Canton d'Azay-le-Rideau

Azay-le-Rideau

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Azay-le-Rideau. Le château d'Azay-le-Rideau. © RB-RV
Azay-le-Rideau. Le château d'Azay-le-Rideau. © RB-RV

3 520 hab. (Ridellois), 2 734 ha dont 603 de bois, chef-lieu de canton de l'Indre-et-Loire dans l'arrondissement de Chinon, 18 km au NE de Chinon et 28 km OSO de Tours, au bord de l'Indre. Azay vient d'un patronyme romain Atius, ou bien d'un Azé préceltique qui évoquerait des eaux abondantes; et le Rideau d'Hugues Ridel, à qui le roi Philippe-Auguste attribua la seigneurie en 1213. La commune est surtout connue pour son superbe château renaissance, bâti entre 1518 et 1527 sur une île et inchangé depuis, dévolu à l'État en 1905; de taille modérée, il est entouré de douves en eau, et figure parmi les «grands» du Val de Loire avec 270 000 entrées par an.

La commune, qui a peu d'industries mais est riche en caves troglodytes, s'étend sur près de 12 km, entièrement en rive droite de l'Indre. Le grand château de Mazères (19e s.) trône sur le coteau de l'Indre à l'est de la ville; celui d'Aulnay (16e au 19e s.) est un peu plus à l'est; celui de la Clousière (17e et 19e s.) est au contraire à l'ouest du bourg; celui de la Chatonnière, plus loin vers l'ouest et à l'écart de l'Indre, est surtout du 16e s. et connu pour ses beaux jardins (4 ha, avec roseraie); le manoir de la Grande Loge (16e au 19e s.) est encore un assez gros château, également sur le plateau mais au nord-est du bourg. Le souterrain-refuge et ferme troglodyte des Goupillères, dans un vallon à 3 km à l'est du bourg, reçoit 20 000 visiteurs par an. Le site de Port-Huault, qui commandait un gué sur l'Indre à l'ouest de la commune, est évoqué à plusieurs reprises par Rabelais dans Gargantua; Rabelais a placé l'abbaye de Thélème «jouste la rivière de Loyre à deux lieues de la grande forest de Port Huault». Le val de l'Indre a des prairies, des peupliers et du maïs.

Azay se déclare «station verte de vacances». Elle a un collège public, un centre de rééducation, une maison familiale rurale, et quelques entreprises: supermarchés Carrefour (30 sal.) et Stoc (25 sal.), maçonnerie (CLD, 20 sal.) et installations électriques (EC, 20 sal.), gardiennage (30 sal.). Mais la grande usine de bois déroulés du groupe Leroy, qui employa jusqu'à 1 100 salariés dans les années 1970 et attira des familles portugaises, a disparu ainsi que les transports Gelez (90 sal.), repris par Le Berre de Joué-lès-Tours.

Une AOC viticole touraine-azay-le-rideau a été délimitée en 1939 dans dix communes; elle porte sur huit communes et une centaine d'hectares dont la moitié sont cultivés (3 000 hl), surtout pour le vin blanc (chenin), avec un peu de rosé (grolleau dominant). Azay même déclare 60 ha de vignes cultivées, qui sont principalement du côté de Luré à l'ouest de la ville. Le domaine viticole de l'Aulée groupe 37 ha de vignes et un château du 19e s. avec chambres d'hôtes; il est à une famille d'origine champenoise (Henrion) après avoir appartenu au champagne Deutz de 1973 à 2004; la firme ligérienne Monmousseau a aussi son domaine.

La population communale n'a pas beaucoup changé; après avoir atteint 2 300 hab. au début du 20e s. et être descendue à 1 800 en 1936; elle a ensuite augmenté assez régulièrement, gagnant 340 hab. entre 1999 et 2008. Le bourg est le siège de la communauté de communes du pays d'Azay-le-Rideau, qui correspond au canton.

Le canton a 14 400 hab. (12 300 en 1999), 12 communes et 25 893 ha dont 8 727 de bois. Au NE, il occupe le plateau entre Cher et Indre, en partie viticole. Il est presque entièrement dans le Parc régional Loire-Anjou-Touraine et associe des parties géographiques très différentes: val de Loire, vallée de l'Indre, plateau de la forêt de Chinon, collines de Saché et Thilouze. Le val de Loire y est large de 2 à 3 km; l'Indre y débouche et ses eaux se partagent entre un accès direct et un bras longtemps parallèle à la Loire, qu'il ne rejoint que près d'Avoine. Le Vieux Cher sinue le long du coteau et y rejoint l'Indre. La plaine est partagée entre trois communes.

