Cantons de Rochefort

Rochefort

26 500 hab. (Rochefortais) dont 780 à part, 2 195 ha, sous-préfecture de la Charente-Maritime, 32 km SSE de La Rochelle. La ville occupe le lobe d'un large méandre de la Charente, sur la rive droite au milieu des marais. Le site fut choisi par Colbert pour y édifier un grand port de guerre en remplacement de celui de Brouage qui s'était envasé; les navires pouvaient s'y abriter sur le fleuve à près de 20 km de la mer, protégés en avant par les défenses de l'île d'Aix et de Fouras. Le chantier a duré de 1666 à 1690, autour d'un arsenal, qui fut le plus puissant du royaume. Mais l'arsenal a fermé en 1926 et la Marine a définitivement abandonné le site en 2002. Entre temps, Rochefort est passée par de graves moments de crise, et des destructions en 1944, avant de repartir sur de tout autres bases: un puissant effort de restauration, un centre de services avec de bons atouts touristiques, une ville industrielle et même un port de commerce. Rochefort a d'ailleurs reçu en 1993 le grand prix national du patrimoine pour ses efforts de rénovation.

La ville a un plan régulier en damier, inscrit dans un demi-cercle autour de l'arsenal, qui longeait la rive droite de la Charente à l'est de la ville. L'orientation des rues principales est d'ailleurs la même qu'à La Rochelle, sensiblement NNE-SSO, parallèlement à l'arsenal; cela a le mérite de les protéger des vents d'ouest, mais ceux-ci peuvent s'engouffrer à l'aise dans les rues transversales. La place centrale, avec l'hôtel de ville, se nomme évidemment place Colbert. Alentour se trouvent la sous-préfecture et les douanes, le théâtre à l'italienne et en bois de la Coupe d'Or, le musée des commerces et métiers d'autrefois; non loin au nord se tient le palais de justice, tout près mais au sud la curieuse maison de Pierre Loti (né à Rochefort en 1850), avec mosquée et salon turc.

Tout le bord du fleuve est occupé par les anciennes installations de l'arsenal; la plus spectaculaire est la Corderie, un bâtiment de 370 m de long où se tressaient les cordes des voiliers et qui abrite à présent, entre autres, un Centre international de la Mer présidé par Erik Orsenna, et des instituts de formation (IEQT, ISAAP, v. plus loin). La Corderie est entourée de plusieurs bâtiments (anciennes forges et magasins de vivres) et de toute une série de jardins: de la Marine, des Retours, des Amériques, de la Galissonnière, un labyrinthe végétal de la Bataille navale, une aire des Gréements, etc.

Au sud se voient l'hôtel de la Marine et le musée de la Marine, l'arc de triomphe de la porte du Soleil de 1830 à l'entrée, et deux formes de radoub, dont l'une est occupée depuis 1995 par la construction d'une réplique de la frégate l'Hermione qui amena La Fayette en Amérique et qui devrait pouvoir y parvenir à son tour en 2007; une maquette au 1/18 permet d'en suivre les progrès. Au nord, deux bassins servent désormais aux bateaux de plaisance (300 places au total). Ils amorçaient le tracé des remparts et des douves qui protégeaient la ville vers le nord et l'ouest.

Au nord-ouest s'étalent les vastes bâtiments de l'ancien hôpital de la marine, qui ont abrité l'école de médecine navale; il en reste, dans un environnement de jardins, un musée de la médecine navale et tropicale et une immense bibliothèque sur le même thème. Près de l'hôpital a été découverte en 1866, à l'occasion d'un forage, une source d'eau chaude (42°C, à 856 m), exploitée à présent par un établissement thermal du groupe Eurothermes, refait en 1998 (30 sal.). Vers le sud, les anciens fossés et remparts ont fait place à une coulée verte qui rejoint les abords du centre-ville et se termine par le théâtre du Petit Marseille et le musée archéologique de la Vieille Paroisse.

La ville du 17e siècle se termine au sud par un quartier militaire en partie reconverti en un vaste conservatoire de musique. Au-delà, les ressources patrimoniales de Rochefort se complètent d'une zone industrielle en bordure de Charente au SE; puis d'un parc horticole avec un conservatoire du Bégonia, juste hommage à Maurice Bégon, ancien intendant de la marine à Rochefort (1638-1710), dont un envoyé découvrit la fleur aux Antilles. Un peu en aval, le pont transbordeur sur le fleuve mène au Martrou, port de la commune d'Échillais; il date de 1900, a été abandonné, puis rouvert en 1991 aux piétons et cyclistes; depuis 1991 aussi, un viaduc parallèle permet le passage des voitures. Au sud-ouest du méandre subsiste l'ancien aérodrome militaire de Rochefort-Soubise. Au nord de la ville, la voie ferrée dessine une courbe en suivant la bordure des marais, laissant une large place à l'échangeur qui donne accès à l'autoroute des estuaires (A 837).

