Savoie (département de la Haute-)

département de la région Rhône-Alpes, qui a pour préfecture Annecy et sous-préfectures Bonneville, Saint-Julien-en-Genevois et Thonon-les-Bains. C’est un département frontalier, voisin de la Suisse et de l’Italie; en contrepartie, il n’est limitrophe que de deux départements français, tous deux en Rhône-Alpes, l’Ain et la Savoie. Il occupe 4 388 km2 et il est divisé en 34 cantons et 293 communes, lesquelles sont associées en une communauté d’agglomération (Annecy) et 23 communautés de communes.

Celles-ci se regroupent en sept territoires, préfiguration de pays officiels: Chablais, Genevois-Haut-Savoyard, Usses et Bornes, Albanais, Bassin Annécien, Faucigny et Pays du Mont-Blanc. Huit schémas de cohérence (scot) sont élaborés, dont les limites ne coïncident qu’exceptionnellement (Chablais) avec les précédents: Chablais, Genevois-Haut-Savoyard, Genevois, Arve-Salève, Cruseilles, Fier et Aravis, Bassin Annécien, Albanais.

Le Conseil général a une majorité de droite; il est présidé par Ernest Nycollin, UMP, élu de Taninges, retraité. Tous les parlementaires sont de droite: les cinq députés sont UMP; un sénateur est UDF, deux sont UMP. Le département avait 631 700 habitants en 1999; sa population est estimée à 693 500 en 2006. Elle était de 274 000 hab. en 1881, s’est lentement abaissée jusqu’à 235 700 hab. en 1921, a peu à peu repris jusqu’en 1954 (293 900 hab.), puis à un rythme bien plus soutenu ensuite, passant par 447 800 en 1975. Cette croissance est due à un solde naturel très élevé (0,67% par an dans les années 1990) ajouté à un solde migratoire assez élevé (+0,51%).

La Haute-Savoie se situe en troisième position dans la région pour son poids démographique et économique; son produit brut est évalué à 16 milliards d’euros, en troisième position aussi pour le résultat par habitant (après la Savoie) comme par emploi (après l’Isère mais mieux que la Savoie). Elle exporte pour 3,5 milliards d’euros annuellement (vers l’Allemagne et la Suisse surtout), et importe pour 2,2 milliards (d’Italie en premier). Les revenus moyens des ménages sont soutenus par le fait que la Haute-Savoie compte 60 000 personnes ayant des revenus en Suisse ou, bien plus rarement, en Italie, dont 46 000 enregistrées comme travailleurs frontaliers, les autres étant des résidants suisses ou à double nationalité et des fonctionnaires internationaux.

La part de l’industrie est élevée, avec 28% des travailleurs (55 000 sur 196 000), tandis que 68 000 personnes sont dans les services, 38 000 dans les commerces, 16 000 dans le bâtiment, 10 000 dans les transports. Le département a une proportion de cadres et professions intermédiaires nettement inférieure à la moyenne rhônalpine, et une plus forte proportion d’ouvriers (30%), dont les salaires moyens sont supérieurs à la moyenne régionale, contrairement aux autres professions. La métallurgie à elle seule emploie 19 000 personnes, la Haute-Savoie maintenant une haute spécialité de décolletage (deux tiers de la France), caractéristique du Faucigny.

La place du décolletage, comme celle de Genève et du travail frontalier, sont des caractères forts de la Haute-Savoie. Un troisième est la place des sports et loisirs de montagne, liée pour beaucoup au prestige du Mont-Blanc, en partie aussi à la coopération avec les Suisses dans les Portes du Soleil. Toutefois, la performance statistique est un peu inférieure à celle de la Savoie, sauf probablement en alpinisme proprement dit: la Haute-Savoie affiche 50 stations de sports d’hiver, 36 millions de nuitées touristiques dont 14 en été, 11 millions de journées de ski, 760 remontées mécaniques. Cinq grands ensembles dominent: le massif du Mont-Blanc (jusqu’aux Contamines au sud), Megève, le «Grand Massif» (Sixt-Samoëns-Flaine), les Portes du Soleil (Morzine-Avoriaz), les Aravis.

Une quatrième originalité, qui se rapporte en partie aussi au tourisme, est la conjonction du thermalisme (trois stations dont Saint-Gervais) et de la présence des grands lacs (Genève et Annecy), qui valorise le site d’Évian et multiplie les ports de plaisance (une vingtaine). Le nombre total de lits touristiques dépasse 600 000, dont 207 000 homogués (217 000 en Savoie); le département a 477 000 résidences secondaires, dont beaucoup dans les stations de sports d’hiver. Aussi le tourisme pris au sens large est-il un élément fort de l’activité du département.

