Sainte-Menehould

4 800 hab. (Ménéhildiens) dont 180 à part, 5 711 ha dont 3 918 de bois, sous-préfecture de la Marne, 46 km ENE de la préfecture. Les habitants sont les Ménéhildiens, mais le nom de la commune se prononce «Sainte-Menou» dans toute la Marne. Dans les documents historiques et dans les textes officiels, le nom a toujours été écrit sans accent; c'est par pure erreur que des variantes récentes, notamment dans la presse, lui donnent un, voire deux accents. Sainte-Menehould est la principale et même la seule ville de l'Argonne marnaise. Elle a retrouvé en 1940 un rang de sous-préfecture qu'elle avait perdu en 1926.

Son site originel est un lobe de méandre de rive gauche de l'Aisne, au pédoncule très étroit et recoupé par un bref canal, de sorte que la ville est dans une île; une butte assez vigoureuse y porte le vieux village, avec le cimetière; l'Aisne lui sert de douve. Le centre-ville actuel, sur la N 3 («voie de la Liberté»), est au pied de la butte côté nord. Ce site de Sainte-Menehould a fixé très tôt un château, qui a subsisté jusqu'au 9e s.; il a pris en 1148 le nom de la fille d'un comte du Perthois qui vivait vers la fin du 5e s. (Manehout, dite plus tard Ménéhilde); la place a été fortifiée à nouveau en 1204, le château relevant des comtes de Champagne.

Ville forte, Sainte-Menehould a surtout été une ville de route, servant d'étape entre Champagne et Lorraine. Elle s'y est signalée par la perspicacité de son maître de poste Drouet, reconnaissant Louis XVI en fuite sous son déguisement bourgeois le 21 juin 1791, et courant l'arrêter plus loin à Varennes; la commune fut baptisée Montagne-sur-Aisne en 1794. La ville basse a été entièrement reconstruite après un violent incendie en 1719, ce qui lui donne une allure homogène et appréciée aujourd'hui comme témoignage d'architecture du 18e s., où se mêlent les rangs de brique rouge et ceux de pierre blanche (gaize); musée municipal.

Toute la partie orientale de la commune s'étend sur le plateau boisé de l'Argonne, jusqu'à la limite départementale, parcouru notamment du nord au sud par les chemins de la Grande Tranchée et de la Haute Chevauchée (désignation attestée déjà en 1150), et qui culmine à 261 m. Ce plateau a longtemps eu un rôle stratégique éminent. Il est traversé par l'autoroute de l'Est, la voie ferrée de Châlons à Verdun (tunnel de 800 m), la N 3 le long de laquelle, parmi les pommiers, s'étire le gros hameau de la Grange-aux-Bois, d'environ 700 habitants, créé au Moyen Âge mais qui n'est jamais devenu une commune. Les environs ont eu des verreries et des usines de draps.

Outre ses fonctions de bourg et de sous-préfecture, qui lui valent un centre hospitalier public (20 lits), un office du tourisme, un collège et un lycée professionnel publics, trois supermarchés dont un Super U de 75 emplois, Sainte-Menehould est encore une petite ville industrielle, fief du groupe Alcan ex-Pechiney qui emploie dans la contrée un millier de salariés, dont un centre de recherche international de 60 personnes. La principale usine locale est celle des emballages Cebal, jadis Tuboplast, tubes et bombes aérosols, 450 emplois (une autre usine Alcan est à Vienne-le-Château). En outre travaillent JPS Connectic (80 sal., composants électroniques, groupe Jaeger); Cotuplas (groupe Alcan, 50 sal., machines pour emballages plastiques); mécanique Secma (Euroceramic, 50 sal.) et ACMM (machines pour textiles et câbles, 30 sal.), métallerie Tolecma (40 sal.), RVA (groupe britannique Bernhard Metals, 35 sal., aux Vignettes), qui récupère et valorise des sous-produits de l’aluminium (métal et sels),; matériel agricole Collet (25 sal.), transports Roger (40 sal.), petites entrepirises forestières, centres pour handicapés et d’aide par le travail, hôtel Le Cheval Rouge (20 sal.). Une zone d'activités a été aménagée sur 26 ha dès 1960; elle est relayée par le parc d'activités des Accrues, établi en 1988 sur 19 ha près de l'accès autoroutier.

Par ailleurs, Sainte-Menehould cherche à développer une fonction d'accueil et de loisir, tout en soignant et en vantant ses spécialités gastronomiques, surtout le célèbre pied de porc; c'est une «station verte de vacances» avec camping, équitation, canotage, animations nombreuses. La commune a eu 5 300 hab. en 1896; sa population avait ensuite diminué jusqu'à 4 200 en 1931, puis était remontée à 5 800 (sdc) en 1975, mais décline à nouveau depuis; elle a perdu 400 hab. entre 1999 et 2008. Dirigée par un élu socialiste de 1077 à 2001, la municipalité a été reprise ensuite parla droite; le maire est Bertrand Courtot, UMP, ancien conseiller général. La ville est le siège d'une communauté de communes de la région de Sainte-Menehould, qui groupe 22 communes depuis 1993 (29 711 ha, 8 100 hab.). L'arrondissement a 14 100 hab. (14 300 en 1999), 3 cantons, 67 communes, 102 126 ha.

