Canton de Vinça

Vinça

1 940 hab. (Vinçannais), 774 ha, chef-lieu de canton des Pyrénées-Orientales dans l’arrondissement de Prades, 11 km ENE de celle-ci dans la vallée de la Têt, au bord d’un grand lac-réservoir aménagé en 1978, qui a recouvert les anciens bains de Nossa et dont le plan d’eau s’étend sur 170 ha. Le barrage, qui profite d’un enfoncement local du cours du fleuve dans les gorges de la Guillera, est long de 190 m et haut de 60 m; destiné à l’irrigation, et susceptible de contenir 24 Mm3, il est géré par la Compagnie du Bas-Rhône-Languedoc; le lac annexe des Escoumes près du bourg sert de base de loisirs.

Le village a des restes de remparts et deux portes, des maisons anciennes dont certaines à colombage; orgue historique restauré de Jean-Pierre Cavaillé (1765) et très riche retable du 18e siècle. La commune se limite à la plaine de la Têt et n’a guère qu’une entreprise notable, la fabrique d’emballages en bois Vilana (75 sal.); transports par cars Capeille (25 sal.). Elle a eu plus de 2 000 hab. au milieu du 19e siècle, et a connu un minimum à 1 500 dans les années 1930; la population est assez stable depuis la guerre mais s'est accrue de 230 hab. après 1999. Vinça est le siège d’une communauté de communes Vinça-Canigou, de 12 membres et 3 700 hab.

Le canton a 11 000 hab. (9 600 en 1999), 18 communes, 26 114 ha dont 8 400 de bois, et se signale par l’abondance de villages de belle qualité paysagère et architecturale. Il englobe la ville d’Ille-sur-Têt, la première en plaine à l’issue du Conflent. Au nord de la Têt, il ne comprend qu’une partie du finage d’Ille, et la commune de Montalba-le-Château (150 Montalbanais, 1 590 ha dont 1 006 de bois), 8 km au NO d’Ille, dont le finage s’étend sur un vaste plateau granitique où la roche s’est décomposée en boules, offrant un paysage moins surprenant que le chaos de Targassonne, mais déjà intéressant. Le village était français depuis le traité de Corbeil (1258), donc bien avant le traité de 1659, et de la sorte très exposé; on y voit des restes du château à tour carrée; cave coopérative; projet de site d’éoliennes.

Marquixanes (550 Marquixanois, 480 ha), 6 km ENE de Prades et 4 km à l’ouest de Vinça, est un beau village aux maisons anciennes avec d’abondants restes de fortifications et deux portes, juste au-dessus de la Têt, rive doite; l’église a d’intéressants retables. Marquixanes participe au festival de Prades et a gagné 140 hab. entre 1999 et 2009 (+34%); restauration collective Barboteu (30 sal.). La Lentilla, qui vient du Canigou, débouche dans le lac de Vinça à l’aval du village.

En amont, dans la vallée de son affluent le Llech, 3 km au sud de Marquixanes, Espira-de-Conflent (180 Espiranois, 603 ha), également associée au festival Pablo Casals, est un village-belvédère qui a des restes de son enceinte médiévale et de son château, et une église baroque d’origine romane, avec un riche mobilier du 17e s. qui en fait comme un musée; on cultive dans la commune des pêchers et un peu de vigne; la commune a 50 hab. de plus qu'en 1999. Encore 3 km en amont, Estoher (160 Estohanencs, 2 608 ha dont 2 418 de bois), qui eut 590 hab. en 1851, déroule son finage jusqu’aux abords du Canigou, dans la forêt domaniale de Llech; 70 ha ont été plantés en kiwis, 33 ha en pêchers, 29 en vignes, 10 en autres arbres fruitiers; une route forestière mène aux Cortalets; canyoning.

Joch (Jóc, 230 Jochois, 338 ha), village fleuri à 3 km au sud de Vinça, fut le chef-lieu du comté de Conflent et a quelques restes du château seigneurial et de ses enceintes, des vignes et des vergers; la commune a gagné 80 hab. entre 1999 et 2009, soit +53%. Rodès (630 Rodésiens, 1 811 ha dont 880 de bois), 3 km ENE de Vinça, s’étage en un superbe espalier sur les pentes qui dominent les gorges de la Guillera, et s'est accrue de 120 hab. depuis 1999.

Bouleternère (Bulaternera, 830 650 Bouleternérois, 1 063 ha), à mi-chemin de Vinça et d’Ille, a gagné 180 hab. dans le même temps. Elle a au milieu de ses vergers un village attachant, qui a gardé un remarquable ensemble d’origine médiévale: vieilles maisons, éléments d’enceinte, château-église, etc. Une petite église préromane est en cours de restauration à Barbadell au bord du Boulès (Bules), qui traverse la commune. On fabriqua ici des ébauchons de pipes en racine de bruyère, des années 1870 aux années 1960.

