Corse



région de France et île méditerranéenne. La région s'étend sur 8 680 km2 et compte officiellement 260 000 habitants en 1999. Elle a pour préfecture régionale Ajaccio; elle est divisée en deux départements, la Corse-du-Sud (2A) et la Haute-Corse (2B) dont les chefs-lieux sont Ajaccio et Bastia. Elle a au total 5 arrondissements, 52 cantons, 360 communes. L'intercommunalité est encore relativement peu avancée: 15 communautés de communes et 2 communautés d'agglomération ont été adoptées, aucun pays. À des fins statistiques, la région a été divisée en 19 «microrégions», reconnues pour les études et projets, mais sans valeur légale.

La région dispose d'un statut particulier depuis la loi de décentralisation de 1982, renforcé en 2002. Elle est gérée par l'Assemblée de Corse, qui siège à Ajaccio et comporte 51 membres élus au scrutin de liste pour 6 ans, dont 9, élus par l'Assemblée, forment le Conseil exécutif de Corse et laissent alors leur place à leurs suivants de liste. Le Conseil exécutif est une sorte de Conseil des ministres, dont les membres se partagent les fonctions exécutives. Sur les 51 élus, 16 sont membres du groupe Rassembler pour la Corse (UMP et divers droite), 9 du groupe la Corse dans la République (parti radical de gauche et divers gauche), 8 du groupe Unione Naziunale (nationalistes). Les autres groupes sont à gauche Corse social-démocrate (4), Communiste, républicain et citoyen (4), Pour une Corse de Progrès (2, divers gauche) et à droite Union Territoriale (4, UMP et divers droite), Corse active (2, divers droite), Corse nouvelle (2, divers droite). Le président de l'Assemblée est Camille de Rocca-Serra (UMP), également député. Il succède à Prosper Alfonsi (1982-1984), Jean-Paul de Rocca-Serra (1984-1998), José Rossi (1998-2004). Le président du Conseil exécutif est Ange Santini (UMP), ancien maire de Calvi devenu adjoint au maire de Calvi.

L'île de Corse mesure 183 km du nord au sud et sa plus grande largeur est de 83 km. Elle est plus proche de l'Italie (12 km de la Sardaigne, 80 km de la Toscane) que de la France (170 km), et bordée à l'est par la mer Tyrrhénienne. Elle est très montagneuse et culmine à 2 706 m au mont Cinto, ce qui a permis d'équiper 3 stations de sports d'hiver. Elle est formée par un noyau de vieux terrains cristallins, granitiques et volcaniques qui occupe les trois quarts de l'île côté ouest et sud; il est flanqué à l'est d'un ensemble complexe de schistes jurassiques avec intrusions granitiques, lié au soulèvement alpin, qui domine par un talus de faille la Plaine Orientale tapissée d'alluvions; à l'extrême sud, s'y ajoute la petite table de calcaires miocènes de Bonifacio. Une grande crête traverse l'île du NO au SE, séparant les bassins-versants orientés vers la mer Tyrrhénienne de ceux qui le sont vers le sud-ouest.

De l'émergence de cette montagne au milieu de la mer Méditerranée et relativement près des côtes italiennes viennent de nombreux traits d'originalité de la Corse parmi les régions françaises: une histoire mouvementée, une mise en valeur difficile, une écologie fragile, une tradition d'émigration, une forte attractivité touristique, des productions spécifiques, une langue et une culture particulières, des revendications d'indépendance ou au moins d'autonomie, des divisions accusées.

La Corse a été habitée et parcourue aux temps préhistoriques, dont sont issus les abondants gisements mégalithiques, évoluant à la fin vers les statues-menhirs qui font la renommée de certains sites (v. Sollacaro). Divers peuples y ont pénétré, Étrusques et Phéniciens y ont laissé des traces. Les Grecs la nommaient Kyrné, terme volontiers repris aujourd'hui dans la communication. Les Romains y ont établi des bases, mais presque exclusivement littorales, et sans routes intérieures. Les invasions barbares ont ruiné leurs établissements et les pirates ont, des siècles durant, entretenu un climat d'insécurité dont témoignent des raids, le repli des populations vers des villages perchés sur les croupes des montagnes et des hautes collines, l'édification de nombreuses tours de guet.