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Bréhémont. Un four à chanvre à Bréhémont dans la varenne de Loire. © RB-RV
Bréhémont. Un four à chanvre à Bréhémont dans la varenne de Loire. © RB-RV

La principale est Bréhémont (810 hab., 1 271 ha), 9 km au NO d'Azay face au débouché de l'Indre dans la plaine; le hameau de Rupuanne, tout en aval face à Saint-Patrice, garde l'un des accès de l'Indre à la Loire, encore actif en temps de crue. Bréhémont fut un centre de culture et de préparation du chanvre, jusque dans les années 1970; de nombreuses maisons possèdent encore un four à chanvre et une fête du chanvre est célébrée le 15 août. La commune a eu jusqu'à 1 700 hab. en 1866, quand la batellerie était active, ainsi que la culture du chanvre et la fabrication de cordages; puis elle s'est dépeuplée jusqu'à un minimum de 670 hab. en 1975; mais elle croît légèrement depuis et a gagné 80 hab. de 1999 à 2008. Elle conserve le quai de son ancien port et de belles maisons de maîtres-mariniers du temps jadis; face au village central, elle occupe toute la largeur de la Loire et même une ancienne île rattachée à présent à la rive droite. Son finage est parcouru par toute une série de levées de protection contre les crues de la Loire, du Vieux Cher et de l'Indre. Son habitat est très dispersé, les varenniers ayant coutume de se tenir à proximité de leurs cultures intensives, longtemps pratiquées à la bêche. C'est à peu près sur son territoire, aux gras herbages dont on tira les milliers de vaches nécessaires au bébé Gargantua (v. Chinon), que Rabelais semble situer l'abbaye de Thélème en bord de Loire «à deux lieues de la grande forest de Port-Huault».

À 6 km en amont de Bréhémont, La Chapelle-aux-Naux (540 Chapellois, 525 ha) fait face à Langeais et profite de son fameux pont refait dans un style médiéval; le petit centre villageois est en bord de Loire à l'abri de la levée; la commune conserve un ancien port du 17e s. sur la Loire ainsi que de nombreuses maisons anciennes; elle a eu une coopérative laitière et cultive légumes et vergers; transports André Guy (30 sal.); elle a gagné une quarantaine d'habitants de 1999 à 2008.

À l'extrémité occidentale du canton, à 8 km OSO de Bréhémont, la petite commune de Rigny-Ussé (530 Rigny-Usséens, 1 397 ha dont 500 de bois) a moins de varennes, mais elle abrite le château d'Ussé, l'un des grands du Val de Loire, à tours puissantes, créneaux et mâchicoulis, chemin de ronde, édifié au 15e s. et remanié aux 16e, 17e et 19e ; il servit de modèle à Charles Perrault pour son conte La Belle au bois dormant… Le village, 16 km à l'ouest d'Azay, s'étire au pied du coteau de rive gauche de la Loire, longé par le grand bras de l'Indre; il cultive 13 ha de vignes sur le plateau, qui est fort boisé. Il est doublé en bord de Loire par une file d'habitat à l'abri de la levée, notamment à l'Île-Saint-Martin. Le hameau de Rigny, au creux d'un vallon échancrant au sud-est le plateau, conserve l'ancienne église des 12e-13e s., en cours de rénovation sur initiative privée, où se donnent des concerts; Ussé s'est développée plus tard sur un terroir moins isolé, mais sur un site d'ancien habitat, le nom évoquant une désignation gauloise de hauteur. La commune conserve de nombreux habitats troglodytes; elle a eu plus de 1 200 hab. de 1825 à 1880, et s'est dépeuplée jusqu'en 1999.

Rivarennes (940 hab., 1 892 ha dont 844 de bois) est également un village de pied de coteau, 5 km à l'est d'Ussé. Il est connu pour sa spécialité de poires tapées (séchées au four et réduites au battoir), héritage du temps de la batellerie de Loire et de l'approvisionnement des marins; un modeste musée en fait la promotion, ouvert par un petit groupe d'agriculteurs coopératifs qui a remis en honneur la spécialité et l'arboriculture à partir de 1987; mais les pommiers sont plus nombreux. La commune cultive 21 ha de vignes et dispose d'une gare sur la ligne de Tours à Chinon; elle a gagné 210 hab. de 1999 à 2008; châteaux de la Cueille (16e au 18e s.) et du Bâtiment (18e s.), restes d'un ancien château fort. Le finage de Rivarennes comprend une partie de la plaine alluviale où fut jadis cultivé le chanvre, et lance une longue queue sur le plateau à travers la forêt de Chinon, sur 8 km; quelques habitats troglodytiques.

