Picardie

Carte administrative de Picardie
Carte administrative de Picardie

région composée des trois départements de l’Aisne, de l’Oise et de la Somme et dont les institutions régionales siègent à Amiens. Elle est voisine de la région du Nord-Pas-de-Calais, de la Haute-Normandie, de l’Île-de-France et de la Champagne-Ardenne, et touche à la Belgique à Hirson. Elle occupe 19 399 km2 et comptait officiellement 1 858 000 habitants en 1999, soit 49 000 de plus qu’en 1990; les estimations pour 2005 sont de 1 877 000 habitants. Cet accroissement, l’un des plus modérés parmi les régions françaises, est entièrement dû au taux de natalité élevé: en dépit du déversement du trop-plein parisien sur le Sud de la région, le solde migratoire reste globalement déficitaire, et même l’un des plus élevés de France.

Le territoire de la région compte 13 arrondissements, 129 cantons, 2 292 communes; celles-ci sont associées en 79 communautés de communes et 5 communautés d’agglomération (Amiens, Beauvais, Compiègne, Saint-Quentin et Soissons), et en 16 pays, dont 3 seulement pour la Somme; curieusement, une troisième instance de coopération se place comme intermédiaire entre les communautés et les pays, sous la forme de 41 «territoires». La structure des départements est très différente: l’Aisne s’allonge du nord au sud, les deux autres en sens inverse; l’Aisne et l’Oise ont trois ou quatre principaux foyers urbains, la Somme a une métropole qui ne laisse place qu’à de petites villes; et l’Oise est très directement affectée par l’expansion de l’aire métropolitaine parisienne. Le conseil régional a une majorité de gauche, avec 35 conseillers sur 57, dont 18 socialistes, 8 Verts, 6 communistes et divers gauche, 3 radicaux de gauche, contre 8 Front National, 7 UMP, 3 Nouveau Centre et 4 divers droite. Il est présidé par Claude Gewerc (socialiste), négociant en textile, qui était maire de Clermont et présidait déjà le groupe socialiste du précédent conseil.

La région de Picardie ne correspond que très imparfaitement à la Picardie historique, dont les contours ont d’ailleurs été très fluctuants dans l’histoire. Le mot même est récent: il n’est guère attesté qu’au 13e siècle, et viendrait du surnom attribué aux paysans locaux, dits «picards» sans que l’on sache bien si c’est en référence au pic comme outil ou à la pique comme moyen de défense; il a longtemps désigné ceux «du Nord» qui ne parlaient pas flamand, mais un dialecte proche du français; la «nation picarde» désignait en Sorbonne ceux des étudiants de langue latine qui vivaient quelque part au nord de Paris et jusqu’à Tournai ou Liège. La Picardie avait pour principaux domaines féodaux le Ponthieu et le Vermandois, alors plus étendus qu’aujourd’hui; le mot a désigné au temps de Louis XI et des Bourguignons un territoire qui correspond à la surface actuelle du département de la Somme, au nord de celui de l’Aisne et à l’ouest de celui du Pas-de-Calais.

La Picardie fut ensuite divisée entre la généralité d’Amiens et celle de Soissons. Mais la plus grande partie du département de l’Oise actuelle et tout le sud de l’Aisne relevait de l’Île-de-France, avec des contours changeants. Surtout, elle a longtemps été très exposée aux guerres, incursions anglaises et espagnoles, combats pour l’expansion du royaume vers le Nord, et au 19e siècle aux deux dernières guerres, sans doute les plus destructrices, qui ont laissé bien des cicatrices. Cela n’a pas empêché la Picardie de traverser les siècles et les Picards d’avoir une assez forte personnalité, perceptible au langage, aux accents, à des fêtes et des traditions, jadis au travail des toiles et des serges, plus récemment au développement de la grande agriculture intensive, et à une forte inclinaison vers Paris, à laquelle elle a fourni nombre de travailleurs.