À partir de 1284, après avoir dépendu de la papauté puis de Pise, la Corse est passée sous l'autorité de la république de Gênes. Celle-ci a fait de Bastia sa capitale coloniale, et son domaine de la moitié de l'île qui regarde vers elle, nommée Cismonte, avec l'assistance et l'insistance du clergé catholique; elle confia finalement l'exploitation de sa colonie corse au «privé», en l'occurrence à la Banque de Saint-Georges, qui chercha à y développer châtaigniers, oliviers et vignes et y favorisa la grande propriété, ce qui provoqua plusieurs révoltes paysannes. L'autorité de Gênes s'était beaucoup moins affirmée sur l'arrière-pays d'au-delà des monts, ou Pumonte, une sorte de finisterre laissé à des familles de féodaux assez agitées et belliqueuses, et refuge de ces fameux «bandits», en fait plus solitaires qu'en bande, qui emplirent un temps le folklore insulaire. À la limite du Cismonte et du Pumonte, Gênes prenait appui sur ses vieilles citadelles de Calvi et Bonifacio, peuplées de Gênois et qui lui furent fidèles même au temps des efforts d'indépendance.

L'île avait été l'objet de nombreuses tentatives d'appropriation par la France, notamment en 1553-1559 avec l'aide de Sampiero Corso, aussi bien que par l'Aragon qui s'en dit un temps titulaire. En 1735, les Corses rejetèrent au moins en partie l'autorité gênoise, en proclamant la république, tandis que la France aidait les Gênois…. La république fut à nouveau proclamée en 1755, par Pascal Paoli, avec plus de succès cette fois, et une promotion de Corte et de L'Île-Rousse pour rompre avec les divisions ancestrales. C'est pourquoi Gênes choisit de vendre l'île à la France en 1768. La division de l'île ne cessait pas pour autant: la France avait déjà choisi de s'appuyer sur Ajaccio plutôt que sur Bastia, et l'épanouissement inattendu de la famille ajaccienne des Bonaparte ne put ensuite que conforter ce choix.

Deux départements furent créés en 1790, le Liamone (sud-ouest) et le Golo (nord-est); dès 1811 Napoléon n'en voulut plus qu'un, avec Ajaccio pour chef-lieu, et Bastia devint pour un siècle et demi une simple sous-préfecture, avant qu'en 1975 la Corse ne soit redivisée en deux départements. La création des régions relança le débat, d'autant que la Corse n'avait d'abord été qu'une fraction de la région de Provence, avant d'acquérir une existence régionale en 1970; mais finalement en 2004 le référendum sur un nouveau statut de l'île, qui aurait eu entre autres pour effet de redonner plus de poids à Ajaccio, fut rejeté par la majorité des électeurs, avec évidemment un score record du côté de Bastia.

Ce ne sont pas là les seules différences dans l'île. La vigueur du relief a contribué à son fractionnement en petits pays qui ont développé des traditions, des cultures et des activités de formes différentes. La presqu'île du Cap Corse s'est distinguée par la place de la pêche, de la vigne, de l'émigration aux Amériques. La façade nord-occidentale de Balagne et de Calvi, la plus proche de la métropole, est très prisée des touristes. La Castagniccia, évanouie dans le découpage des actuelles «microrégions», forme un milieu très original et à certains égards pathétique de fortes densités de petits villages perchés et défensifs, dont le peuplement s'est effondré et qui pourtant ne manque pas de fidélités. Le pays de Corte, à mi-chemin des deux capitales, ouvert entre la grande montagne de l'ouest et la petite montagne de l'est, connaît un renouveau, en partie lié au choix qui fut fait d'y placer l'Université de Corse.