Lignières-de-Touraine (1 070 hab., 1 000 ha) fait pendant à Rivarennes de l'autre côté du débouché de l'Indre; elle a précisé son nom en 1926; le village, riches de maisons anciennes, d'une église du 12e s. à peintures murales et d'un hôtel des voyageurs des 15e-16e s., est au pied du coteau, à 6 km au NO du chef-lieu. Son finage se limite au Vieux Cher au nord, au coteau et à une étroite bande de plateau; mais on y cultive 69 ha de vignes, et de nombreux vergers, de pommiers surtout, qui justifient la présence d'une coopérative fruitière. Il inclut le hameau de Marnay sur l'Indre, où a été aménagé, dans un ancien moulin à papier et un grand parc, un musée de mécaniques et de machines rassemblées par Maurice Dufresne, dont il porte le nom; le château de Fontenay (14e-15e s.), au nord-est du village sur le site d'une villa gallo-romaine, est à la tête d'une exploitation de 27 ha de vergers, dont 23 de pommiers d'une quinzaine de variétés. Après une période de stagnation, la commune a gagné 130 hab. de 1999 à 2008.

Vallères (1 000 hab., 1 472 ha dont 435 de bois) est au contraire un petit village de plateau, à 5 km au nord d'Azay et à 19 km OSO de Tours; il cultive 44 ha de vignes et davantage de vergers, de pommiers surtout, sur des sols souvent caillouteux d'argile à silex; ruines du château de Fouchault (15e-16e s.) sur le coteau de Loire. La population communale croît depuis 1975 (560 hab.) et a augmenté de plus de 200 hab. de 1999 à 2007, soit un quart. Le nom ne vient pas du val, mais était Avallo, ce qui signale une pommeraie et suggère l'ancienneté des vergers.

La plus grande partie du plateau d'entre Indre et Vienne, au sud-ouest du canton, est occupée par la forêt de Chinon et divisée entre les communes de Saint-Benoît-la-Forêt et de Cheillé. Saint-Benoît-la-Forêt (850 hab., 3 525 ha dont 2 000 de bois), à 8 km NE de Chinon, a été curieusement appelée fief de la Mort puis Saint-Benoît-de-la-Mort ou de Lac-Mort aux 12e et 13e s., et abrite un creux de vallon dénommé Lac Mort, peut-être à l'origine du nom. C'est un village de clairière et ses bois, étalés sur un placage d'argile à silex, cachent au NE l'ancienne abbaye bénédictine de Turpenay (15e s.), qui a peut-être inspiré la Thélème de Rabelais et qui conserve des bâtiments du 15e s. La commune contient aussi le parc forestier de la Pomardière avec centre d'initiation à l'environnement, et un village de vacances, le gros château de Beugny (19e s.) et les restes d'un ancien couvent de grandmontains dit le prieuré du Pommier Aigre (12e et 18e s.); on y voit également des restes d'un aqueduc antique à la Cave des Ermites et un souterrain-refuge aux Roches Margottes. Vers l'ouest, les calcaires turoniens laissent voir quelques formes karstiques.

Le vaste finage de Saint-Benoît inclut au sud-ouest un hôpital régional de près de 1 000 emplois aux portes de Chinon, issu d'un hôpital américain, entièrement rééquipé de 2004 à 2007, comptant au total 690 lits dont 260 en hébergement, 120 en long séjour, 160 en psychiatrie. Il inclut aussi dans sa partie centrale une vaste zone d'activités héritée d'un ancien camp militaire américain, qui déborde sur les territoires de Rivarennes et de Cheillé. Sous l'égide d'un syndicat mixte (Smictom), une usine d'incinération d'ordures alimente l'hôpital en chaleur depuis 1983 et doit être rénovée. Saint-Benoît a une clinique (70 sal.) et maison d'accueil spécialisée, de petites fabriques de mobilier métallique Clen (130 sal.), de matériel de travaux publics (Famatec, 60 sal.) et de meubles (Ensarguet, 45 sal.). Le nom de la commune a été allongé en 1936; elle n'avait alors que 280 hab., 330 en 1968; montée brusquement à plus de 1 300 hab. en 1975, sa population est vite redescendue jusqu'en 1999, puis a repris 80 hab. de 1999 à 2008.

