Pas-de-Calais (département du)

département de la région Nord-Pas-de-Calais. Il porte le nom du détroit qu’il borde, mais s’étend fort loin à l’intérieur des terres jusqu’aux abords du Cambrésis (170 km). Il a pour préfecture Arras et pour sous-préfectures Béthune, Boulogne-sur-Mer, Calais, Lens, Montreuil et Saint-Omer. Il occupe 6 671 km2 et il est divisé en 77 cantons et 894 communes, ce qui représente un record de morcellement, à peine 746 ha par commune en moyenne. Ces communes sont regroupées en une communauté urbaine (Arras) de petite taille (89 000 hab.), six communautés d’agglomération plus étoffées autour de Lens-Liévin (250 000 hab.), Béthune, Hénin-Carvin, Boulogne-sur-Mer, Calais et Saint-Omer, rassemblant au total les deux tiers de la population (957 000 hab.), et par 38 communautés de communes pour le reste.

Sept pays officiels ont été dessinés, hors communautés d’agglomération: Calaisis, Boulonnais et Montreuillois à l’ouest; Saint-Omer, Sept Vallées et Ternois au centre-ouest; Artois autour d’Arras et pour tout le sud-est du département; plus un projet pour la «Lys romane». Pas moins de onze scot (schémas de cohérence et d’organisation territoriale) sont en cours, le morcellement étant ici supérieur à celui du département du Nord: Calaisis, Terre des Deux Caps, Boulonnais et Montreuillois à l’ouest; Sept Vallées et Ternois dans les collines de l’Artois; Audomarois, Artois (sans aucun rapport avec le «pays» officiel de l’Artois…) et Lens-Liévin-Hénin-Carvin du côté nord; Arrageois autour du chef-lieu, Marquin-Osartis au nord-est; le sud-est en est dépourvu. Le département est également divisé, à des fins statistiques, en sept zones d’emploi (Calais, Boulonnais, Berck-Montreuil; Saint-Omer, Béthune-Bruay, Lens-Hénin; Artois-Ternois) et dix petites régions agricoles: Wateringues, Collines guînoises, Boulonnais et Bas Champs Picards sur le littoral, Pays d’Aire et Béthunois aux abords de la Flandre, Haut-Pays d’Artois et Pays de Montreuil sur les collines occidentales, Ternois au centre et Artois à l’est, cette dernière dénomination contribuant aux confusions.

Le département du Pas-de-Calais a pour seuls voisins les départements du Nord et de la Somme. Il inclut le parc naturel régional des Caps et marais d’Opale. Le Conseil général est présidé par Dominique Dupilet (socialiste), élu de Boulogne-Nord-Ouest, ancien député, ancien directeur de maison de jeunes; le Parti socialiste et apparentés y dispose de 52 sièges sur 77 conseillers ; le groupe communiste a onze élus, le groupe UMP et alliés 13; un non-inscrit (Modem ex-UDF). Le département a 12 députés, dont 10 socialistes, un radical de gauche socialistes et un seul UMP. Il a sept sénateurs, dont quatre socialistes, un communiste, un UMP, un UDI.

La population du département n’a pas cessé d’augmenter au cours des deux derniers siècles, sauf entre 1914 et 1921 entre 1931 et 1946, tant en raison des guerres que des premières crises industrielles. Le département avait 535 000 hab. en 1801, et a passé le million en 1905. Il avait 1 277 000 hab. en 1962, 1 402 000 en 1975. À partir de cette date, le rythme de croissance a beaucoup faibli: 1 433 000 hab. en 1990, 1 442 000 en 1999. La population est estimée à 1 459 500 hab. en 2006, ce qui en fait le 7e de France et correspond à une densité de 219 hab./km2. Officiellement, la population dite municipale est établie à 1 461 400 hab. en 2010, la population totale à 1 489 200 hab. La croissance démographique se poursuit, mais très faiblement (+0,06% par an) et exclusivement grâce au solde naturel (0,38% par an), élevé en raison de la forte urbanisation et de la jeunesse relative de la population, le solde migratoire étant sensiblement négatif (-0,32%).

Le produit brut du Pas-de-Calais est évalué à 27 milliards d’euros (2005), mais il est l’avant-dernier en France juste devant celui de la Creuse, et l’un des quinze derniers par emploi (55 929 euros/an). Le taux de chômage est très supérieur à la moyenne française, le revenu des ménages nettement inférieur. Le département est l’un des plus industriels de France, mais c’est aussi l’un des grands départements agricoles, et il y ajoute des fonctions originales: la pêche avec Boulogne, premier port de France et surtout premier centre de l’industrie du poisson; le passage vers les îles Britanniques à Calais; les plages, surtout dans le secteur du Touquet à Berck et Hardelot. Néanmoins, le secteur des services l’emporte de loin: 280 000 emplois sur 490 000, contre 90 000 à l’industrie, 68 000 au commerce, 32 000 à la construction et 16 000 à l’agriculture.

