Charente (département de la)

département de la région Poitou-Charentes; il a pour préfecture Angoulême, et pour sous-préfectures Cognac et Confolens. Il a pour voisins les trois autres départements de la région, la Haute-Vienne et la Dordogne, mais ne va pas jusqu'à la Gironde. Il est divisé en 35 cantons et 404 communes, elles-mêmes associées en 25 communautés de communes plus une communauté d'agglomération; ces groupements forment cinq pays hors l'agglomération principale: Charente Limousine et Ruffécois au nord, Sud-Charente au sud, Horte et Tardoire au sud-est, Ouest-Charente-Pays du Cognac. Le Conseil général a une majorité de gauche (23 élus sur 35, dont 17 socialistes, 2 communistes et 4 divers) contre 8 UMP, 2 divers droite et 2 Modem; il est présidé par Michel Boutant, professeur agrégé, socialiste, élu de Montbron dont il fut le maire. Les quatre députés et les deux sénateurs sont socialistes.

Le département est le plus petit de la région (5 956 km2) et le moins peuplé. Il avait 339 600 hab. au recensement de 1999, en léger recul depuis 1990 (342 000). La population avait atteint un maximum de 382 900 hab. en 1851, et connu un creux vers 310 000 entre 1925 et 1955. L'évaluation pour 2008 donne 351 600 habitants, effaçant une perte en 1999 qui est peut-être simplement due à des faiblesses de recensement. Il semble que le solde naturel soit à peu près nul et que le solde migratoire, apparemment sous-estimé naguère, soit en train d'augmenter.

Le département de la Charente est drainé pour l'essentiel par le fleuve éponyme, sauf au nord-est où passe la Vienne à Confolens, et au sud qui verse vers le bassin de la Dordogne. Il mord à l'est et au nord-est sur les terrains anciens du Massif Central; tout le reste est dans des terrains secondaires à dominante calcaire, mais diversement accidentés. D'une façon générale, une moitié nord-ouest apparaît basse, largement ouverte et bien cultivée; la moitié est et sud est plus accidentée, nettement plus boisée et bocagère, et plutôt dépeuplée. Angoulême est au contact des deux, en position centrale à tous points de vue. Mais les différences locales sont multiples et assez fortes.

Un premier principe de différenciation tient à la place de la vigne, considérable autour de Cognac et spécialement en Grande Champagne au sud du fleuve, et qui s'affaiblit en auréoles successives autour de ce noyau. Au nord du fleuve, les directions tectoniques majeures, SO-NO, font apparaître des bandes de terrains aux paysages relativement distincts; le petit plateau calcaire des Borderies viticoles et boisées au NO de Cognac; le «Pays Bas» plus marneux et humide sur les terrains du portlandien, couvert par les vignes des Fins Bois; les Plaines plus céréalières, sur calcaires jurassiques, un peu plus élevées et formant de bas plateaux, plantés également en vignes de Fins Bois mais en proportion diminuée, et çà et là interrompus par des forêts et même des «pays aux bois».

Au sud du département, sur les reliefs des calcaires crétacés, s'opposent des pays encore très viticoles en Petite Champagne et jusqu'à Baignes-Sainte-Radegonde, des espaces de landes plus ou moins boisées sur les hauteurs recouvertes de dépôts siliceux, notamment sidérolithiques, venus du Massif Central (Petit Angoumois au sud de Barbezieux, ouest de Montmoreau) et des «champagnes» plus ouvertes et assez bien cultivées comme celles de Chalais et de la vallée du Tude, ou même des environs de Villebois-Lavalette. Vers l'est s'accidentent les rudes reliefs de l'Horte, couverts de placages siliceux et de bois, et passant aux causses de Montbron et de La Rochefoucauld, dans un ensemble qui ne manque pas de pittoresque mais qui dessine comme une marche dépeuplée. Elle se prolonge au nord-est en Confolentais, dans un pays de bocage herbager annonçant le Limousin, et lui-même assez contrasté, divisé entre le plateau de roches anciennes du Massif Central à l'est, et à l'ouest, autour de la haute Charente et à l'intérieur de sa grande boucle, des plateaux calcaires boisés couverts de placages sidérolithiques et boisés.

Aussi la position centrale d'Angoulême ne doit-elle pas faire illusion: les deux moitiés sont très dissymétriques et l'organisation même du peuplement et des transports en accentue l'inégalité. Angoulême est en principe sur une radiale parisienne, celle qui mène à Bordeaux et que suivent la nationale 10 et la voie ferrée principale. Mais au sud elle doit traverser cette marche; en fait, elle a été rapidement concurrencée par le passage par Saintes, qui contourne le département et qu'emprunte l'autoroute, et qui bénéficie de l'expansion démographique de la Charente-Maritime. Néanmoins, la construction de la ligne ferroviaire à grande vitesse (LGV) Paris-Bordeaux pourrait donner un nouvel élan.

L'axe majeur du département de la Charente, sensiblement est-ouest, n'est autre que le couloir du fleuve, qui relie Angoulême à Saintes (et Rochefort-La Rochelle) par Jarnac et Cognac, et porte tout le poids des affaires du Vignoble. Les autres voies sont très secondaires à tous points de vue: rien de substantiel vers Niort et vers Périgueux, une bonne liaison avec Limoges mais de fréquentation modérée. Or la région se structure de plus en plus nettement sur un axe Poitiers-Niort-La Rochelle, complété au sud-ouest par Rochefort et Saintes.

Il en résulte qu'Angoulême, si elle apparaît très centrale à l'échelle de son département, ne se distingue pas à l'échelle régionale ou nationale comme un pôle-carrefour organisateur; mais plutôt comme une étape sur une radiale en partie délaissée, une extrémité de couloir de peuplement, et bien entendu aussi un foyer industriel encore très actif, renforcé par des choix heureux comme la spécialité «bande dessinée». Comme centre départemental, elle est entourée d'une demi-auréole de relais locaux: Confolens, Ruffec, Cognac, Barbezieux et même Chalais tout au sud; Montbron, à l'est, a du mal à tenir ce rôle.

Grâce à ces industries et au Vignoble, le département, dont le produit brut dépasse 7 milliards d'euros annuels, se classe premier de la région pour le produit par habitant aussi bien que par emploi. Il est aussi le plus ouvrier, avec plus de 31% des personnes actives, et le plus industriel (33% du produit contre 20% pour la région). Le territoire départemental est occupé par 137 000 ha de bois et 380 000 ha de terres agricoles, dont 284 000 labourées et seulement 55 000 en herbe, 38 000 en vignes; il fournit 740 000 t de céréales par an, 1,5 Mhl de lait, 4 Mhl de vin avant distillation, soit un total de 680 millions d'euros, dont plus du tiers viennent du cognac.