Cheillé (1 580 hab., 4 626 ha dont 2 200 de bois) n'est à l'origine qu'un très petit village de plateau, mais son territoire étendu va jusqu'aux portes d'Azay-le-Rideau en longeant le cours de l'Indre, englobant ainsi le grand château de l'Islette au bord de l'eau (15e-16e et 19e s.) et le faubourg d'Azay dénommé la Chapelle Saint-Blaise, où est d'ailleurs la mairie. Il occupe une bonne moitié de la forêt de Chinon au sud; on y cultive 35 ha de vignes, et davantage d'arbres fruitiers; châteaux de la Roche (16e-17e et 19e s., domaine viticole), la Cour au Berruyer (16e s. avec parc), Chéniers (16e-17e s.), Beaulieu (19e s.); de l'église du 13e s. sort un gros chêne. La population communale est restée assez stable, puis les gains des faubourgs d'Azay ont nettement dépassé les pertes des hameaux du plateau.

La partie sud-est du canton a des paysages vallonnés et appréciés des Tourangeaux, mais presque dépourvus de vignes. À 5 km SE d'Azay, Villaines-les-Rochers (930 hab., 1 247 ha dont 291 de bois), dans la petite et profonde vallée du Gué Droit, s'efforce de maintenir une tradition de vannerie et s'est décorée de monuments en osier; une coopérative, créée en 1849, y emploie 70 sal. et accueille 50 000 à 60 000 visiteurs par an. L'habitat s'étire sur plusieurs kilomètres le long de deux vallées encaissées et confluentes et abonde en aménagements troglodytes et souterrains-refuges; on y cultive encore un peu d'osier. Le nom de la commune a été allongé en 1937; la population est assez stable depuis.

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Saché. Le château de Valesne à Saché, dont Balzac fit Frapesle. © RB-RV
Saché. Le château de Valesne à Saché, dont Balzac fit Frapesle. © RB-RV

Les deux autres communes sont hors du parc régional. Saché (1 200 Sachéens, 2 829 ha dont 856 de bois), traversée par une grande courbe de l'Indre, est connue par le château du village, où venait volontiers Balzac, et marque la fin de la «vallée du Lys». Le château est du 16e et du 18e s., entouré d'un grand parc et abrite un musée Balzac, qui reçoit plus de 20 000 visiteurs par an. Un peu à l'est, le château de Valesne (15e et 18e s.), avec parc, en voie de restauration, est l'un de ceux que décrit Le Lys dans la vallée, sous le nom de Frapesle, tandis que Balzac a fait pour Clochegourde la synthèse de deux autres châteaux rénovés, mais qui sont en face, sur la colline de rive droite: la Chevrière (17e au 19e s.) dans la commune de Saché, Vonne dans celle d'Artannes-sur-Indre (canton de Montbazon). La propriété où habita le sculpteur Calder est également classée; église classée du 12e s., manoir du Boulay (15e-19e s.), maisons à pans de bois dont l'ancienne auberge devenue un restaurant apprécié, un moulin à eau du 17e s. Dans les fonds de vallée se cultive l'osier, traité à Villaines. La population de Saché connaît une vigoureuse croissance depuis le minimum de 1975 (600 hab.); elle a encore augmenté de 240 hab. entre 1999 et 2008.

Thilouze (1 490 Thilouzains, 3 375 ha dont 403 de bois), 6 km au SE de Saché, est éloignée de l'Indre et campe sur le plateau de Sainte-Maure, participant à l'appellation fromagère. La commune a un assez bon équipement de commerces et s'orne notamment des châteaux du Plessis (15e et 18e s.) au nord du village, et à l'est de celui du Grand-Châtelet (15e-16e s.), à douves (16e s.), ainsi que d'un dolmen, d'un menhir et de lavoirs; traces de l'ancienne voie romaine de Poitiers à Tours. Un «conte drôlatique» de Balzac met en scène La Pucelle de Thilhouze, qui séduisit et désespéra le seigneur de Valesne… La population communale croît aussi depuis 1970 (700 hab.) et a gagné 350 hab. de 1999 à 2008.