Charente-Maritime (département de la)

département de la région Poitou-Charentes, au sud-ouest. Il a pour préfecture La Rochelle, pour sous-préfectures Jonzac, Saintes, Saint-Jean-d'Angély et Rochefort. Ses voisins sont la Vendée, les Deux-Sèvres, la Charente, la Dordogne et la Gironde. Il est divisé en 51 cantons et 472 communes, qui sont associées en 22 communautés de communes et 3 communautés d'agglomération (La Rochelle, Royan et Rochefort). À leur tour celles-ci forment 7 pays, plus les deux agglomérations de La Rochelle et de Royan: Aunis, Vals de Saintonge, Haute Saintonge, Saintonge romane, Marennes-Oléron et Île de Ré. À gauche après 1945, le Conseil général a une majorité de droite depuis 1985, limitée à 26 membres en 2011, dont 14 UMP; ç gauche, 17 socialistes, 8 radicaux de gauche. Il est présidé par Dominique Bussereau, UMP, ancien ministre, député, élu du canton de Royan-Est et député, ancien conseiller d'entreprises. Sur 5 députés, deux sont socialistes, dont le maire de La Rochelle,trois UMP; les trois sénateurs sont UMP, dont le précédent président du Conseil général.

Le département mesure 6 864 km2 et il est le plus peuplé de la région. Sa population est en croissance sensible: il avait 557 000 hab. en 1999, contre 527 100 en 1990 et 497 900 en 1975. La population avait connu un premier maximum à 481 100 hab. en 1861 puis s'était abaissée jusqu'à 415 200 en 1931, selon une courbe voisine de celle de la Charente. Mais la remontée d'après-guerre a été bien plus forte et plus soutenue. L'évaluation pour 2008 est de 611 700 hab., la croissance étant essentiellement due au solde migratoire: il est l'un des plus attractifs de France, en grande partie en raison de sa position maritime et méridionale.

Le département a été formé principalement par les anciennes provinces de l'Aunis au nord et, bien plus étendue, de la Saintonge, ce qui explique qu'il s'étire assez loin vers le sud-est; encore a-t-on rattaché au département de la Charente des cantons qui furent saintongeais, du côté de Chalais. La préfecture est très décalée vers le nord-ouest; sa croissance fut celle d'un port de rôle national et international bien plus que régional. La vie urbaine est dominée par un axe NO-SE qui va de La Rochelle, la grande ville, à Rochefort et Saintes. Il prolonge en fait le couloir de la Charente, qui se poursuit jusqu'à Angoulême par Cognac et Jarnac. Mais si les circulations locales y sont intenses, elles n'ont que des rapports partiels avec les pôles et les axes de dimension nationale.

Longtemps, la radiale Paris-Bordeaux a ignoré la Charente-Maritime, et les relations entre Bordeaux et Nantes n'ont jamais été ni très commodes ni très actives. C'est seulement depuis quelques décennies que s'est consolidée une relation radiale entre Paris et La Rochelle, devenue à présent majeure et consacrée par des TGV, et qu'a été choisi pour l'autoroute A 10 le tracé par Saintes plutôt que par Angoulême: il était à la fois plus commode techniquement, n'ayant pas à franchir les reliefs assez accusés du sud d'Angoulême, et surtout jugé plus rentable, ou plus utile selon les points de vue, car il misait justement sur l'attractivité de la côte charentaise. Aussi la Charente-Maritime dispose-t-elle à présent de deux liaisons majeures, La Rochelle-Paris et Bordeaux-Paris par Saintes, mais c'est Niort qui commande leur bifurcation, et cette trame lourde se superpose aux réseaux locaux plus qu'elle n'en a tiré parti. De même Royan, création de Bordeaux, qui longtemps a tourné le dos au reste du département, n'a-t-elle accru ses relations avec Rochefort et Saintes qu'à la faveur de l'élévation de l'attractivité de La Rochelle par «métropolisation» (pour le trajet par Rochefort) et de l'apparition de l'autoroute (pour la relation avec Saintes et donc avec Paris). Du moins Saintes se trouve-t-elle à présent à la tête d'une véritable étoile à six branches, si l'on compte la liaison avec Marennes et Oléron.

Cette superposition de deux réseaux de logique différente n'a elle-même que des rapports partiels avec l'organisation des pays et des paysages. Les paysages de la Charente-Maritime et le dessin de son littoral sont fortement associés à l'organisation géologique de la bordure septentrionale du Bassin d'Aquitaine. Des directions tectoniques SE-NO ont ondulé et cassé ou fléchi les couches sédimentaires. La côte sur la Gironde est conforme à cette direction, tandis que la côte qui est face à l'Atlantique les prend en travers: cela explique ses grands rentrants, les deux pertuis Breton au nord et d'Antioche au centre, ainsi que ses saillants, formés par les îles de Ré et d'Oléron, et dans le pertuis d'Antioche par la pointe de Port-des-Barques et la pointe de Bourcefranc.

