Cher (département du)

département de la région Centre, préfecture Bourges, sous-préfectures Saint-Amand-Montrond et Vierzon. Il occupe 7 310 km2 à l'angle sud-est de la région, où il contient plusieurs villages qui s'estiment au centre géométrique de la France métropolitaine et continentale. Il a pour voisins l'Indre, le Loir-et-Cher et le Loiret, et à l'extérieur de la région la Nièvre, l'Allier et une étroite limite de la Creuse, qui relèvent de régions différentes; il est donc riverain de la Bourgogne, de l'Auvergne et du Limousin. Il est divisé en 35 cantons et 290 communes, elles-mêmes regroupées en une communauté d'agglomération (Bourges), 20 communautés de communes et 5 pays: Berry-Saint-Amandais, Vierzon, Sancerre-Sologne, Bourges, Loire-Val d'Aubois.

Il a 323 3000 habitants au recensement de 2007; sa population est passée par un premier maximum assez tardif à 359 000 en 1891, puis s'est abaissée jusqu'à un minimum de 284 000 en 1954, non moins tardif. Elle avait atteint 321 600 hab. en 1990 avant de diminuer à nouveau, mais semble avoir repris. Le président du Conseil général est Alain Rafesthain, élu de Saint-Martin-d'Auxigny, du Parti socialiste; la majorité est passée de justesse à gauche en 2004 seulement, le Conseil ayant alors 17 élus de droite, 16 de gauche et deux non inscrits; en 2010 la gauche est en meilleure position avec 20 élus (13 socialistes et 7 communistes et républicains), la droite en ayant 15. Les deux sénateurs sont de droite (UMP), ainsi que deux députés sur trois; le troisième (circonscription de Bourges-Vierzon) est Jean-Claude Sandrier, communiste, président du groupe de la Gauche démocratique et républicaine à l'Assemblée nationale, et qui fut brièvement maire de Bourges.

Le territoire départemental est très centré sur Bourges, qui dispose d'une étoile d'une dizaine de routes; mais l'agglomération préfectorale est tirée vers le nord-ouest par la proximité de Vierzon, avec Mehun-sur-Yèvre et Foëcy en relais et le val du Cher pour couloir, et un peu vers le sud-ouest par l'industrieuse Saint-Florent-sur-Cher. Un axe presque méridien (nord-sud) s'esquisse ainsi par Vierzon, Bourges et Saint-Amand-Montrond; il correspond à la radiale de Paris vers Clermont-Ferrand, où passent la voie ferrée, la N 144 et surtout à présent l'A 71. Cet axe suit en gros la vallée du Cher, tout en s'en écartant en faveur de Bourges, qui néanmoins y projette Saint-Florent.

Les deux autres voies principales, formant avec cet axe le treillage classique, sont d'une part la route SO-NE de Châteauroux à la Loire (N 151), qui à l'est se divise en une route vers La Charité (N 151 aussi) et une vers Sancerre et Cosne; d'autre part, la diagonale NO-SE marquée par la N 76, tronçon d'un Nantes-Tours-Lyon ou Genève en devenir, qui se confond avec l'axe N-S entre Vierzon et Bourges puis file vers la N 7 et Mâcon. Les autres voies, vers Gien au nord ou La Châtre au SSO, sont d'intérêt local. Vers l'est, les circulations le long de la Loire se font à l'extérieur du département, sur l'axe Paris-Nevers.

Bourges est proche du contact de deux domaines assez opposés qui divisent le territoire départemental: les espaces boisés du nord, la grande plaine de la Champagne berrichonne au sud. La rupture est soutenue par la côte des terrains crétacés du cénomanien, qui dessine un grand arc au nord de Bourges et culmine à 431 m à la Motte d'Humbligny. Cette opposition ne va toutefois pas sans nuances, qui se retrouvent dans les unités de paysages et les régions agricoles du Cher.