La Plaine Orientale, longtemps vide et insalubre, dont le chemin de fer de Bastia à Porto-Vecchio avait été abandonné, a failli devenir une Californie avec l'aide des pouvoirs publics et de l'installation de familles réfugiées d'Afrique du Nord: elle a réussi en partie dans les vergers de clémentiniers, fort mal dans la vigne, et déclenché le cycle contemporain des violences (v. Aléria). Le Sud-Est a ses amateurs et ses visiteurs: on vient de loin pour voir l'extraordinaire site de Bonifacio et Porto-Vecchio a grandi, devenant la troisième ville de la région; mais son arrière-pays est vide, jusqu'au Sartenais et à l'Alta Rocca.

L'ensemble des montagnes proprement dites est dépeuplé, difficile à vivre; il a pratiquement abandonné les transhumances de troupeaux, mais conserve de nombreux petits villages et attire des randonneurs. Restent les environs d'Ajaccio, habités et fréquentés, aux côtes très pittoresques où ont bourgeonné des stations nouvelles comme Porticcio et Propriano, et aux vallées recherchées et en cours de repeuplement. Cela fait beaucoup de Corses, chacune avec ses formes de relief et de végétation, ses paysages, ses traditions, ses atouts et ses faiblesses; et son ordre et ses raisons, qui sont loin de tout devoir au hasard - un effort de mise en logique peut se lire dans R. Brunet, «La Corse, région d'Europe».

La Corse reste davantage structurée par ses deux capitales, et son ancienne opposition des versants Cismonte et Pumonte, que par ses moyens de circulation: les échanges entre les deux parties et les deux grandes villes restent modérés, comme le montre l'extrême faiblesse des trafics de l'héroïque voie ferrée qui les relie (v. Corte); il y a bien eu des projets de transformer en autoroute, ou au moins en voie rapide, la nationale 193 d'Ajaccio à Bastia, mais le relief rend les choses très difficiles et il y a bien peu à échanger. C'est que la Corse reste marquée par la faiblesse générale de son développement économique, et par son extraversion: elle échange bien plus avec l'extérieur qu'en son sein, ce qui explique l'acuité des débats et des crises sur la «continuité territoriale» à laquelle est censée veiller la République française.

L'essentiel se passe ou passe dans les ports et les aéroports, et les tentations de privatisation des liaisons, qu'il s'agisse d'Air-France ou de la navigation maritime, ne laissent pas indifférent en Corse. Pour la dernière, le sort en est déjà jeté, comme le montrent le changement de statut et d'actionnaires de la SNCM (Société nationale maritime Corse-méditerranée, créée en 1976 par la Compagnie générale maritime pour trois quarts et la Sncf pour un quart), la crise de l'automne 2005 qui l'a accompagné, et sa perte de parts de marché: elle n'a transporté en 2004 que 27% des 3 600 000 passagers, Corsica Ferries (groupe privé familial Lota, holding suisse Lozali) s'en étant adjugé plus de 50%.

En dépit de progrès locaux, le bilan reste sévère. La Corse est la dernière région française par sa population, et à plus forte raison par son produit brut: celui-ci ne dépasse guère 5 milliards d'euros et reste également, par habitant, le plus faible de France métropolitaine (20 149 € en 2003), mais non par emploi toutefois (56 000 €), 19e, avant l'Auvergne, le Limousin et la Basse-Normandie, si l'on peut raisonnablement se fier à des données parfois fragiles. Dans l'ensemble, la Corse se distingue aussi parmi les régions françaises par la faible part de l'emploi industriel et la forte place des commerçants, des artisans et de la fonction publique, du bâtiment, ainsi que par l'abondance des résidences secondaires. Elle est première pour les homicides et coups et violences, et pour le pourcentage d'érémistes (allocataires du revenu minimum d'insertion); elle figure parmi les régions dont la population est la plus âgée; elle est celle qui a le moins attiré les capitaux étrangers.