De tout petits villages subsistent à peine sur les hautes pentes du massif du Canigou. Le plus éloigné est Valmanya (38 Valmanyencs, 2 763 ha dont 870 de bois), 17 km au sud de Vinça dans le haut bassin de la Lentilla, à 950 m presque au bout d’une petite route en cul-de-sac, qui n'avait plus que 18 hab. en 1999. Ses crêtes montent jusqu’au Canigou et, au sud, à 2 461 m au pic de la Gallinasse, 2 778 au puig de l’Estelle; forêt domaniale, ruines d’un ancien château. L’extraction et la fonte du fer y étaient anciennes, et une exploitation moderne a été tentée à la mine de la Pinouse, en relation avec la mine voisine de Batère à Corsavy, avec voie ferrée électrifiée, à la fin du 19e s.

La population avait dépassé 400 hab. en 1901; mais la fin de la guerre en 1918 ferma les débouchés et l’entreprise s’arrêta en 1931. Comme dans la plupart des communes de la région, les pluies et les crues consécutives d’octobre 1940 firent des ravages. De surcroît, le village a dû être reconstruit après 1945, après avoir été victime d’un raid allemand tardif et dramatique (2-3 août 1944) à la recherche de résistants; mais la moitié seulement des 54 maisons, prévues par un plan peu adapté, ont été construites. Un centre de vacances a fonctionné entre 1965 et 1995; pourtant, le tourisme estival se développe lentement. Le village a 38 résidences secondaires pour 21 principales (http://mairie.valmanya.pagesperso-orange.fr).

En aval (5 km), Baillestavy (Vallestàvia, 90 Baillestavyens, 1 789 ha dont 615 de bois), dont le village (à 580 m) dévale une forte pente, porte les traces de nombreuses mines; la commune eut jusqu’à 340 hab. (1861); elle en a repris une trentaine depuis 1999; la crête n’y atteint que 1 731 m au puig dels Bessis. Sur les versants qui déboulent sur Ille, zigzague la route d’Ille à Amélie, qui permet un meilleur désenclavement. Prunet-et-Belpuig (60 Prunet-Puigois, 2 168 ha dont 300 de bois, à 660 m), à 24 km au sud d’Ille et 21 au nord d’Amélie, collectionne plusieurs hameaux dominés par des sommets qui dépassent de peu 750 m: on est déjà dans les Aspres; château ruiné du 13e siècle et beau panorama.

Boule-d’Amont (Bula d’Amunt, 60 Bouletains, 2 322 ha dont 360 de bois) est dans la vallée du Boulès, 19 km au SSO d’Ille, vers 490 m; son finage monte au SO à 1 347 m et, surtout, contient le prieuré de Serrabonne dans les pentes boisées au nord du village, les deux communes ayant été réunies en 1822. Fondé en 1082, construit en schiste et marbre rose, c’est l’un des grands parmi les monastères catalans, surtout par ses chapiteaux; vendu au privé en 1895 par l’évêque de Solsona (Espagne), il a été convenablement restauré depuis qu’il est passé dans le domaine du Conseil général.


Ille-sur-Têt

5 340 hab. (Illois), 3 167 ha dont 133 de vignes, commune des Pyrénées-Orientales dans le canton de Vinça, 24 km à l'ouest de Perpignan sur la rive droite de la Têt; Illa de Tet en catalan. La ville a bien tiré parti de sa large véga irriguée aux nombreux vergers de cerisiers, abricotiers et surtout pêchers, et de ses cultures maraîchères. Le centre témoigne de l'ancienneté de cette richesse, qui se marque aux trois enceintes successives de la ville, dont il reste maint témoin, et à la cinquantaine d'hôtels particuliers des 17e et 18e s. que l'on y recense; cela vaut à Ille d'être au centre d'une appellation «villes et pays d'art et d'histoire», avec musée d'art sacré. Le grand et vénérable hospice abrite les fresques de l'ancienne église de Casenove, objets d'un scandale public: vendues hâtivement par la commune en 1954 à un particulier avide (le maire a dû démissionner peu après), elles n'ont été retrouvées qu'en 1978 au musée de Genève, dont elles n'ont pu revenir que vingt ans après. L'hospice voisine avec l'ancienne église romane de la Rodona; grosse église romane à clocher-tour carré fortifié.

La commune occupe toute la plaine et monte sur les deux versants; au nord se dressent de célèbres cheminées de fées dites parfois «orgues d'Ille», sculptées par l'érosion et coiffées de gros galets qui les ont protégées dans un remplissage d'argiles tendres du plio-villafranchien aux belles couleurs d'ocre jaune; donjon dans l'ancien village de Casenoves. Le bourg a une gare, un collège public, un musée départemental des sapeurs-pompiers, une maison de retraite médicalisée; supermarché Carrefour (75 sal.), taxis et ambulances ICA (45 sal.). La commune avait 3 500 hab. en 1876; descendue à 3 200 entre 1911 et 1926, elle a augmenté sa population ensuite, puis plafonné de 1968 à 1982 et décliné un peu ensuite; elle a repris 290 hab. de 1999 à 2009. Elle est le siège de la communauté de communes de Roussillon-Conflent (15 communes, 15 000 hab.).

Juste au sud, à 3 km, Saint-Michel-de-Llotes (Sant Miquel de Llotes, 300 hab., 864 ha dont 399 de bois), dont l'habitat est très dispersé, a depuis 1994 un musée de l'agriculture catalane riche et réussi; llotes évoque sans doute la boue; église romane, dolmen.