Centre (région)

région officielle au centre de la France, étendue officiellement sur 39 151 km2 (39 530 dans la statistique agricole). Elle comprend les six départements du Cher (18), d'Eure-et-Loir (28), de l'Indre (36), d'Indre-et-Loire (37), du Loir-et-Cher (41), du Loiret (45). Elle compte ainsi 20 arrondissements, 198 cantons et 1 842 communes, celles-ci partiellement regroupées en 8 communautés d'agglomération (Bourges, Chartres, Dreux, Châteauroux, Tours, Blois, Orléans et Montargis) et 125 communautés de communes, formant elles-mêmes 29 pays officiels. Elle est limitrophe de l'Île-de-France, de la Bourgogne, de l'Auvergne, du Limousin, de Poitou-Charentes, des Pays de la Loire, de la Basse-Normandie et de la Haute-Normandie, soit 8 régions, un record en France.

Sa population était de 2 370 000 hab. en 1990, 2 440 000 hab. en 1999; elle est estimée à 2 526 000 hab. en 2007. Sa croissance, d'environ 0,4% par an, tient un peu plus à l'excédent de naissances sur les décès (60%) qu'à l'excédent d'arrivées sur les départs (40%). La préfecture régionale et le Conseil régional siègent à Orléans. Le Conseil régional a une majorité de gauche; il est présidé depuis 2007 par François Bonneau, socialiste, principal de collège (Amilly), élu du Loiret où il fut conseiller municipal de Montargis; le premier vice-président est Jean Germain, maire de Tours. Sur 77 élus le Parti socialiste en a 29, le Parti communiste et le Parti de Gauche 8, les Verts (Europe Écologie) 12, soit 49 pour la majorité; la droite parlementaire compte 21 élus, le Front national 7. La région compte au total 15 sénateurs, dont 12 de droite, et 23 députés, dont 18 de droite.

La forme de la région est assez compacte et, quoique effectivement située au centre du pays, ce qui lui a valu un nom sans génie, elle est loin d'en exprimer la diversité. Certes, elle peut apparaître à certains égards très contrastée. Elle juxtapose des espaces de grande culture plutôt opulents et de grandes forêts et gâtines, de grandes plaines nues et des paysages vallonnés et verdoyants; des industries de technologie avancée et des ateliers de montage venus à la recherche de bas salaires ruraux; le plus grand rassemblement de châteaux historiques très visités et de petites villes en crise d'emploi comme Vierzon ou Romorantin; des franges franciliennes en transformation rapide et de calmes et profonds bocages. Pourtant, elle appartient tout entière, ou presque, aux paysages plats et aux agricultures riches de l'Europe du Nord, sous les cieux rapidement changeants et le climat modéré des confins atlantiques; elle n'a ni mer ni montagne, et la proximité de la capitale est une donnée majeure.

En fait, la région Centre s'organise selon deux principes essentiels. D'abord, elle appartient presque tout entière au Bassin Parisien: les bordures de massifs anciens n'y apparaissent qu'à peine dans le Perche au nord-ouest, dans la Marche tout au sud des départements du Cher et de l'Indre. Les altitudes sont partout très modérées, le point culminant n'atteignant que 504 m à Magnoux dans la commune de Préveranges (Cher). De ce fait, dominent dans le paysage les bas plateaux à soubassement calcaire et souvent crayeux, très souvent couverts de dépôts superficiels, les uns limoneux, les autres sableux ou argileux.

Deux d'entre ces bas plateaux, presque des plaines, s'étalent en grandes champagnes ouvertes, où trônent les grandes cultures: la Beauce au nord de la Loire, la Champagne berrichonne au sud. Le reste est plus morcelé, associant de plus petites champagnes, comme la Champeigne ou le pays de Sainte-Maure en Touraine, et des contrées plus boisées aux sols plus pauvres et aux noms significatifs: Gâtines et Gâtinais, Boischaut du sud et du nord. La Brenne au sud-ouest, la Sologne au centre accusent la tendance en multipliant les étangs, les forêts et les réserves de chasse.