Elle a été dotée d'un statut de zone franche pour l'ensemble de son territoire, sans que cette dispsition ait attiré ou permis de créer de façon significative des entreprises. La Corse avait pourtant bénéficié d'efforts d'aménagement dans les années 1960, avec la création dès 1957 de deux sociétés d'aménagement, la Somivac (Société de mise en valeur de la Corse) qui a tenté de développer l'irrigation, créé des lacs de barrage, favorisé les plantations d'agrumes et de vignes, à la fois dans la Plaine Orientale et du côté de Calenzana; et la Setco (Société pour l'équipement touristique de la Corse). Mais elles se sont heurtées à de vives oppositions et leur rôle a été limité, avant leur mise en sommeil.

Certaines productions bénéficient d'appellations: le vignoble, le fromage, les clémentines, plus récemment le miel (1998) et l'huile d'olive (2004). Les clémentines ont obtenu une IGP (indication géographique protégée) en 2003, et un label rouge. Le brocciu, fromage de petit-lait de brebis produit par 900 éleveurs (650 tonnes par an) a une appellation d'origine depuis 1983, transformée en AOC en 1998. Le vignoble a été organisé entre 1968 et 1976 par deux appellations de cru (Patrimonio et Ajaccio), 5 appellations vins-de-corse-villages (coteaux-du-cap-corse, calvi, sartène, figari et porto-vecchio) et une appellation muscat-du-cap-corse, plus une appellation régionale plus générale et un peu moins exigeante en vins-de-corse tout court; les principaux cépages sont en blanc le vermentino (malvoisie de Corse), en rouge le nielluccio et le grenache.

La pêche ne compte que localement; elle concerne moins de 200 bateaux, dont 10 chalutiers et 10 coralliers, pour 1 000 tonnes par an, et l'aquacuture ne mobilise pas 150 personnes. La Corse compterait environ 3 600 exploitations agricoles (5 000 personnes) utilisant seulement 18% de la surface totale de l'île (150 000 ha, dont 7 100 de vignes); 250 000 ha sont en bois, 140 000 en maquis, parfois incendié pour le pacage; le reste est en surfaces pastorales diverses. La région aurait environ 100 000 brebis et 30 000 chèvres. Le secteur tertiaire procure 83% de la valeur ajoutée, le bâtiment 8%, l'industrie 7 seulement (artisanat compris), l'agriculture 2; le tourisme apporte 2 300 000 visiteurs par an (25 millions de nuitées), soit environ un milliard d'euros, ce qui donnerait presque un cinquième du produit intérieur. Le commerce maritime reste très déséqulibré: 1,8 Mt/an aux entrées (dont un tiers d'hydrocarbures) contre moins de 200 000 aux sorties. La population de la région est estimée à 272 000 hab. en 2004, 274 000 en 2005. Elle était officiellement de 290 000 en 1975, 251 000 en 1990 et avait commencé à remonter alors, atteignant 260 000 en 1999.

Le drapeau corse

Le drapeau représente sur fond blanc une tête noire, le front ceint d'un bandeau blanc. Son origine est controversée. Il semble qu'il soit d'origine aragonaise et vienne de l'époque où les d'Istria s'étaient appuyés sur le roi d'Aragon pour se débarrasser de la tutelle gênoise en Pumonte au 15e siècle. Il était en effet le drapeau d'Aragon depuis 1281; mais il portait alors quatre têtes de Maure aux yeux bandés, sans doute symbole des débuts de la Reconquista arboré par un «matamore». Le dessin adopté par d'Istria ne portait plus qu'un seul Maure aux yeux bandés; au 18e siècle le bandeau est remonté sur le front, donnant à la tête noire un air triomphant et inversant ainsi la signification originelle du symbole…