Saint-Laurent-du-Maroni

33 900 hab. dont 160 à part, 483 000 ha, sous-préfecture de la Guyane. Le canton est égal à la commune, ce qui en fait le plus peuplé de la Guyane. La ville est sur la rive droite du Maroni, à une trentaine de kilomètres de la mer, au bout de la route nationale 1 qui la met à 260 km de Cayenne. Le vieux centre s'avance sur le fleuve à la faveur de la pointe de la Roche Bleue; le plan de la ville se cale sur cette pointe et sur un dessin quadrillé régulier dont l'arête est une longue rue parallèle au Maroni, vers l'amont. En face, au Surinam, se trouve la ville d'Albina, avec laquelle les échanges sont très actifs par pirogues.

Saint-Laurent est née du bagne, inventé en 1852: elle n'est apparue comme petite ville qu'en 1858, conçue comme centre administratif et base de déportation, assortie d'une garnison. Saint-Laurent avait 5 000 habitants en 1914, mais était retombée à 3 000 en 1961 — le bagne n'a été fermé qu'en 1946. Elle est passée à 5 000 en 1975, 7 000 en 1982, près de 14 000 en 1990, en avait 19 400 en 1999: elle a donc connu la plus spectaculaire progression récente, qu'elle doit largement à son statut de chef-lieu d'arrondissement convenablement équipé. La population est très jeune et d'une très grande diversité ethnique. Elle a nettement augmenté depuis que Saint-Laurent est devenue «la» ville de la Guyane occidentale, dont l'attraction déborde en Surinam, ce qui lui a valu de nombreuses arrivées de réfugiés lors de la guerre civile des années 1990 dans ce pays.

Son équipement est assez complet, avec un centre hospitalier de 170 lits dont 65 médicaux et une maison de retraite médicalisée, une maison d'enfants, deux lycées publics polyvalents et cinq collèges publics. Elle a un port aménagé, mais qui ne reçoit annuellement qu'une petite quantité de carburants (6 000 t); un aérodrome est au sud de la ville, avec une piste de 1 000 m non revêtue, mais peu fréquenté et assez dégradé (SOOM, 05° 28' 59 N et 054° 02' 04 W). La commune n'a que des entreprises de moins de 20 emplois, dont une scierie (Guyanaise des bois, 15 sal.). Sur son territoire, la rhumerie de Saint-Maurice, la seule du département, emploie une quarantaine de salariés, moitié à la distillerie et moitié sur son domaine agricole de 146 ha. Une vingtaine de petits planteurs contribuent à l'approvisionnement de l'usine, qui produit plus de 4 000 hectolitres de rhum annuellement.

Le maire et conseiller général, depuis 1983, est Léon Bertrand (UMP), ancien ministre (2002-2005), ancien député, professeur, devenu inspecteur général de l'éducation nationale. Le Quartier Officiel, baptisé Petit Paris, reste le centre monumental et fréquenté d'une ville qui s'est construite sur un plan en damier, comme Cayenne; il forme un site inscrit de 35 ha. L'ancien camp de la Transportation des bagnards est devenu un objet touristique et un monument classé; Saint-Laurent figure parmi les «villes d'art et d'histoire» françaises, ainsi que parmi les «stations vertes de vacances», et l'on évalue à 30 000 le nombre annuel de touristes.

Mais la précarité de l'emploi et la pauvreté de nombreuses familles, notamment de réfugiés, laisse à de vastes parties de la ville un aspect assez désolé. Plus de la moitié de l'agglomération est inscrite dans une «zone urbaine sensible» (Bourg, Charbonnière) qui a obtenu un statut de zone franche urbaine: elle s'étire en amont le long du Maroni jusqu'à la crique Balaté et à son village, et comporte une annexe au sud de l'aérodrome près du lac Bleu. Le nombre de constructions illicites (habitat dit spontané) était estimé à 1 400 en 2003 (près de 5 000 habitants); toutefois, Saint-Laurent aurait près de 40% de maisons en dur, un record pour l'Ouest guyanais.