Si, dans l'ensemble, cette distribution a une allure concentrique conforme à l'organisation générale du Bassin Parisien, ce n'est donc pas sans ruptures et contradictions. De même, les bordures sont très différentes: au sud apparaît une assez étroite «dépression périphérique» herbagère, évidée dans les terrains tendres de la bordure du Massif Central en Boischaut, val de Germigny et Aubois, mais il n'en est pas ainsi à l'ouest. La distance à Paris, même si elle ne joue pas de façon linéaire, est fondamentale. Elle a eu et conserve son rôle dans la puissance d'une agriculture opulente et subventionnée, comme dans la conservation et l'extension des grands domaines boisés, les uns liés aux anciennes propriétés royales et aristocratiques de l'Ancien Régime, les autres aux fortunes bourgeoises du 19e siècle. Elle se marque aussi aux attractions et aux pressions démographiques qui, par flux et reflux successifs, ont vidé certaines campagnes de leurs habitants, et quelques villes de leurs anciennes spécialités, puis apporté à quelque distance de Paris les nouvelles industries et les bureaux de la «décongestion» parisienne. Les abords de l'Île-de-France se peuplent et se transforment si fort que les autorités en sont venues à identifier et délimiter approximativement une «frange francilienne» sur la carte des territoires régionaux, tandis que les marges les plus éloignées poursuivent leur abandon.

Pourtant, cette organisation est recoupée par un élément majeur et discordant, dont le prestige local est extrême: le Val de Loire. La Loire traverse la région du sud-est à l'ouest et y dessine ce grand arc qui, d'une certaine façon, dénote et contredit à la fois l'attraction de l'ombilic parisien: l'amont d'Orléans semble lui obéir, l'aval lui tourne le dos. On sait à quel point le Val a séduit, et qu'il fut un lieu privilégié dans l'histoire du royaume de France. Il a fixé des vignobles, des jardins et des vergers, ainsi que les deux plus grandes agglomérations urbaines de la région et les plus fortes densités de population - ainsi que quatre centrales nucléaires qui font de la région la première productrice d'électricité en France. De Gien à l'Anjou et malgré ces centrales, le Val est désormais classé au patrimoine mondial de l'humanité, et sa concentration de châteaux est exceptionnelle. Encore faut-il lui associer les basses vallées du Cher, de l'Indre et même de la Vienne, qui convergent vers un autre ombilic tectonique, celui de l'Anjou. C'est en Touraine que ces paysages et ces richesses prennent toute leur dimension, et c'est la Touraine qui attire les principaux flux touristiques.

Pourtant, si la Loire fut jadis activement naviguée, assurant même la liaison entre l'Atlantique et Paris par les canaux d'Orléans puis de Briare, elle n'est en rien un axe majeur de circulation. Vers l'amont, la nationale 7 est depuis longtemps détrônée par l'autoroute du Soleil qui évite la région, tandis qu'en aval d'Orléans la circulation est d'intérêt local: la «route d'Espagne» puis la nationale 10 qui file par Chartres et Tours n'ont rien eu de ligérien; même l'autoroute d'Aquitaine, pourtant dessinée pour atteindre à la fois Orléans et Tours, ne la suit que d'assez loin, tandis que le TGV Atlantique ne s'en soucie nullement. Le seul couloir de circulation en développement qui ne soit pas une radiale parisienne mais une transversale, de Nantes à Lyon, ce pourquoi son équipement moderne a tellement tardé qu'il n'est pas achevé, n'emprunte le val de Loire qu'à l'ouest de Tours. On peut dire que le Val de Loire est plus traversé que longé; ce qui certes n'empêche pas d'intenses circulations locales, mais justifie l'effort d'aménagement de sentiers pédestres et voies cyclables très à la mode en bord de Loire.

Par ses activités, la région se situe dans une assez bonne moyenne nationale. Son produit brut est estimé à 63 milliards d'euros par an, soit au 9e rang des régions; le produit par habitant et le produit par emploi classent la région au 10e et au 11e rang en France. Cela ne va pas sans quelques grands contrastes structurels, qu'elle doit en partie à sa situation par rapport à la capitale, actuelle aussi bien qu'héritée. La population est des plus mobiles, associant des taux d'arrivées parmi les plus élevés de France (2e), et des taux de départs presque également forts (2e aussi). Elle est dans les toutes premières régions françaises pour les prêts de livres, et tout autant pour la faible proportion de médecins et le fort taux d'accidents…

La région Centre est l'une des principales en France par l'agriculture; elle est la première pour la surface cultivée (2 400 000 ha), ainsi que pour la production de céréales (8,7 Mt, avec 820 000 ha de blé, 250 000 d'orge, 120 000 de maïs) et d'oléagineux (1,3 Mt, avec 320 000 ha de colza). Elle est également assez bien placée pour les cultures industrielles (3e) et y ajoute d'intéressantes spécialités en fruits, légumes et fleurs du côté de la Touraine, en vins d'appellation et en fromages de chèvre. Ses 1 300 vignerons professionnels cultivent 31 000 ha de vignes (17 800 d'appellation, 900 000 hl/an), et la région fournit 700 000 hl de lait de chèvre annuellement (140 000 caprins). L'élevage bovin est plus discret: 600 000 bovins, moins de 5 Mhl de lait de vache. Toutefois, sa part dans la production totale est plus discrète, faute d'élevages intensifs et de grands vignobles. Son produit agricole annuel total est d'environ 3,6 milliards d'euros (dont 78% d'origine végétale), et 1,3 milliard de valeur ajoutée, ce qui ne la classe que 7e en France. Modérément boisée (875 000 ha, soit 22% du territoire), la région est pourtant la première en France pour la fourniture de bois de chêne de haut de gamme et la forêt emploie au total 20 000 personnes.

