Provence-Alpes-Côte-d’Azur

l’une des régions françaises, à l’angle sud-est du territoire continental, de plus en plus souvent résumée par commodité en «Paca». Elle occupe 31 400 km2 (7e après la Bourgogne) et elle est divisée en six départements: Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Var et Vaucluse. Au total, elle est divisée en 18 arrondissements, 236 cantons et seulement 963 communes; elle a une communauté urbaine et 14 communautés d’agglomération, mais l’élaboration de l’organisation en pays est encore embryonnaire. Frontalière de l’Italie, elle n’a pour voisines en France que les régions Languedoc-Roussillon et Rhône-Alpes, mais la «continuité territoriale» la rend également voisine de la Corse, à laquelle elle seule donne accès par mer.

La préfecture régionale est à Marseille, mais la région comprend deux Académies, Aix-Marseille et Nice, cette dernière ayant autorité sur les deux départements des Alpes-Maritimes et du Var. Le conseil régional a une majorité d’élus de gauche; il est présidé par Michel Vauzelle (socialiste), député et ancien ministre, ancien maire d’Arles. Quatre des départements ont pour président un élu de gauche, mais 34 députés sont à droite (tous UMP) contre 5 à gauche (3 socialistes, un radical, un communiste), 10 sénateurs à droite et 7 à gauche (6 socialistes, un communiste).

La population de la région était de 4 506 000 hab. au recensement de 1999 (4 258 000 en 1990). Elle est estimée à 4 781 000 hab. en 2006 (3e après l’Île-de-France et Rhône-Alpes), ce qui lui donne une densité de 152 hab./km2, au-dessus de la moyenne nationale quoique loin de l’Île-de-France et du Nord-Pas-de-Calais, ou même de l’Alsace, mais un peu supérieure à celle de Rhône-Alpes. Cette croissance estimée, de 0,87% par an entre 1999 et 2005, est assez forte, toutefois inférieure à celles du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées (1,36 et 1,11%), et même très légèrement de Rhône-Alpes (0,90%). Le solde naturel est positif (+0,22%) en dépit de la moyenne d’âge élevée de la population, mais nettement inférieur au solde migratoire (0,64%), qui est donc de loin le principal facteur de croissance. Les taux de créations d’entreprises et d’emplois sont élevés aussi, de même d’ailleurs que les taux de disparition; et, contrepartie de la croissance, le prix des logements est parmi les plus hauts de France.

Attractive, la région a une forte contribution économique à l’activité nationale; son produit brut est de 130 milliards d’euros (2006), ce qui lui donne le troisième rang après l’Île-de-France et Rhône-Alpes, conformément d’ailleurs à sa population. Elle est également 3e pour le produit par habitant (27 095 €/an), mais elle fait un peu mieux que Rhône-Alpes pour le produit par emploi (71 133 €/an, première région de province), et le doit principalement à l’abondance relative des activités de technologie avancée. Dans l’ensemble, la région a moins de travailleurs de l’industrie que la moyenne nationale (9% contre 15%), un peu plus d’employés du commerce (15% contre 13%) et assez nettement plus d’employés des services (67% contre 62%).

L’industrie n’entre que pour 16% dans la valeur ajoutée régionale (moyenne des régions de province: 23,5%), au contraire les services marchands y sont pour 54% (moyenne provinciale 46%), les services administrés pour 23% (moyenne provinciale 20%). Si la région a ainsi beaucoup d’emplois publics en proportion (deuxième de France après la Corse), elle se remarque en sens inverse par l’abondance relative des artisans et des patrons, ainsi que des professions libérales, en particulier des médecins du secteur privé, et par la faible part des salaires dans les revenus (moins de 59%, juste avant le Languedoc-Roussillon et la Corse…

La région est la première en France pour le tourisme (hors Paris); elle enregistre annuellement 35 millions de touristes, qui y dépensent près de 8 milliards d’euros et justifient 170 000 emplois, soit cinq fois plus que dans l’agriculture; le camping est au 3e rang des régions (13 millions de nuitées, environ 100 000 places), l’hôtellerie au premier rang hors Île-de-France (21 millions de nuitées, 70 000 lits) et la région est la troisième en France pour la proportion de résidences secondaires.