Les terres au nord-ouest de Bourges relèvent de la Sologne: épandages sableux, étangs et grands bois; Vierzon est déjà une ville solognote, et le grand observatoire astronomique de Nançay est en pleine Sologne. Les collines du nord-est, assez vivement accidentées dans le plateau du crétacé, forment le Sancerrois à l'est et, au nord, le Pays Fort: terroirs morcelés, beaux paysages aux nombreux bois, polyculture avec des spécialités comme les vins du Sancerrois et de Menetou-Salon, les vergers de la «Forêt» des environs de Saint-Martin-d'Auxigny, les crottins de chavignol ou les sites touristiques des environs d'Aubigny-sur-Nère, La Chapelle-d'Angillon et Henrichemont.

Le département n'y atteint pas la Loire en aval de Belleville-sur-Loire. À la limite orientale, il inclut bien une part du Val de Loire sur 70 km entre Belleville et le Bec d'Allier, mais étroite: le coteau de rive gauche, berrichon, est tout près du fleuve et les circulations sont en Bourgogne; seule Sancerre-Saint-Satur y fait comme une tête de pont; au sud-est, les routes de Bourges à Nevers et de Bourges à Moulins traversent l'Allier et non la Loire, et n'ont pas fixé de ville sur ces passages, même pas une bourgade. Seule Sancoins est une sorte de sas entre Bourgogne, Auvergne et Berry, ce qui d'ailleurs lui vaut de conserver le premier marché aux bovins de France.

Mais on est là dans un paysage original et particulier: celui des terres lourdes et humides du lias en bordure du Massif Central, soulignées par les grands bois d'Apremont dans le Cher ou de la forêt de Tronçais dans l'Allier, et par un ruban de prairies où coule l'Aubois et où s'insinue l'ancien canal du Berry. Ce Val d'Aubois ou Val de Germigny forme un arc d'une cinquantaine de kilomètres à la bordure sud-est du département, entre Cher et Loire. De l'autre côté du Cher, il est prolongé et élargi dans le Boischaut, bocage à herbages qui s'épanouit dans l'Indre. Le département va assez loin au sud pour incorporer une fraction du Massif Central dans ce que l'on nomme la Marche, un terme qui évoque bien une limite, une frange historique; les altitudes s'y élèvent jusqu'au point culminant de la région Centre au Magnoux de Préveranges (504 m); Châteaumeillant et Culan y conservent leurs châteaux-sentinelles.

L'aspect bocager de ces bordures méridionales, un peu sombre mais piqueté de blanc par les nombreux charolais, contraste avec les larges horizons et les grands champs nus de la Champagne berrichonne, qui s'étale à l'est de Bourges et se prolonge à l'ouest dans le département de l'Indre. Cette Champagne, qui correspond en gros à un affleurement de calcaires jurassiques plus ou moins couverts de limons, est depuis longtemps un pays de grande culture à fermage. Toutefois, elle n'est pas aussi homogène que semblerait l'indiquer une carte géologique: le relief s'élevant vers le sud et le sud-est, et dominant le Boischaut et l'Aubois par une côte discontinue, il s'y divise en collines de plus en plus vigoureuses et boisées vers le sud; aussi cette Champagne admet-elle dans sa partie méridionale jusqu'à de grands bois, comme les forêts de Chœurs et de Thoux à l'ouest de Châteauneuf-du-Cher, de Maulne, de Meillant et d'Arpheuilles entre Saint-Amand-Montrond et Dun-sur-Auron. Lignières-sur-l'Auron, s'y affiche à l'ouest comme capitale de l'âne. Saint-Amand fait le lien entre cette Champagne quelque peu hérissée et les bocages méridionaux. Les paysages nus ne règnent finalement qu'entre Bourges et Issoudun, et surtout vers l'est, où s'étale aussi le vaste camp d'Avord.