Grâce à la déconcentration de la croissance parisienne, la région Centre s'est assez récemment hissée au rang des régions industrielles: elle est 5e pour le nombre de salariés de l'industrie (6e pour la valeur ajoutée), seconde après l'Île-de-France pour la part des biens de consommation, troisième pour la part des capitaux étrangers dans l'industrie. Les principales branches sont l'automobile (38 000 salariés), les médicaments et cosmétiques (27 000), l'électronique et l'informatique (25 000), les caoutchoucs et plastiques (19 000), l'aéronautique et la défense (17 000), l'agro-alimentaire (17 000). La région se classe première pour les médicaments et deuxième pour les cosmétiques, les caoutchoucs, l'électronique, troisième pour les plastiques et aussi pour l'imprimerie et l'édition (10 000 salariés). Les transports et la logistique occupent 25 000 salariés, et les centres d'appels se sont récemment multipliés (5e en France, 6 000 emplois).

La région Centre n'est que moyenne ( 9e ou 10e) pour les fréquentations dites touristiques, et 12e pour les «consommations touristiques», mais la moitié de celles-ci sont le fait de la clientèle étrangère et elle est première pour les «destinations campagne» (hors mer et montagne); on voit là l'impact des visites de châteaux (brefs passages mais dépenses individuelles relativement élevées), qui justifient notamment une liaison aérienne quotidienne Tours-Londres, et des allées et venues de Parisiens: l'Île-de-France assure 26% de la clientèle, le Royaume-Uni 11%, les habitants de la région 8%, les Néerlandais 6%. Bien entendu, la région s'honore de nombreuses ressources patrimoniales et manifestations culturelles; les phares en sont les grands châteaux dits de Loire mais qui sont aussi bien en Sologne, sur le Cher, sur l'Indre ou la Vienne, les festivals de Bourges, de Tours ou d'Orléans, les pèlerinages de Chartres. Elle compte deux universités à Tours et à Orléans, la première plus complète, la seconde sans médecine mais davantage accompagnée d'organismes de recherche décentralisés.

Aucun adjectif n'est venu donner aux habitants de la région Centre un gentilé: ni par son nom ni par sa constitution elle ne semble créer d'identité, un peu comme si elle avait été formée par défaut, par ce qui reste entre des entités voisines affirmées comme l'Île-de-France, la Bourgogne, l'Auvergne, voire la Normandie ou le Poitou - ce qui d'ailleurs lui vaut d'avoir deux métropoles de mêmes poids, même si la plus «parisienne» s'est vu confier la préfecture de région. Un intéressant sondage de 2005 sur les sentiments d'appartenance (http://pro.visaloire.com/images/Cahier_technique_CRET1122040412_8cahier_technique_CRET_290605.pdf) a montré que les habitants de l'Indre-et-loire se voyaient résolument «en Touraine» (record de réponses), ceux de l'Indre assez volontiers «en Berry» (bien plus que ceux du Cher), ceux de l'Eure-et-Loir et du Loiret mettant en avant essentiellement une appartenance à leur département. La situation est plus diffuse dans le Cher, qui curieusement ne semble pas le plus attaché à l'idée de «centre de la France» en dépit de la publicité de certains lieux. Et curieusement c'est en Loir-et-Cher que l'appartenance à la région Centre est la plus affirmée, sans doute parce que le département, très hétérogène, a du mal à se donner une identité. Dans la même enquête, les touristes interrogés mettent clairement les idées de Val de Loire et de Touraine en avant, à peu près à égalité d'ailleurs, bien avant la «région Centre» ou ses autres composantes. D'intéressantes analyses de l'espace régional sont dans L'Économie du Centre (Orléans, Insee, n°21 mars 1988, notamment par J. Mirloup («Approche de la région Centre en neuf chorèmes») et D. Andrieu et al., L'organisation de l'espace en région Centre, Mappemonde, 1990 n°2 (http://www.mgm.fr/PUB/Mappemonde/M290/m7.pdf).