Le Pas-de-Calais consacre 487 000 ha à l’agriculture (73%), dont 386 000 aux labours et 85 000 aux herbages; il n’a que 65 000 ha de bois et forêts, soit moins d’un dixième. La production végétale l’emporte sur la production animale, avec environ 700 M€ par an contre 370, nombres très voisins de ceux du département du Nord; les céréales comptent pour 200 M€, les pommes de terre pour 160, les légumes frais pour 120; le lait représente 180 M€, la viande bovine 110. Les industries agro-alimentaires ont un chiffre d’affaires plus de trois fois supérieur à celui de l’agriculture (4,5 milliards d’euros) et emploient à peu près autant de travailleurs. Le Pas-de-Calais a nettement plus de céréales et de betteraves à sucre que son voisin, et surtout beaucoup plus de pommes de terre, mais moins de cultures légumières à l’exception des endives; il a un peu plus de bovins (370 000), nettement moins de porcs. Il est le premier de France pour les endives et les petits pois, 2e pour la chicorée, 3e pour les pommes de terre de consommation et le lin textile, 4e pour le blé et les pommes de terre pour la fécule, 5e pour les betteraves et les haricots verts, 8e pour le lait.

Le territoire départemental reste divisé: son chef-lieu n’est pas la plus grande ville et ne dessert qu’une partie restreinte du territoire. Les autres foyers urbains ont des spécialités marquées, et des bassins d’emploi de nature très différente - au point que le Pas-de-Calais n’a pas moins de six chambres de commerce et d’industrie (Calais, Boulogne, Saint-Omer, Béthune, Lens et Arras), tandis que ses étudiants se répartissent entre deux universités elles-mêmes éclatées (outre ceux qui préfèrent Lille ou Villeneuve-d’Ascq). Le conseil général lui-même distingue neuf territoires, qui ne sont pas exactement les pays et n’ont pas le même nom: Arrageois autour d’Arras (182 000 hab.), Artois autour de Béthune (288 000 hab.); Audomarois (115 000 hab.); Boulonnais (163 000 hab.), Calaisis (156 000 hab.), Montreuillois (102 000 hab.); Ternois (56 000 hab.); Hénin-Carvin (125 000 hab.) et Lens-Liévin (250 000 hab.). Il a été question de diviser le département en deux: ce qui assurément ne résoudrait rien.

Trois sous-ensembles distincts composent ce territoire: le littoral, l’ancien bassin houiller, les collines agricoles; mais eux-mêmes ont leurs divisions. Calais est affairée à son port et aux liaisons Transmanche. L’Audomarois de Saint-Omer lui échappe largement et conserve une autonomie symbolisée par ses canaux, ses marais, l’Aa, plus la fameuse cristallerie d’Arques et ses tributaires. Boulogne-sur-Mer a son domaine bien marqué, en mer avec les zones de pêche même lointaines mais familières, à terre avec sa «boutonnière», ses herbages et ses élevages. Le littoral de Berck et du Touquet lui échappe et fait plage à part. L’ancien bassin houiller, étroit et allongé, se divise pour cela, traditionnellement et culturellement, au moins en deux bassins. L’un est autour de Béthune et Bruay; l’autre, autour de Lens, Liévin et Hénin-Beaumont, est beaucoup plus directement dans l’orbite de Lille. Encore faut-il fait un sort, entre Béthunois et Audomarois, aux plaines proches de la Lys, du côté d’Aire-sur-la-Lys, de Lillers et d’Isbergues, un peu flamandes et un peu artésiennes, agricoles et industrielles, entre Lille et mer.

Le reste, quoique plus étendu, est d’apparence plus homogène; et néanmoins s’y différencient au moins une nuance orientale et une occidentale. Vers l’est, s’étend la grande culture à blé et betteraves, certes un peu nuancée depuis deux ou trois décennies, sur de larges terroirs assez commodes à travailler et sillonnés de réseaux; la préfecture, d’ailleurs, s’y trouve. Vers l’ouest, le relief s’accidente un peu, les finages communaux sont très morcelés, les fermes un peu moins grandes, les herbages s’associent à la grande culture, elle-même un peu plus intensive sans doute; et les bourgades, très menues, ne rendent que les services élémentaires de proximité: ce Haut-Artois s’est fort dépeuplé, du moins jusqu’à ces dernières années.

Comme pour accroître la diversité et la division, les grands axes de circulation frôlent le département plus qu’ils ne l’irriguent. Le grand couloir Paris-Lille est tout à l’est, en bordure. Le couloir occidental reste collé au littoral. Les grandes relations transversales longent la bordure septentrionale, comme l’A 26 et le canal Dunkerque-Escaut. Toute la partie centrale est à l’écart de ces couloirs principaux, et les cheminements vers la Picardie et la Normandie restent laborieux.