Vers le nord, la zone d'intérêt écologique (znieff) de Coswine déborde sur la commune. Le territoire de Saint-Laurent s'étend très loin au sud, sur 150 km, mais vers l'intérieur des terres: il ne possède guère que 36 km de rives du Maroni, laissant l'amont du fleuve aux communes du canton de Maripasoula (Apatou, Grand-Santi, Papaïchton). Le long du Maroni dans la commune de Saint-Laurent s'égrènent néanmoins de nombreux sites d'habitation, dont des groupements amérindiens (Balaté, Terre Rouge) et des villages plus étoffés et résidentiels comme Saint-Louis près du chef-lieu, Saint-Jean à 15 km par une bonne route, site d'un ancien pénitencier, et où ont été aménagés un zoo et un site de découverte de la nature (carbet Crique Rouge); Saint-Jean héberge également une partie du 9e régiment d'infanterie de marine, équipé de moyens de navigation fluviale, ainsi qu'un groupement du service militaire adapté et un groupement de gendarmerie.

La grande île Portal se déploie sur le Maroni face à Saint-Jean. Le dernier habitat en amont est Sparouine, un village créé en 1775 par des Boni fuyant le Surinam, et qui a accueilli de nouveaux réfugiés au cours des années 1990. Ce territoire chevauche plusieurs bassins fluviaux, d'affluents du Maroni (surtout la crique Sparouine, nommée en amont crique Voltaire) et, bien plus, de la Mana par l'Arouani et la crique Lézard. Il touche à l'extrême sud aux territoires communaux de Papaïchton et de Saül. Il inclut les montagnes Dékou-Dékou et Lucifer, lieux d'extraction d'or, notamment dans les sites de Paul Isnard, Citron et Délices, dans le bassin de la Mana, mais récemment promus au rang de réserve biologique domaniale.

Une piste en forêt conduit de Saint-Laurent à Paul Isnard, qui est à 80 km à vol d'oiseau, plus de 130 en véhicule; des aérodromes privés avaient été aménagés à Citron et Délices; un observatoire y a été installé. La Sotrapmag, issue de Guyanor et maintenant Iamgold par Euro Ressources, a un ensemble de concessions d'environ 150 km2 à Paul Isnard, l'un des principaux sites guyanais, auxquels s'ajoutent deux permis au nom d'Euro-Ressources (140 km2), le tout relevant désormais de Iamgold (Canada). La Compagnie minière de Boulanger (de Roura) a un permis de 43 km2 à la crique Saint-Pierre. La Cotmig (Compagnie des travaux miniers de Guyane) détient 27 km2 (Eau Claire 2 ). La CAA (Compagnie aurifère amazonienne), également présente à Maripasoula, prospecte 46 km2 à la crique Emmanuel, un peu plus à l'ouest, affluent de la crique Lézard. Franc-Or est titulaire de 19 km2 en trois permis (Arouany, Dégrad Neuf, Saint-Pierre). La société Tanon, qui s'est illustrée en Guyane dans les travaux publics et les transports, a deux concessions de 6 et 5 km2, un particulier (À. Adam) 25 km2, sur la crique Délices, repris par Auplata.

À mi-chemin de cet ensemble aurifère, mais sur le versant du Maroni, se trouve le site des cascades Voltaire, qui attire quelques visiteurs au bout de 73 km d'un parcours difficile. La vaste zone d'intérêt écologique (znieff) des massifs Lucifer et Dékou-Dékou (110 818 ha) entoure deux zones écologiques sommitales des monts Lucifer (7 308 ha) et Dékou-Dékou (2 904 ha), celle-ci à la limite de la commune d'Apalou. Une autre zone écologique est dessinée autour des cascades et de la crique Voltaire (25 699 ha); la crique Voltaire est un site inscrit (17 900 ha), tandis que l'ensemble Lucifer-Dékou-Dékou forme une «réserve biologique domaniale» de 110 300 ha. L'arrondissement a 58 400 hab. (en 2206) et 50 727 km2; il correspond à la communauté de communes de l'Ouest guyanais.