Au total, la statistique agricole attribue 41% de la superficie du département à la Champagne (300 000 ha) et 15% à la Sologne, ce qui semble assez généreux dans les deux cas; viennent ensuite le Pays Fort-Sancerrois avec 13%, le Val de Germigny (Aubois) avec 12%, le Boischaut avec 10%; enfin la Marche (5%) et le Val de Loire (3%). Sur 730 000 ha, la surface agricole compte pour 465 000 (64%) et la forêt pour 186 000 (25%). Le Cher consacre 335 000 ha aux labours (dont 193 000 aux céréales), 132 000 à l'herbe, seulement 4 000 aux vignes et 1 600 aux vergers. Classé troisième en France pour la production de colza comme de l'ensemble des oléagineux-protéagineux (2,7 Mq/an), il produit annuellement 12 Mq de céréales, 220 000 hl de vins, 500 000 hl de lait de vache et 170 000 hl de lait de chèvre qui servent notamment à livrer plus de 1 000 t de crottin de chavignol. Le produit agricole annuel total est de 650 millions d'euros, dont 69% d'origine végétale; les trois premiers postes sont 188 millions en céréales, 116 000 en vins, 95 000 en viandes de bovins. La valeur ajoutée brute est de 326 millions, le revenu net de 143 millions. Par travailleur, le revenu net classe le Cher à la fois au-dessus de la moyenne de la région Centre (113%) et nettement au-dessus de la moyenne nationale (152%). C'est donc bien encore par la qualité de son agriculture que le Cher se distingue le mieux.

En effet, le Cher se classe avant-dernier sur les 6 départements de la région, juste avant l'Indre, pour la performance économique générale (un peu plus de 6 milliards d'euros de produit brut) comme pour le produit par travailleur, le produit par emploi occupé le classant quatrième sur six avant le Loir-et-Cher; le salaire moyen est au-dessous de la moyenne de la région Centre (98%) et plus nettement de la moyenne nationale (88%). C'est en partie faute de grande ville, Bourges ne se situant qu'en soixantième position dans les aires urbaines françaises. Elle a bien un embryon universitaire dont une école d'ingénieurs, une cathédrale inscrite au patrimoine mondial et des festivals très suivis, elle a un peu souffert du déclin des activités militaires qui avaient longtemps soutenu sa croissance; et les industries de sa voisine Vierzon ont beaucoup souffert. Le chômage est dans la moyenne française, et assez nettement au-dessus de la moyenne de la région Centre.

Pourtant, le département reste assez industriel, avec 22% des travailleurs (la moyenne française est à 17%), soit 25 000 emplois dont 6 500 dans la mécanique, 2 600 dans l'agro-alimentaire, 2 300 dans la chimie, le caoutchouc et les plastiques. On y vante quelques spécialités, comme la céramique en aval de Bourges où le pôle de bijouterie de Saint-Amand-Montrond, symbolisé par la Cité de l'Or. Vierzon a un Critt (centre de recherche industrielle et de transfert de technologie) sur les matériaux, Bourges un pôle technologique complexe (risques industriels, mécanique et matériaux, capteurs et automatismes, propulsions du futur) mais encore embryonnaire. Le Cher participe à trois «pôles de compétitivité», mais deux sont dirigés par le Limousin (céramiques, énergie électrique), l'autre (Viaméca) par l'Auvergne.

Restent dans les valeurs de promotion de menus «pôles d'excellence rurale»: la bijouterie déjà citée, le bois dans l'Aubois, un mélange d'activités à Vierzon, cheval et âne à Lignières, la mécanique à Aubigny-sur-Sère: rien de très consistant sans doute, mais un sage équilibre géographique, qui peut représenter un intéressant défi - conserver un équilibre entre les pays qui composent le département, entre ses différentes petites villes et bourgades, plutôt que de tout attendre d'une concentration maximale sur un foyer central qui, en tout état de cause, restera loin d'un Orléans ou d'un Tours. L'accueil touristique lui-même, en progrès, peut y trouver des raisons d'épanouissement que méritent patrimoine et paysages. Intéressant Atlas des paysages du Cher par P. Girardin (http://www.cher.pref.gouv.fr/atlas-cher).