Le port de commerce de Rochefort, en amont de la ville, est partagé avec la commune de Tonnay-Charente; son trafic annuel est un peu inférieur au million de tonnes, et les sorties équilibrent presque les entrées; celles-ci sont en engrais et en bois (résineux sciés du bassin de la Baltique), tandis que les céréales dominent aux sorties. Le port a des relations régulières avec la Baltique, l'Islande, les Antilles, le Maroc et l'Afrique occidentale.

L’activité industrielle de Rochefort s’était réorientée principalement vers la construction aéronautique; le groupe de l’Aérospatiale (EADS) y a 720 emplois (Sogerma), Malichaud (aubes pour réacteurs) 180 sal., Simair (cellules d’aéronefs en composite) 140 sal. Zodiac (180 sal.), fabrique des bateaux pneumatiques. En revanche, l’usine de plasturgie pour automobiles KPI (Key Plastic Interiors), créée en 1979 par l'italien Foggini, et qui a employé jusqu'à 700 personnes, passée en 2001 au fonds états-unien Carlyle, puis en 2009 à Plastic Val de Loire, a fini par disparaître fin 2011 après plusieurs réductions d'effectifs.

Dans les fabriques de moindre taille, Rochefort accueille les vernis et enduits pour l’ébénisterie Initiatives Décoration (100 sal., en partie transféré d’Écoyeux), une fonderie de la CFFC (Française des fontes en coquille), devenue NDC Foundry (New Die Casting) et réduite à 85 sal.; plateaux de tables stratifiés SM (britannique, 85 sal.), traitements de surface Metachrome (70 sal.) et Toulousaine de Traitements (40 sal.), matériel électrique Comeca (60 sal.), chantier naval de plaisance Cim (50 sal.); pièces plastiques Automotive Plastics (45 sal.); confection Atout Pique (25 sal.). Dans le domaine para-industriel apparaissent les entreprises de génie climatique Hervé Thermique (80 sal.), de réseaux électriques Allez (80 et 55 sal.) et La Signalisation de Bretagne (45 sal.), de travaux publics Eiffage (50 sal.) et Vigier (20 sal.); ingénierie Ekis (25 sal.), contrôles Apave (25 sal.); maçonneries ECBL (120 sal.) et CMBA (Compagnons Maçons-Bâtisseurs, 25 sal.); nettoyage urbain Sita (40 sal.).

Rochefort est aussi un centre de services étoffé, avec centre hospitalier, cliniques (70 sal.), plusieurs maisons de retraite dont Korian (les Bégonias, 30 sal.), Saint-Agnant (Bon Séjour, 25 sal.), Tiers Temps (Clos des Fontaines, 25 sal.), la Roseraie (25 sal.); thermalisme Eurothermes (35 sal.). La ville a deux collèges publics et un privé, trois lycées publics dont un professionnel qui soutient une plate-forme technologique de plasturgie et métallurgie. Rochefort a également un Institut régional des techniques de l’image et du son (Irtis), une École des ingénieurs en génie des systèmes industriels (EIGSI) plus, dans le domaine militaire, associée à la base aérienne 721, une École de formation des sous-officiers de l’armée de l’air (EFSOAA) et, plus connue, une École des spécialités techniques (EST) par laquelle doivent passer tous les mécaniciens de l’armée de l’air.

Depuis 1992, fonctionne aussi à la Corderie un Institut européen de la qualité totale (IEQT), fondé par la Chambre de commerce avec la collaboration de l’Université de Poitiers, et dont le nom très ambitieux signifie qu’il forme des «animateurs qualité niveau II») pour les entreprises. La Chambre de commerce entretient aussi à la Corderie un Institut supérieur des achats et approvisionnements (ISAAP). La société Lodima propose pour sa part un centre de formation professionnelle (métiers du tertiaire).

