caux; au sud, il contient le grand lobe de méandre de la forêt de Brotonne et borde par là le département de l'Eure. En aval de Caudebec, à 5 km, Villequier (780 Villequiérais, 1 110 ha dont 275 de bois), tassé au pied du coteau de rive droite, cultive le souvenir du drame du 4 septembre 1843, au cours duquel Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie, fille et gendre de Victor Hugo, ainsi que deux parents, se sont noyés dans la Seine; Les Contemplations ont été inspirées par leur disparition; un musée Victor Hugo a été aménagé à Villequier, devenu «village de charme».

«Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au-dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.»

En amont de Caudebec à 2 km, Saint-Wandrille-Rançon (1 200 Wandregesiliens, 1 811 ha dont 783 de bois), commune issue d’une fusion ancienne (1825), se tasse dans un autre profond vallon, où sont les restes de le célèbre abbaye de Saint-Wandrille; celle-ci a été fondée au 7e siècle; on y voit un un cloître du gothique flamboyant, des bâtiments très remaniés au 19e s. Le nom de la commune résulte d'une fusion de 1825; Rançon est aujourd'hui un hameau au nord, dans la vallée du Rançon. La forêt domaniale du Trait-Maulévrier se divise en plusieurs massifs sur les versants qui dominent Caudebec et Saint-Wandrille; la commune accueille quelques petites entreprises dont un conditionnement à façon Collet (40 sal.), la menuiserie BoMaTec (40 sal.), la métallerie de la Lyonnaise de Déroulage (40 sal.), l'informatique Fontenelle Microcopie (30 sal.); transports Normandie Logistique (25 sal.).

Maulévrier-Sainte-Gertrude (930 Maléporariens, 1 416 ha dont 713 de bois), au nord de Caudebec, est restée réfractaire à l’entrée dans le Parc régional même agrandi; elle inclut cependant une bonne part de cette forêt; vestiges gallo-romains, église gothique du 16e s. La commune est issue d'une fusion de 1823.

De l’autre côté de la Seine règne la forêt de Brotonne, sur les collines du lobe convexe; entre elle et la Seine subsiste une plaine marécageuse, qui porte des prés et des cultures maraîchères. En amont, Heurteauville (320 Heurteauvillais, 726 ha),12 km au SE de Caudebec, face à Jumièges, cultive des légumes et conserve une belle grange dîmière de l’abbaye; le village s’aligne sur la «route des fruits» définie par le parc de Brotonne. La Mailleraye-sur-Seine a dépassé les 2 000 hab.

Juste en aval, Notre-Dame-de-Bliquetuit (670 Bliquetuitais, 978 ha dont 184 de bois), qui a gagné une centaine d'habitants après 1999, aligne ses maisons le long de la «route des Chaumières» et propose l’écomusée et la maison du Parc de Brotonne; mais le territoire communal, peu étendu, ne mord guère sur la forêt. Saint-Nicolas-de-Bliquetuit (560 Bliquetois, 923 ha) lui succède au NO, face à Caudebec; le bac y a été remplacé avantageusement par le pont de Brotonne, construit en 1978, de 1 280 m de long dont une travée de 328 m passe à 56 m au-dessus du fleuve. La commune s'est accrue de 60 hab. entre 1999 et 2008.

Toute la partie occidentale du lobe de méandre et de la forêt reviennent à Vatteville-la-Rue (1 050 Vattevillais, 5 114 ha dont 3 439 de bois, 2e commune forestière de la région), qui étire ses maisons sur 4 km sur la levée juste au-dessus des marais, toujours le long de la route des Chaumières; Vatteville fut un port de pêche et un site de gué, d’où peut-être son nom (radical wad), à moins qu’il ne vienne des marais (watt); on y visite la «maison du Roi»; église classée des 15e-16e s., motte féodale du Quesnay (12e s.), vue sur Villequier et son coteau; espaces verts et foresterie Lefebvre (25 sal.). Sa population s'est accrue de 140 hab. depuis 1999.