L’agriculture n’a pas moins de place dans l’activité régionale que dans la moyenne française, mais elle occupe relativement peu d’espace dans le territoire. Elle n’a qu’un rôle mineur dans les trois départements alpins et se concentre dans les trois autres. Sur l’ensemble du territoire, les terres arables et les vignes et vergers ne couvrent que 12% environ, à peu près 370 000 ha, tandis que les forêts (1 206 000 ha) occupent 38% de la surface, les surfaces toujours en herbe, à vrai dire surtout de maigres pelouses et des pacages d’altitude, 21% (666 000 ha), et les «autres», qui comprennent les incultes, les rochers en montagne, et les espaces construits, s’étendent sur 31% (984 000 ha). Parmi les cultures, les céréales ont une place réduite (96 000 ha), où le blé dur domine largement (60 000 ha). Les vignes occupent presque autant de place que les céréales (94 000 ha), les vergers 50 000 ha, les plantes à parfum et les fleurs 16 000 ha. La région a près de 900 000 ovins, mais seulement 59 000 bovins. Aussi la production végétale l’emporte-t-elle largement, avec 2 500 millions d’euros contre 134 seulement (5%) aux productions animales; en son sein, trois postes dominent de loin: les légumes (640 millions), les vins de qualité (500 millions), les fleurs (450 millions); mais cela ne concerne guère que 13 000 exploitations professionnelles, et 34 000 personnes actives hors des saisonniers.

La société provençale est très contrastée: «Paca» est l’une des régions où les écarts entre les hauts et les bas revenus sont les plus élevés. Le calcul du niveau de vie moyen donne un résultat à peine supérieur à la moyenne provinciale française (1 290 euros par mois contre 1 281), les trois départements de l’intérieur étant au-dessous de la moyenne, les trois littoraux au-dessus). Il donne aussi un pourcentage de pauvres nettement supérieur (14,4% contre 12,1 en moyenne provinciale), tous les départements sauf les Hautes-Alpes étant au-dessus de cette moyenne, selon les définitions de l’Insee. Il est vrai aussi que le taux d’activité est l’un des plus bas en France, en raison du nombre de retraités, d’activités précaires et non déclarées.

Cette société a quelques caractères de dureté et d’inégalité. Elle est l’une des trois premières en France pour le chômage (avec Nord-Pas-de-Calais et Languedoc-Roussillon) et pour le nombre d’érémistes, la 4e pour le pourcentage d’étrangers. Elle est dans les toutes premières pour l’abondance des crimes et délits, et pour les violences aux personnes. Elle se signale également par un taux élevé de divorces (3e), d’interruptions de grossesse et de victimes du sida, ainsi que par la faible part du travail féminin; en revanche, les accidents et décès liés à l’alcoolisme sont très au-dessous de la moyenne.

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La façade provençale et son arrière-plan

Le territoire de la région n’est pas moins contrasté que sa société. Dans l’ensemble, il oppose d’abord une façade littorale très fréquentée à un arrière-pays nettement moins peuplé et même presque désert par endroits. Une autre dissymétrie apparaît entre ses bordures est et ouest; la première montagneuse, frontalière et difficile à traverser, la seconde qui est au contraire un grand couloir de passage de la Méditerranée vers la France et l’Europe septentrionales, et de surcroît un axe de production d’énergie - certes, il marqua jadis une autre frontière, entre Royaume et Empire: mais la ligne est effacée depuis des siècles, et seules quelques anciennes forteresses en perpétuent le souvenir, comme à Tarascon face à Beaucaire.

De surcroît, le littoral comme l’intérieur sont eux-mêmes très différenciés. Le premier fait se succéder d’ouest en est des paysages et des formes de peuplement extrêmement différentes: les plaines de l’embouchure du Rhône, presque vides et à peu près dénuées de vie maritime; les indentations du golfe de Fos et de l’étang de Berre, terrain de déploiement des stratégies industrielles et portuaires; l’agglomération marseillaise, sertie dans un écrin de reliefs appréciés pour leurs abris et leurs calanques du côté de l’Estaque comme de Cassis et La Ciotat; l’agglomération de Toulon, à la fois bien distincte et très proche de la précédente, qui a pris son autonomie jusque dans la présence d’une université et son appartenance à une autre académie; le littoral varois, escarpé mais très recherché, qui de Hyères à Saint-Raphaël a multiplié les stations de vacances estivales; la Côte d’Azur proprement dite, bien plus peuplée que la précédente, et bien plus active en hiver parce qu’elle a de vraies villes à activités permanentes, et parce qu’elle bénéficie d’un climat hivernal plus amène, qui précisément fut à l’origine de son succès. À son tour, cette Côte d’Azur a ses divisions, entre pays cannois et pays grassois, pays antibois entraîné par son technopole, Nice et ses voisines de luxe, la Riviéra française et monégasque.