Les autres services et commerces sont surtout représentés dans la distribution par un centre Leclerc (230 sal.), un Intermarché (100 sal.), les supermarchés Carrefour (30 sal.), Monoprix (35 sal.) et Leader Price (25 sal.), les magasins spécialisés Decathlon (35 sal.), Mr Bricolage (40 sal.) et Bricomarché (35 sal.), Gemo (Vêtir, 25 sal.), But (20 sal.); négoces de fruits et primeurs Pons (45 sal.), France Boissons (35 sal.), surgelés GDA (25 sal.), de peintures Soromap (30 sal.), de matériel de levage Manuchar (20 sal.). La logistique l’est par la manutention portuaire AMR (Isamar, 25 sal.), les transports Dussolier Calberson (80 sal.) et les autocars réguliers Keolis (170 sal.). En outre, publicité Adrexo (85 sal.), assurances April (30 sal.), comptabilité Steco (20 sal.), informatique Ivoo (60 sal.). Dans l'horticulture, Boyard emploie 35 salariés, les Jardins de Fanny 30.

Rochefort a eu 24 000 hab. en 1851, 36 000 en 1901, et avait un peu perdu ensuite, jusqu’à 26 500 hab. en 1931. Remontée à 30 900 hab. en 1954, sa population diminue depuis, en partie au profit des communes voisines. Toutefois, si la population totale a diminué de 1 000 hab. de 1999 à 2008, c'est entièrement dû à la révision statistique de la population comptée à part: la population municipale a même gagné 80 hab. La ville a une «zone urbaine sensible» à l’ouest de la ville, le grand ensemble du Petit-Marseille (1 600 hab.). La municipalité a une majorité de gauche; le maire de Rochefort est Bernard Grasset, socialiste, ancien préfet de région et ancien député. La communauté d’agglomération du pays Rochefortais groupe 18 communes et 56 300 habitants sur 16 600 ha. L’unité urbaine est de 39 300 hab., l’aire urbaine de 55 600 hab. L’arrondissement a 181 300 hab. (161 300 en 1999), 13 cantons, 79 communes, 152 751 ha.

Les 3 cantons de Rochefort ont 36 000 hab. (34 500 en 1999), 8 communes, 12 615 ha; ils se limitent au nord de la Charente, dans un vaste ensemble de marais entourant d’anciennes îles basses. Fouras est la commune la plus peuplée. Vergeroux (1 010 Vergeroussois, 553 ha) est juste au NO de Rochefort sur la courbe de rive droite de la Charente; un ancien fort avec poudrière de l’arsenal de Rochefort a été fermé en 1992; port de plaisance, aire de loisirs avec modèles réduits, sortie routière principale de Rochefort vers La Rochelle avec connexion de l’autoroute et de la N 137 à quatre voies; la commune s'est accrue de 240 hab. entre 1999 et 2008 (+31%).

Breuil-Magné (1 590 1 260 Breuillais, 2 225 ha), 5 km au nord de Rochefort, au-delà de l’autoroute, a gagné 330 hab. (+26%) dans le même temps; télévente Stenico (65 sal.); le village trône sur une grande île au milieu des marais, dont la commune occupe une partie notable vers le nord-ouest; sur la petite île de Luton au NO, le site de la cabane de Moins initie aux marais, à leur gestion et aux oiseaux (canards). Le village de Loiré-les-Marais (340 Loirains 1 246 ha), 8 km NNE de Rochefort, est à l’extrémité de la grande île de Breuil, environnée de marais à l’est; église à fresques du 13e s., ancienne grange dimière.

Au nord du canton, la commune d’Yves (1 440 Yvéens, 2 575 ha) est composite; deux petites îles portent les deux villages d’Yves, sur la côte, et de Voutron, au milieu des marais; au nord-ouest, le village de pêcheurs de Port-Punay flanque et prolonge celui des Boucholeurs de Châtelaillon; entre les trois, la réserve naturelle du marais d’Yves occupe 190 ha; observatoire des oiseaux, pompage à énergie solaire pour la régulaton du niveau des eaux, un hôtel (45 chambres). La côte forme une large courbe entre les pointes de Châtelaillon et de Fouras, autour de la baie d’Yves; l’estran y est particulièrement large, découvrant sur 5 km au droit dYves; il porte de très nombreux bouchots. Les Yvéens sont 370 de plus qu'en 1999, ce qui représente une croissance de 35%.

Saint-Laurent-de-la-Prée (1 800 Saint-Laurentais, 2 751 ha), 10 km au NO de Rochefort, est également au bord des marais sur l’ancienne île de Fouras; une autre île au NE porte quelques habitations; entre les deux s’insinuent la voie ferrée (gare) et la N 137 vers Yves puis La Rochelle. L’Inra dispose dans la commune d’une station de recherche et d’un domaine d’expérimentation sur les zones humides (24 personnes). La commune longe au sud la rive droite de la Charente, mais n’atteint pas la mer, dont elle est séparée par le finage de Fouras. Elle s'est acrue de 520 hab. entre 1999 et 2008, donc de 38%. Elle a deux campings (450 places) dont un de luxe (270 places) et plus de 300 résidences secondaires (27% des logements).


