Franche-Comté

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Le réseau urbain franc-comtois

Carte administrative de la Franche-Comté
Carte administrative de la Franche-Comté

région de l’Est de la France, composée de quatre départements: Doubs (25), Jura (39), Haute-Saône (70), Territoire de Belfort (90). Elle s’étend sur 16 202 km2 et son chef-lieu est Besançon. Son territoire comporte 1 786 communes, pour la plupart regroupées en 98 communautés (dont 3 d’agglomération) qui doivent former 16 pays outre l’agglomération de Besançon. Le nom est ancien, puisqu’il remonte au 14e siècle, où il désignait des terres attribuées à la Lotharingie puis à l’Empire germanique depuis le partage de 843, mais bourguignonnes et récemment dotées de quelques franchises, notamment au profit des marchands qui animaient entre autres les foires de Besançon; l’appellation Comté (au féminin) est plus ancienne. La région actuelle porte donc le nom d’une ancienne province, que les Révolutionnaires avaient voulu oublier en attribuant à ses trois départements originels des noms géographiques: Doubs, Haute-Saône, Jura. Elle en a dépassé les limites, en ajoutant le Territoire de Belfort, créé après la guerre de 1870 à partir de l’arrondissement de Belfort, jusque-là partie du Haut-Rhin et donc alsacien.

De la sorte, la Franche-Comté est frontalière de la Suisse et limitrophe des régions d’Alsace, Lorraine, Champagne-Ardenne, Bourgogne et Rhône-Alpes. Le Conseil régional a une majorité de gauche; il comprend 20 élus socialistes et 7 Verts, et dans la minorité 12 UMP et 4 FN. Son président est Marie-Guite Dufay, socialiste; elle a succédé en 2008 à Raymond Forni, ancien président de l’Assemblée nationale (2000-2002), avocat qui a commencé à travailler comme ouvrier chez Peugeot, et fut maire et conseiller général de Delle. Le gentilé est Franc-Comtois, parfois Comtois, comme dans une horloge comtoise. La région avait officiellement 1 164 000 hab. en 2008, pour 1 117 000 habitants en 1999, soit une densité assez faible de 72 hab./km2. Sa population est estimée à 1 143 000 hab. en 2005; le solde naturel est assez élevé (0,37% par an, 8e en France métropolitaine) et le déficit migratoire a été effacé, les estimations indiquant même un solde très très légèrement positif (0,01%). La région se situe ainsi nettement au-dessus de la Bourgogne et de la Lorraine, et à plus forte raison de la Champagne-Ardenne, mais un peu en retrait par rapport à l’Alsace et, évidemment, à Rhône-Alpes. Le solde naturel est dû à un bon taux de fécondité (6e en France) et un taux de natalité supérieur à la moyenne; il en résulte que la région se classe bien par la proportion de jeunes (8e pour les moins de 25 ans), d’autant qu’elle a relativement peu de retraités (13e).

Son taux d’emploi est parmi les plus élevés de France et le taux de chômage dans les plus faibles (2e), ce qui est un remarquable résultat pour une région «industrielle». La Franche-Comté est incontestablement une région active et féconde. Elle est parmi les plus industrielles: première en France pour la part de l’industrie dans l’emploi (27,8%), comme pour la part des ouvriers qualifiés et des ouvriers non qualifiés, deuxième après la Haute-Normandie pour la part de la valeur ajoutée industrielle (31,4%), ainsi que pour la faible place des érémistes et des chômeurs, et pour l’activité du bâtiment - mais le taux de qualification des ouvriers est plutôt faible (18e) et sa petite taille n’en fait que la 17e région industrielle française par la valeur ajoutée absolue, après la Champagne, la Bourgogne ou la Basse-Normandie. La place des grands établissements est des plus éminentes, en raison de la place de firmes comme PSA (Peugeot) ou Alstom.

La région, frontalière de la Suisse, longe la Mégalopole européenne; toutefois, seule une petite fraction de son territoire, au bord de l’Alsace, en a l’intensité d’activités et de peuplement. À bien des égards, la Franche-Comté apparaît plutôt comme une dépendance de la Mégalopole: une sorte d’atelier annexe. Elle participe bien du style de la moitié orientale de la France, mais sous une forme particulière: un peu fruste sans doute, tout en s’honorant de spécialisations originales, à la fois renouvelées par leur haut degré de compétence et fragilisées par la mondialisation. On évalue à 30 000 le nombre de personnes dont le travail est à l’extérieur de la région, dont 13 000 frontaliers; le nombre d’étrangers reste modéré: 55 000, soit 4,9%, 8e en France, légèrement au-dessus de la moyenne provinciale; pourtant, il entraîne localement des réactions agressives.

En dépit de son côté industriel, la Franche-Comté peut passer pour la région la plus rurale de France: c’est elle qui a le record du pourcentage d’habitants résidant dans des communes de moins de 2 000 habitants. Ne voyons là aucun rapport avec la place de l’agriculture, qui ne tient qu’un rang très effacé en dépit de spécialités réputées dans les vins et les fromages; mais ses 17 000 «unités de travailleurs agricoles» n’assurent que 1,5% du produit agricole national sur 3% de la surface, soit moitié moins que la moyenne. Il est vrai que la région est la deuxième de France par la place des forêts, juste après l’Aquitaine (43% du territoire) et que, sur le reste, elle est 3e après la Corse et l’Auvergne pour la part des surfaces en herbe (59% de la surface agricole). La quasi-totalité du territoire est soit en «zone montagne» (et piémont), soit en «zone rurale défavorisée».

