Canton de Doullens

Doullens

7 040 hab. (Doullennais) dont 590 à part, 3 340 ha, chef-lieu de canton de la Somme dans l'arrondissement d'Amiens, 30 km au nord de la préfecture, dans la vallée de l'Authie au confluent de la Grouche, sur la N 25; le nom se prononce localement Doullan. Ce fut une place forte aux confins de la Picardie et de l'Artois; il en reste une citadelle de 1525, dessinée en pentagone, réaménagée par Vauban, qui fut reconvertie en prison, et spécialement en prison pour femmes de 1855 à 1958; elle fut ensuite laissée à l'abandon avant d'être restaurée par le département et ouverte à la visite. La ville, très fleurie (quatre fleurs), a aussi un beffroi carré, et deux musées: Lombart (beaux-arts et histoire locale, avec jardin à la française), Foch dans la citadelle; dans l'hôtel de ville, une salle commémore la promotion de Doullens comme centre du commandement unique des armées alliées en mars 1918.

Doullens a des équipements culturels, un centre hospitalier (320 sal., 90 lits, le principal employeur du canton), un institut médico-éducatif, un collège et un lycée publics (dont un professionnel), un collège et un lycée privés. L'emploi y est marqué par la présence d'une grosse laiterie Nutribio (250 sal.), au groupe Primordia-Cofranlait, spécialisée dans la poudre de lait et ses dérivés (80 000 t/an); d’une cartonnerie de la Rochette-Cenpa (RCO, 130 sal., à l’espagnol Saica); d’une industrie chimique d’antigel, huiles et liquides de freins pour automobiles (ACIA, Activités chimiques pour l’industrie automobile, 45 sal.). S’y ajoutent les fabriques d'équipements aérauliques Alvene (45 sal.) et d'aliments pour animaux du groupe Alliance (45 sal.), le condiitonnement d'œufs Œufs Nord-Europe (35 sal.); transports Briois (25 sal.), installations électriques Ineo (50 sal.) et Équipements NorPicardie (25 sal.), travaux publics Bouffel (25 sal.); supermarchés Coop (Super-U, 40 sal.), Match (45 sal.) et Intermarché (50 sal.), vente à domicile Mylene (belge, 25 sal.).

La base aérienne 922 qui utilisait des hélicoptères a été fermée en 2004; cependant, elle continue d’employer 200 personnes à la détection radar. La population de Doullens a augmenté de 1950 (6 000 hab.) à 1975 (7 500 hab. sdc) mais a sensiblement diminué depuis, dont -160 hab. de 1999 à 2008. Doullens est le siège de la communauté de communes du Doullennais, qui réunit 18 communes et 14 000 hab.

Le canton a 13 600 hab. (13 200 en 1999), 14 communes, 15 955 ha. Il est bordé au nord et à l’est par le département du Pas-de-Calais et s’étend perpendiculairement à la vallée de l’Authie. Après le lin, il fut un pays du jute importé, où régna longtemps la firme Saint-Frères, surtout à Beauval, son lieu d’origine. Beauquesne (1 360 Beauquesnois dont 70 à part, 2 004 ha dont 218 de bois), au sud-est à 11 km de Doullens, est un gros village de plateau, qui eut deux fois plus d’habitants dans les années 1870; il abrite une maison familiale rurale et un négoce agricole (Charpentier, 35 sal.), et a gagné 90 hab. de 1999 à 2008.

Au nord-est du canton, Lucheux (640 Luchéens dont 50 à part, 2 765 ha dont 1 255 de bois), dans la vallée de la Grouche à 7 km de Doullens, a conservé de nombreux restes d’un bourg médiéval: ruines du château féodal, porte monumentale, beffroi, maisons anciennes; elle abrite un institut médico-éducatif. Gézaincourt (440 Gézaincourtois, 697 ha), petite banlieue de Doullens dans un vallon à 2 km au SO de la ville, a un centre d’aide par le travail de 160 salariés, avec fonction d’hôpital.


Beauval

2 180 hab. (Beauvalois), 2 256 ha, commune de la Somme dans le canton de Doullens, 6 km au sud du chef-lieu sur la N 25; cet ancien fief du groupe Saint Frères a été très affecté par la disparition de l’industrie textile, dont la dernière usine, reconvertie au plastique et passée au finlandais Rosenlew (Rauma-Repola) a fermé en 2004; reste dans la commune un château du Bois de Beauval, avec parc, sur les hauteurs près du village; nécropole nationale au nord. Le bourg s'aligne dans un vallon descendant vers la vallée des Saules, affluent de gauche de l'Authie, au fond de laquelle avait grandi l'ancien faubourg industriel de la Cité des Avesnes. La population est assez stable depuis 1960, mais nettement inférieure aux années 1900 (3 000 hab.); elle a diminué de 90 hab. entre 1999 et 2008.

Les Saint à Beauval

La fortune de la famille Saint commence à la fin du 18e siècle avec les frères Pierre, François et Aimable, tisseurs de toiles d'emballage en étoupe de lin à Beauval. Afin d'améliorer approvisionnements et débouchés, l'un parcourt la région, un autre s'installe à Rouen. Plus tard la famille ouvre des bureaux à Paris. Inspirée par l'exemple d'un industriel écossais installé à Ailly-sur-Somme, la société passe au jute, nouvellement importé d'Inde, en installant une nouvelle usine à Flixecourt en 1857; suivent trois usines à Harondel, à Saint-Ouen et à L'Étoile, tandis que s'étend le travail à domicile. La société construit des cités ouvrières de maisonnettes de brique, avec jardin à légumes et clapier, loge un peu plus confortablement les cadres, et entretient trois châteaux pour les industriels. Sa «coopérative» de la Prévoyance, installée à L'Étoile, fournit tout le nécessaire aux familles, qui doivent utiliser crèches et écoles Saint, clubs et colonies de vacances Saint.

En 1931, Saint Frères emploie 9 000 ouvriers dans la vallée de la Nièvre et alentour et le nom de la firme est sur des millions de bâches. En 1960, la Somme produit plus de la moitié du jute français, mais la concurrence des pays asiatiques commence. En 1979, Saint Frères emploie 3 800 salariés, et fusionne avec Boussac en formant BSF, presque immédiatement racheté, la même année, par d'autres frères déjà en place dans les affaires Boussac, les fameux Willot, quatre industriels du Nord et redoutables prédateurs, qui défrayent assez rapidement la chronique au point de passer pour des frères Dalton: leur groupe, qui compte 80 usines et 22 000 salariés, est mis en liquidation dès 1981. Quelques usines parviennent à survivre en fonction de repreneurs (v. Domart-en-Ponthieu, Flixecourt et Picquigny pour L'Étoile). Mais le temps des Saint Frères est bien passé en Picardie.