Lorraine (région)

Carte administrative de la Lorraine
Carte administrative de la Lorraine

division de la République formée par la réunion des quatre départements de la Meurthe-et-Moselle (54), de la Meuse (55), de la Moselle (57) et des Vosges (88). La préfecture régionale est à Metz. La Lorraine s’étend sur 23 547 km2 et compte 2 337 communes. Elle avait 2 310 000 habitants au recensement de 1999, soit une densité de 98, légèrement inférieure à la moyenne nationale; sa population est estimée à2 340 400 hab. en 2008. Elle a une frontière commune avec la Belgique, le Luxembourg et l’Allemagne; elle est limitrophe des régions Champagne-Ardenne, Franche-Comté et Alsace. Le Conseil régional a une majorité de gauche depuis 2004. Il est présidé par Jean-Pierre Masseret, sénateur socialiste, ancien ministre, inspecteur des impôts, et compte 32 socialistes, 5 communistes et 9 Verts dans la majorité, et dans la minorité 14 UMP, 3 divers, plus 10 Front National.

La Lorraine est l’une des grandes régions industrielles françaises, mais elle a été lourdement affectée par les crises et les fermetures successives des mines de fer du plateau lorrain et des charbonnages du bassin sarrois. Aussi, après avoir attiré dans la première moitié du 20e siècle de nombreux travailleurs immigrés, notamment italiens, est-elle devenue une région de départ. Entre 1990 et 1999, les sorties compensaient presque exactement les excédents de naissances, solde migratoire et solde naturel étant tous deux aux alentours de 0,30% par an, mais de sens opposés. La situation semble toutefois s’améliorer; entre 1999 et 2005, le premier s’est abaissé à - 0,11% tandis que le second se maintenait à + 0,27%.

La Lorraine a peu d’indicateurs extrêmes; plusieurs la rapprochent du Nord-Pas-de-Calais et de l’Alsace, et confirment sa position de frange de la mégalopole européenne. C’est ainsi qu’elle détient le record de participations étrangères dans l’industrie et qu’elle a l’une des plus fortes proportions de grands établissements industriels. Elle est en tête avec la Picardie pour la proportion de salariés dans les personnes actives; mais elle se rapproche aussi de la Picardie et de la Champagne-Ardenne par le faible taux net de créations d’emploi, et elle 2e après le Nord-Pas-de-Calais pour les faibles taux d’entrée d’habitants, surtout chez les jeunes; toutefois, le chômage y est relativement modéré. Et elle a ses fidélités: la région est 2e pour la stabilité des retraités (faibles sorties de personnes de plus de 60 ans), juste après l’Alsace.

Elle ressemble encore à l’Alsace pour la faiblesse des dépenses sociales par habitant (2e) et elle est même, cette fois-ci à la différence du Nord-Pas-de-Calais, la région qui affiche les plus faibles recettes fiscales moyennes des collectivités locales, les plus faibles budgets sociaux des départements et de dépenses de la région, par habitant: volonté de modération de la dépense, ou insuffisance des redistributions? Le produit brut régional est de l’ordre de 50 milliards d’euros par an (11e rang); rapporté au nombre d’habitants, il est vraiment faible (21 200 euros, 18e rang), ce qui tient en partie à la composition des familles, où les enfants sont relativement nombreux; il est seulement moyen si on le rapporte aux emplois (58 000 euros, 10e rang), ce qui traduit d’une certaine manière la place encore modérée des industries de haute technologie et des services de haut niveau.

Quelques grandes implantations de l’industrie automobile (Renault à Batilly, Peugeot à Trémery et Metz, Smart à Hambach) ont contribué à réduire l’impact des crises sidérurgique et houillère, et les disponibilités en main-d’œuvre ont attiré d’assez nombreux investisseurs, surtout étrangers, pas toujours de premier choix comme l’a montré l’exemple de Daewoo; de remarquables efforts ont été accomplis pour nettoyer et rénover les friches industrielles, l’habitat ouvrier et les centres urbains; mais les difficultés subsistent et les «zones urbaines sensibles» sont nombreuses.

La Lorraine est puissamment organisée par l’axe sud-nord du Val de Moselle, de Nancy à Metz et Thionville, qui concentre une forte part de la population et des affaires. Curieusement, la structure majeure des relations et des échanges dessine une croix de Lorraine: le mât est formé par cet axe, prolongé vers le nord par la Moselle et vers Lyon et la Méditerranée par l’A 31; les branches horizontales correspondent aux deux grandes voies de Paris vers l’Alsace, l’une par Metz et l’autre par Nancy. La première est matérialisée par une voie ferrée et l’autoroute A 4; la seconde, plus ancienne, par la N 4, la voie ferrée Paris-Strasbourg et le canal de la Marne au Rhin, à présent désuet. Mais à vrai dire, comme tout converge vers Paris d’un côté et Strasbourg de l’autre, les deux branches horizontales sont quelque peu arquées, la messine nettement plus que la nancéenne.

À cette structure de base se combinent deux grands principes d’organisation. L’un est celui des auréoles sédimentaires du Bassin Parisien, sur lesquelles repose presque toute la Lorraine, et qui dessinent des séries d’arcs concentriques des Vosges à la Champagne, alternant plaines, talus vigoureux et plateaux successifs. L’autre est la présence, aux angles NE et SE, de deux sous-ensembles de fort peuplement, mais très différents: le bassin sarrois, le massif vosgien. Vers le sud et l’ouest règnent au contraire des espaces d’anciennes marches dépeuplées au contact de la Champagne et de la Bourgogne, qui sembleraient isoler un peu la Lorraine des régions voisines (autres que l’Alsace), mais dont l’agriculture a été très largement rénovée, les paysages plus ouverts et qui se franchissent aisément.

Les villages ont transformé et fleuri les anciens usoirs de leur rue principale où s’accumulaient jadis bois, fumiers et outils; les initiatives en direction des «stations vertes de vacances» et autres bases de loisirs ont rendu les campagnes plus attrayantes. Les vergers de mirabelliers et même les vignes reviennent à la mode et le «tourisme» s’approprie modérément les canaux et les étangs, avec plus de gourmandise les champs de neige vosgiens, tandis que les banlieues s’efforcent de rivaliser en «technoparcs» et «plates-formes logistiques», jouant sur les perspectives de l’intégration européenne du «carrefour lorrain». L’évolution des paysages et de l’agriculture a fait l’objet d’un intéressant article de M. Benoît et M. Capitaine dans Mappemonde (n°62, 2001) (https://www.mgm.fr/PUB/Mappemonde/M201/Capitaine-Benoit.pdf).