Fouras

4 190 hab. (Fourasins), 951 ha, commune de la Charente-Maritime dans le canton de Rochefort-Nord, 15 km ONO de Rochefort. La ville occupe un cap allongé entre la baie d'Yves au nord et l'estuaire de la Charente au sud. C'est un port ostréicole, qui servit jadis de bastion défensif de Rochefort. Le fort la Pointe, élevé en 1672 en demi-cercle au SE de la commune, est sur la rive droite de la Charente et commandait l'entrée de l'estuaire; le fort Vauban, en ville côté sud, y fut construit dès le 11e siècle, et transformé par Vauban; un musée régional est aménagé dans son donjon de 30 m, qui date du 13e s. et a été refait vers 1480. Vers la pointe au NO du bourg se trouve le fort de l'Aiguille; tout au bout sur un îlot devant l'île d'Aix, le fort de l'Énet, en demi-cercle au bord du pertuis de ce nom, date des fortifications napoléoniennes de 1811.

Fouras est depuis longtemps livrée aux activités plus pacifiques de l'ostréiculture et du tourisme; on y pratique les bains de mer depuis les années 1850. La commune bénéficie de plusieurs petites plages; trois ports de plaisance, deux sur la côte nord qui regarde la baie d'Yves et un en ville sur la côte sud de la pointe, ont été aménagés mais n'offrent encore qu'une soixantaine de places. La commune compte deux villages de vacances et des colonies, ainsi qu'un casino du groupe Émeraude (40 sal.) dans un parc de chênes-verts.

Fouras a 2 400 résidences secondaires pour 2 000 principales, 4 hôtels (75 chambres), trois campings (680 places). Elle est aussi la capitale de la production de naissain d’huîtres et dispose de nombreux bouchots; maison de retraite, magasin Super-U de 35 sal. Sa population était de 800 hab. dans la première moitié du 19e s., puis était montée à 2 000 vers 1900; elle a poursuivi sa croissance, passant à 4 000 hab. dès 1954, mais elle a décliné entre 1962 et 1990 (3 200 hab.), avant d’augmenter à nouveau; elle s'est accrue de 270 hab. entre 1999 et 2008.


Île-d'Aix

240 hab. (Aixois), 119 ha, commune de Charente-Maritime dans le canton de Rochefort-Nord. La commune correspond à l’île d’Aix, qui prolonge en mer la pointe de Fouras et se trouve à peu près à mi-chemin de Châtelaillon et de l’île d’Oléron. Elle en est séparée de 3 km à marée haute, mais le détroit d’Énet ne mesure qu’un kilomètre à marée basse; liaisons maritimes régulières avec Fouras. La population communale a beaucoup fluctué, connu un maximum à 630 hab. en 1872 et avait encore 400 hab. en 1900. Elle a varié entre 150 et 200 hab. depuis 1920, puis a gagné 40 hab. après 1999.

L’île a une forme de croissant d’environ 3 000 m de long et 700 de plus grande largeur, dont les pointes regardent vers l’est et vers le sud. Objet de convoitises britanniques, elle fut fortifiée au 17e s. au moment de la création de l’arsenal de Rochefort, et durant le Premier Empire. Elle porte encore une kyrielle de batteries et trois forts: à la pointe de Coudepont au nord-est; le fort Liédot au nord, où Ahmed Ben Bella, futur président de la république d’Algérie, fut emprisonné durant trois ans (1959-1962); et le grand fort de la Rade à la pointe sud.

Le village et le port Rochefort sont au sud, reliés à Fouras par navettes et, en saison, avec la Pallice et avec la Perrotine à Oléron; une plage s’ouvre dans le creux du croissant, abrité des vents d’ouest; quelques petites anses se dispersent. Le village a deux musées, fondés en 1928 et 1933 par le baron Gourgaud (1891-1944), descendant d’un général de Napoléon; l’un est consacré à Napoléon, qui passa trois jours dans l’île avant de se rendre aux Anglais; l’autre présente des collections recueillies en Afrique. La commune a 300 résidences secondaires sur 450 logements, mais ni hôtel ni camping.

De la commune dépend le curieux fort Boyard, construit à grands frais sur un banc de sable à mi-chemin de l’île d’Oléron, commencé en 1804 et achevé en 1857 seulement, et qui n’a jamais eu la moindre garnison; propriété du Conseil général, il est loué pour des jeux télévisés qui ont popularisé sa silhouette massive et ses recoins intimes.