Il n’en est évidemment pas de même de l’agriculture, qui se contente d’un produit annuel d’environ 270 millions d’euros, dont près des deux tiers en produits animaux: 120 M pour les laits et fromages (16 000 t de reblochon sur un total de 35 000 t de fromages), 40 M pour la viande bovine, 45 M pour les fruits, légumes et fleurs, 30 M pour les plantes fourragères; la vigne est appréciée mais anecdotique (quelque 300 ha, 16 000 hl/an). L’espace dit «naturel» occupe 54% de la surface du département, dont 179 000 ha de forêts (40%); l’espace dit «agricole» atteint 177 000 ha (39%), mais en incluant 75 à 80 000 ha d’alpages. Le département n’a pas de parc naturel, mais deux grandes réserves dans les cirques du Haut Giffre et dans le bassin du Bon Nant (glaciers de Tré-la-Tête).

Le relief divise le département d’est en ouest. Vers l’est, les massifs cristallins des Alpes internes, s’ils sont des plus majestueux, n’occupent qu’une petite place de part et d’autre de la vallée de Chamonix: massif du Mont-Blanc à la frontière, massif des Aiguilles Rouges vers l’intérieur. Le département ne participe que faiblement au Sillon alpin (au sens traditionnel), par l’ensellement de Megève; la Combe de Savoie lui échappe. La bande des Préalpes calcaires atteint des altitudes élevées, mais elle est étroite et divisée: elle se limite au nord de l’Arve au pays du Haut Giffre, connu pour ses beaux cirques; au sud, elle s’élargit un peu dans les Bornes, mais elle est surtout représentée par le puissant crêt des Aravis. La Haute-Savoie a également une fraction des Bauges, au sud de la cluse d’Annecy.

En avant des Préalpes plissées, s’étend au nord de l’Arve un ensemble original, où des nappes alpines ont recouvert et bouleversé la molasse du piémont, formant les reliefs très morcelés du Chablais, qui s’enfoncent doucement vers le lac Léman. Au sud de l’Arve, l’avant-pays est plus large entre le Rhône et Annecy, mais il est accidenté par des chaînons isolés: Vuache au nord-ouest, Salève au nord, Voirons au nord-est.

Trois grands alignements de peuplement et d’activité structurent le département, appuyés en partie sur les accidents majeurs du relief. L’un est transversal au relief: c’est celui de la vallée de l’Arve, qui va d’Annemasse à Chamonix et donne également accès à Megève et à l’Arly au sud, au val d’Aoste par le tunnel du Mont-Blanc à l’est, et au Valais de Martigny au nord-est; il donne accès à la plupart des champs de neige, concentre le meilleur du décolletage et structure l’arrondissement de Bonneville.

Un autre suit la limite nord du département; il associe la frontière genevoise de la Suisse et la rive sud du lac Léman, il est longé par le couloir A 40-N 5 et la voie ferrée de Bellegarde à Évian et associe Sant-Julien-en-Genevois, Annemasse, Thonon-les-Bains et Évian-les-Bains. Dans la dépendance de la métropole genevoise, il concentre les débordements de la frontière: investissements, résidence et loisirs de Genevois, accumulation de travailleurs frontaliers.

Le troisième suit le pied des Préalpes plissées, Bauges et Bornes: il va de Chambéry à la basse vallée de l’Arve par Alby-sur-Chéran, Annecy et La Roche-sur-Foron; au-delà, il rejoint la rive du Léman. Il a sa voie ferrée, et désormais son autoroute (A 41). D’Annecy partent quatre autres rayons: vers Bellegarde, vers Albertville par la cluse qui sert d’étui de charme au lac, vers l’intérieur des Bornes (La Clusaz, Le Grand-Bornand), et au nord vers Genève par Cruseilles, où une nouvelle autoroute va enfin faciliter la liaison directe entre les deux capitales - chacune à son rang… - et mieux structurer la partie septentrionale du «Sillon alpin» médiatique, nouvelle formule. Ce dispositif et ses évolutions tendent à diviser de plus en plus nettement le département entre un noyau «genevois» ou, si l’on est plus optimiste, genevois-annécien, au nord-ouest, incluant le Faucigny, peuplé et bourré d’ateliers et de bureaux, et un encadrement montagnard à l’est, un peu au sud, délibérément tourné vers les loisirs et les herbages.