Le canton a 8 600 hab. (8 800 en 1999), 27 communes et 37 051 ha. Limitrophe du département de la Meuse, il s'appuie à l'est sur la vallée de la Biesme et englobe ainsi une moitié de la largeur de l'Argonne boisée. Florent-en-Argonne (250 Florentins, 1 229 ha dont 902 de bois), 8 km au NE du chef-lieu, entouré de vergers, occupe une clairière dans la forêt, vers 230 m; son plan en damier signale sa création délibérée et d'une pièce par le comte de Champagne en 1224, quand il s'agissait de peupler et tenir la marche argonnaise. Le village se nommait Florence en 1252, les noms de villes célèbres étant alors souvent adoptés par les villes nouvelles pour se valoriser et attirer les habitants; la mention «en Argonne» date de 1922; la commune a eu plus de 800 hab. au 19e s. Jadis réputé pour la tonnellerie et les bas, Florent a des exploitations forestières; cimetière militaire et chapelles; au pont des Rèmes, on a trouvé des traces d'un atelier de poterie gallo-romain.

Verrières (420 Padadas, 580 ha), 4 km au sud du chef-lieu, est hors de la forêt mais a une fabrique de manches en bois pour outils (Hénin, 30 sal.). À l'ouest de la forêt, la vallée de l'Aisne marque le contact entre Argonne et Champagne humide, laquelle ne se remarque guère dans le canton, où elle est très cultivée et où la côte de Champagne est peu perceptible.

Celle-ci a pourtant suffi à fixer le site et la célébrité de Valmy (280 Valmeysiens, 2 428 ha), 11 km à l'ouest de Sainte-Menehould. Le village est au fond d'un entonnoir dessiné par deux grandes avancées de la côte, l'une vers le NE (mont de Hans à 213 m), l'autre d'ouest en est au mont d'Orbéval. C'est ce dernier promontoire qui donne à Valmy sa célébrité: étroite échine de 2,5 km de long, il fut le lieu de la bataille du 20 septembre 1792. On y trouve, tous classés, les monuments à Kellermann et au général Miranda, une chapelle et le fameux moulin de bois; mais celui-ci, qui avait été reconstitué en 1947, a été mis en pièces par la tempête de décembre 1999; une souscription nationale a été lancée pour sa nouvelle résurrection. Le village lui-même est au pied du versant nord du promontoire; il a une école, un gîte rural, des artisans mais pas de poste ni guère de commerce; une gare a fonctionné un peu au SE, avec entrepôts et silos de Champagne-Céréales. L'autoroute de l'Est traverse toute la partie sud de la commune sur 7 km; deux aires de service ont été aménagées; Autogrill (20 sal.), transports Bruaux (25 sal.).

Une petite brasserie de bière au nom de Valmy a été un moment ouverte à La Chapelle-Felcourt (70 hab., 958 ha), 5 km au sud de Valmy au bord de l'Auve. À l'ouest de Valmy à 9 km, Somme-Tourbe (140 Astuciens, 1 939 ha) est à la source de la Tourbe; entre les deux, Somme-Bionne (70 hab., 921 ha) est à la source de la Bionne, qui coule également vers le nord-est et rejoint l'Aisne à Vienne-la-Ville (200 hab., 748 ha) qui est à 10 km au nord de Sainte-Menehould et bien plus petite que Vienne-le-Château, dans le canton voisin. Entre Valmy et Sainte-Menehould, Braux-Sainte-Cohière (80 hab., 621 ha) a un grand château carré de brique et de pierre à tours d'angle, autour d'une grande cour, construit en 1589 et au 17e s. et entouré d'un parc classé et de fossés; il sert à des rencontres et échanges culturels; petit musée de l'Association culturelle Champagne-Argonne.

Tout à l'ouest, le canton empiète sur le camp de Suippes. L'autoroute A 4 traverse le canton en passant légèrement au sud du chef-lieu. La Neuville-au-Pont (610 Neuvillois, 1 511 ha dont 233 de bois), dans la vallée de l'Aisne, 6 km au NO de Sainte-Menehould, a été fondée en 1203 par la comtesse Blanche de Champagne et l'abbaye de Moiremont; elle possède une église flamboyante des 14e-16e s., des fontaines, un hôtel de ville monumental (1869); surtout, la commune a le curieux privilège d'avoir été le lieu de naissance de savants cartographes du 18e siècle, le géographe Philippe Buache (1700-1773), son neveu Jean-Nicolas Buache (1741-1825) et l'hydrographe Charles-François Beautemps-Beaupré (1766-1854), de la même famille.