La faible attractivité relative est sensible dans les investissements étrangers, où la Franche-Comté se classe avant-dernière juste devant la Corse, comme dans l’activité touristique où elle est également avant-dernière, mais devant le Limousin. Et le côté industriel et ouvrier a ses contreparties: la région est la dernière de France pour l’emploi tertiaire, la dernière aussi pour le pourcentage d’employés dans la population; il est possible de voir là un rapport avec le fait qu’elle est la dernière aussi pour le niveau des salaires féminins et du prix des appartements. Peut-être aussi, qu’elle soit dans les toutes dernières pour la délinquance économique, les vols et cambriolages.

La carence est surtout dans les emplois du commerce: ceux de l’éducation, de la santé publique, des services financiers et immobiliers sont à meilleur niveau, mais non ceux des professions de santé du secteur privé. En revanche, on sent bien quelque malaise franc-comtois à observer que, selon les statistiques officielles, la région serait la première en métropole pour l’usage (constaté) des stupéfiants (avant l’Île-de-France) et pour les viols (à égalité avec celle-ci). En dépit d’une longue tradition rurale de coopération, le corps social est marqué par la croissance des inégalités et les difficultés de redéploiement des emplois.

Les contrastes sont également géographiques. La densité modérée (69) de la population cache un très fort contraste entre un axe de peuplement consolidé par deux fortes agglomérations, Besançon et la Porte de Bourgogne, et un ensemble de plaines, plateaux et montagnes assez vides en dehors des quelques petites villes qui s’y éparpillent. La région s’étire du nord au sud, ajoutant à la plus grande partie du massif jurassien les plateaux de Haute-Saône et la périphérie méridionale des Vosges. Elle est très fortement polarisée par sa métropole Besançon, qui est entourée par une ellipse de villes secondaires servant de centres sous-régionaux: Vesoul, Dole, Lons-le-Saunier, Pontarlier, relayées localement par des villes d’un troisième niveau comme Lure et Gray, Poligny, Champagnole, Morez et Saint-Claude, Morteau et même Maîche.

Deux phénomènes viennent compléter ce schéma. Vers la pointe méridionale, la plus éloignée de Besançon et la plus proche du Rhône, les bourgs regardent toutefois bien davantage vers Genève et vers Lyon, voire localement Oyonnax, que vers le chef-lieu de région. Surtout, l’organisation de base interfère avec le rôle majeur du couloir entre Jura et Vosges, seule grande traversée de la région, qui met en relation les pays du Rhin et ceux du Rhône ainsi que Paris, et qui met en valeur la place stratégique de la Porte de Bourgogne et d’Alsace. Le couloir, s’il renforce un peu la place de Dole, mais manque de consistance entre ses trois pôles majeurs, a surtout pour effet de mettre en évidence le groupe Montbéliard-Belfort, qui est d’un poids égal ou même supérieur à celui de la capitale régionale. Ce groupe a trois caractéristiques de situation: il est à la fois en position de satellite de Besançon à l’extrémité NE de l’ellipse urbaine comtoise; nanti d’activités originales de dimension internationale dans l’industrie mécanique et même, désormais, d’une université; et membre de la puissante triade transfrontalière qui l’associe à Mulhouse et Bâle.

Les autres relations transversales, compte tenu des reliefs, restent mineures. Le massif jurassien est traversé, mais modérément et difficilement, de Besançon à Pontarlier et Vallorbe-Lausanne; de Dole (par Poligny et Champagnole) et de Lons-le-Saunier vers Morez et Genève. Il est longé du sud-ouest à Dole ou Besançon par une voie ferrée et une autoroute qui desservent Lons-le-Saunier, mais ces liaisons restent très secondaires et le fameux futur TGV Rhône-Rhin semble devoir délaisser ce trajet au profit… de Dijon. Les liens entre les pays de Haute-Saône et la Lorraine sont encore plus discrets, tandis que le grand couloir nord-sud d’Allemagne et Lorraine vers Lyon échappe totalement à la région. Celle-ci est fortement associée au monde rhénan, en partie tournée vers Lyon, et cherche à renforcer ses liaisons avec Paris, comme en témoigne l’insistance mise à obtenir un TGV prétendûment Rhin-Rhône, en fait devenu Belfort-Paris par Dijon.

V. sur l’organisation et la dynamique de l’espace franc-comtois l’intéressante synthèse illustrée d’Alexandre Moine (1994); sur le pays horloger, l’article d’A. Moine (2003), et sur les aspects transfrontaliers celui d’A. Moine et B. Reitel (2005); sur les problèmes de l’eau; sur le football, l’article de F. Grosjean. L’Université de Franche-Comté publie, avec le soutien de la région, une très intéressante revue, principalement géographique, intitulée Images de Franche-Comté, mais inaccessible en ligne. Une liste de publications sur la région figure dans le site de l’Université; certains éléments en sont accessibles sur Internet.