La Picardie actuelle est très marquée d’ailleurs par la distance à Paris et par les radiales qui émanent de la capitale. Si elle est traversée un peu en étrangère par l’axe direct Paris-Lille qui passe «dans les betteraves», elle est plus sensible aux radiales qui passent par Beauvais vers Le Tréport, par Clermont ou Beauvais vers Amiens et Boulogne, par Compiègne vers Saint-Quentin et Cambrai-Valenciennes ou Maubeuge, par Soissons vers Laon et Hirson, par le sud de l’Aisne vers l’Est. C’est sur ces radiales que se situent les principales villes. Néanmoins quelques transversales ont pris un peu de poids: naguère la voie Laon-Lorraine par Hirson; aujourd’hui davantage la voie Lille-Rhône par Saint-Quentin et Laon (A 26), l’A 29 entre Amiens et Saint-Quentin, qui se prolonge vers Rouen, voire la N 31 de Reims à Rouen par Compiègne et Beauvais.

Les deux plus grandes agglomérations, Amiens et Saint-Quentin, sont sur la plus puissante des «couronnes» de villes qui entourent Paris à des distances réglées par les phénomènes d’attraction; Laon s’y trouve aussi, comme Reims au-delà. Le second tronçon de couronne en importance passe par Beauvais, Compiègne, Soissons et Château-Thierry, à mi-chemin de la précédente, dont les villes sont plus dépendantes de la capitale et ont une aire de service nettement plus réduite. Une couronne plus rapprochée passe par les villes du sud de l’Oise, Creil ou Senlis, qui sont à la même distance que Mantes ou Meaux, et figurent déjà le périurbain parisien.

Sous cette trame s’affairent des campagnes assez semblables par la place qu’y a prise la grande ferme à céréales, betteraves, pommes de terre et autres cultures de rapport, mais que bien des nuances différencient en «pays»; elles laissent localement place à ces grands domaines forestiers qui avaient été conservés pour le profit des chasses royales et seigneuriales, et qui font à présent le plaisir des promeneurs du dimanche, et de quelques résidences plus ou moins fortunées. C’est seulement aux extrémités lointaines qu’apparaissent d’autres paysages: ceux des Bas-Champs et du Marquenterre de part et d’autre de la baie de Somme, ornés d’une demi-douzaine de stations balnéaires; les herbages et des bois de la Thiérache et de l’Ardenne à l’extrémité septentrionale du département de l’Aisne; ou encore, à sa façon, le vignoble de la vallée de la Marne en Omois.

Dans l’ensemble, et de façon qui peut surprendre, la Picardie se distingue notamment par son record national de la proportion d’ouvriers (plus de 26%, 1re région) et la place de l’industrie; elle est associée à un taux de chômage et de bénéficiaires du RMI (revenu minimum d’insertion) élevé, un niveau d’instruction moyen un peu faible, et des salaires plus élevés que la moyenne pour les cadres et les employés, ainsi d’ailleurs que pour les femmes; et à un encadrement médical et un équipement de loisirs (cinéma) un peu faibles. La place des artisans et du tourisme est nettement au-dessous de la moyenne; mais les déplacements de travail et de fin de semaine sont élevés, au moins dans le sud. Le produit régional est évalué à 40 milliards d’euros par an, soit 3,5% des régions de province: un résultat faible par habitant (19e région), mais exactement égal à la moyenne par emploi, cela tient en partie à l’abondance relative des enfants, la Picardie ayant une population très «jeune», à la fois en raison d’un taux de natalité élevé, et parce qu’elle retient mal ou attire moins les retraités.

La part de l’agriculture est grande, mais ne représente pourtant guère que 3 milliards d’euros sur les 40. La Picardie se distingue dans certaines productions: au premier rang pour la betterave à sucre (37% de la France), les pommes de terre (31%), les légumes surgelés et en conserve, la serrurerie et la quincaillerie, comme d’ailleurs pour la dimension des exploitations agricoles; au deuxième rang pour le verre, les cosmétiques, le matériel agricole, le décolletage, le blé; au troisième ou quatrième pour les caoutchoucs et plastiques, les céréales (5 millions de tonnes par an). Elle a également reçu récemment d’assez nombreux centres d’appel, notamment à Amiens. Elle est aussi la deuxième région française pour la part des investissements étrangers dans les entreprises, après l’Alsace.

Sur l’organisation de l’espace de la Picardie, voir l’article de Pierre Oudart et, sur les musées et l’identité culturelle, celui d’Anne Hertzog.