En arrière, les différences ne sont pas moins marquées. Le long de la frontière italienne s’alignent de vraies montagnes, dont l’altitude augmente vers le nord, fréquentées en été et de plus en plus en hiver, les foules citadines du littoral ayant incité à la création de stations de neige; du Mercantour à l’Oisans-Pelvoux en passant par la haute Ubaye, le Queyras et le Briançonnais, les paysages, les conditions d’accès et les clientèles sont très différents.

En avant de la montagne proprement dite, la Haute Provence déploie des paysages souvent magnifiques, toujours très accidentés, longtemps désertés et où de petites villes avaient du mal à exister, mais reprennent vigueur depuis quelques lustres; Digne et Gap y ont les mérites des petites préfectures.

La Durance offre une belle voie de pénétration, et a été harnachée de multiples équipements destinés à contenir ses crues, à produire de l’électricité, à irriguer les campagnes provençales et à abreuver les citadins, jusqu’à Marseille et Toulon. Le vaste lac de Serre-Ponçon a changé tout un pays, des industries même se sont fixées. Son principal affluent le Verdon n’a pas été moins aménagé; mais s’il attire les visiteurs par ses gorges, il n’est pas un axe de pénétration, et Castellane reste aussi belle qu’isolée, surtout en hiver. Çà et là, des îlots d’activité tirent parti de petites plaines, par leurs vergers ou leurs fameuses papam - c’est ainsi que le monde agricole nomme les «plantes à parfum, aromatiques et médicinale» -, alternant avec des garrigues et des plateaux déserts, où paissent les moutons et où s’entraînent les militaires, comme dans l’immense camp de Canjuers.

Vers l’ouest, ces formes demeurent mais les situations changent. La région déploie le long du Rhône de larges plaines où l’usage intelligent de l’eau est très ancien et dont les campagnes prospères, striées de haies brise-mistral, bruissent de l’eau courante des canaux et des filioles au milieu des vergers et des champs de melons, de salades ou de tomates entre Orange et les Alpilles, et même encore au sud des Alpilles. Cette plaine prospère, étendue de part et d’autre de la Durance, est entourée de reliefs plus arides mais très appréciés pour leurs vignes et leurs villages perchés, au point d’attirer de nombreux visiteurs, comme aux Baux-de-Provence et du côté du Ventoux et de Vaison-la-Romaine en pays Voconce, voire des colonies de Parisiens fortunés à l’instar du fameux «Luberon», en fait le couloir d’Apt.

Enfin, entre les Plans de Provence dépeuplés, les foules marseillaises, les plaines fruitières et maraîchères, ayant un peu des trois mais avec des couleurs originales, le pays d’Aix déploie ses séductions et attire toujours plus, y compris dans les activités les plus futuristes avec l’expansion du site de Cadarache, qui entraîne aussi Manosque et va accueillir Iter.

Comme la société, la nature provençale a ses aménités, et ses duretés: la vigueur des reliefs, la minceur des sols hors des plaines, la sécheresse des étés, la violence des accidents climatiques et l’intensité des fréquentations estivales font de la région l’une des plus exposées aux risques: incendies surtout, mais aussi inondations, ravinements, glissements de terrains. Des réserves naturelles assez nombreuses y ont été aménagées; pas moins trois parcs nationaux (Écrins, Mercantour et Port-Cros) aux contraintes strictes, et cinq parcs régionaux (Queyras, Verdon, Luberon, Alpilles et Camargue) y ont été délimités. La lutte contre les incendies nécessite une mobilisation de tous les étés. Hors même des plaines des bords du Rhône, d’énormes travaux ont été accomplis en faveur de l’irrigation, surtout à partir de la Durance et du Verdon. Paradoxalement, la région est pourtant loin d’avoir les plus grandes surfaces irriguées en France, mais cette irrigation sert surtout aux fruits et aux légumes, un peu aux foins de qualité, non aux «grandes cultures» dispendieuses comme dans d’autres régions. Les autres risques sont ceux des espaces urbains surchargés du littoral, aux richesses étalées et aux contrastes accusés, où des oasis aux couleurs de paradis côtoient des quartiers dits pudiquement sensibles.