Dans la partie littorale du département, alternent ainsi du nord au sud: la partie méridionale du Marais Poitevin, où s'achève le cours de la Sèvre niortaise; le bas plateau d'Aunis, à la pointe duquel s'est établie La Rochelle, et que prolonge en mer l'île de Ré; la partie déprimée occupée par le marais de Rochefort ou Petite Flandre, elle-même encombrée d'anciennes îles comme celle qui porte Fouras; le bas relief rectiligne du Port-des-Barques à Saint-Agnant, qui porte l'aérodrome de Rochefort et qui correspond au revers d'un talus de côte dominant le marais de Brouage; le marais de Brouage, qui occupe le centre d'une boutonnière (ou bray) évidée au cœur d'une ondulation anticlinale des terrains jurassiques; la basse barre de relief qui ferme au sud cette dépression, de Bourcefranc au Gua par Marennes; le marais de la Seudre; la presqu'île d'Arvert, prolongeant un bas plateau calcaire en bordure de la Gironde.

À l'intérieur, ce dispositif se retrouve, avec des paysages un peu différents. Tout au nord-est, un pays au bois interpose comme une petite marche entre pays charentais et pays niortais. Le plateau d'Aunis suit, prolongé par celui de la Saintonge du nord autour d'Aulnay, dans des paysages de champagne soignés et en partie viticoles. Ils dominent à peine une dépression apparue à la faveur d'affleurements de marnes portlandiennes, parfois appelée Pays Bas de Matha; elle se suit de Saint-Jean-d'Angély au NO de Jarnac et elle est couverte par les vignes des Fins Bois. Ce Pays Bas est modérément dominé au sud-ouest par un talus de côte dont le revers forme le plateau viticole et boisé des Borderies. Au-delà du fleuve Charente, viennent les plateaux de Saint-Agnant à Saintes, céréaliers et viticoles. Le prolongement de la boutonnière de Brouage se manifeste sous la forme d'une plaine viticole et boisée spécialement nommée les Bois, elle-même prolongée vers le sud-est, de part et d'autre de la haute vallée de la Seugne, par la champagne de Jonzac. Passé la forêt de la Lande, la champagne de Cozes et le semi-bocage viticole de Mirambeau vont jusqu'à Montendre. Enfin, au sud, se manifeste une longue alternance de landes boisées et de collines cultivées, formant marche entre pays charentais et girondins; on y distingue la Double saintongeaise du côté de Montendre, Bussac et Clérac, les coteaux viticoles du Lary autour de Montguyon, un autre ensemble de landes dit Petit Angoumois, entre Lary et Tude, enfin la basse vallée de la Tude plus ouverte.

L'organisation du département en pays officiels résulte de compromis somme toute raisonnables. La Haute Saintonge, en fait haute par le relief, rassemble tout le sud peu urbanisé et Jonzac avait réussi depuis déjà assez longtemps à fédérer sept ou huit cantons en une seule communauté. Saintes a su rassembler ses voisins en un pays nettement polarisé. Royan s'est attribué toute la côte girondine en une seule communauté d'agglomération qui fait pays. Oléron s'est judicieusement unie à Marennes et au bassin de la Seudre dans un pays qui franchit la mer et qui est dominé par les soucis de l'ostréiculture et du tourisme. Ré, en revanche, est restée à part: elle aurait pu «faire pays» avec l'agglomération de La Rochelle, dont elle n'est plus guère qu'un prolongement. Restaient des campagnes aux bourgs multiples mais sans grand centre fédérateur: l'Aunis céréalier et laitier mais non viticole a sa cohérence, aux portes de La Rochelle et entre marais de Rochefort et Poitevin; le reste fait un grand pays dit des Vals de Saintonge, qui participe assez largement au Vignoble de Cognac.

Dans l'ensemble, les bois occupent 134 000 ha, l'espace agricole 445 000, dont 355 000 en labours et fort peu en herbe (48 000 ha), presque autant en vignes: toute la partie orientale du département est surtout marquée par la présence du Vignoble de Cognac, qui s'adapte à des terrains bien différents et fait que le département l'emporte même sur son voisin pour la surface cultivée en vignes (39 000 ha) et pour la production de vin blanc (5 Mhl/an). Le département fournit 1,7 Mhl de lait, 1,6 Mt de céréales, et un produit agricole total de 700 M€ dont 83% d'origine végétale.

À cela s'ajoute la conchyliculture, qui occupe 7 500 ha, dont 5 100 en huîtres et 900 en moules, produit 43% des huîtres récoltées en France (47 000 t) et 13% des moules (6 400 t), occupant 8 000 personnes sur un millier d'exploitations (3 500 équivalents plein temps). La pêche apporte environ 8 000 t annuelles, d'assez forte valeur (soles notamment). Le département accueille à lui seul 74% des nuitées d'hôtels et de camping de la région (8,3 millions sur 11,2), et 70% des résidences secondaires (73 000 sur 104 000). Son produit annuel est supérieur à 10 milliards d'euros, mais le résultat par habitant est le plus faible de la région en raison du nombre de retraités et, en général, de personnes âgées, et le produit par emploi n'est que le 3e sur 4.