Alençon

(27 220 Alençonnais, 1 068 ha) est la préfecture du département de l’Orne, 100 km au SSE de Caen, au bord de la Sarthe et à la limite de la région. Alençon s’est illustrée dans l’histoire par l’invention d’un point de dentelle considéré comme un perfectionnement du point de Venise, vers 1650, et elle le rappelle par deux musées (de la Dentelle au point d’Alençon, des Beaux-Arts et de la dentelle). L’autre grand musée est consacré au maréchal Leclerc, dont la 2e DB (division blindée) combattit dans la région en 1944. La vieille ville se pare d’un bel ensemble de maisons anciennes (maison d’Ozé, 15e s.; hôtel de Guise), des tours de l’ancien château des ducs abritant palais de justice et hôtel de ville, d’une église flamboyante; nombreuses animations, dont un festival des folklores du monde.

Alençon disposait aussi depuis 1812, en plein centre-ville, d’une halle au blé circulaire de fort belle allure, du début du 19e siècle, couronnée d’une verrière en coupole de 1865, mais qui n’avait plus d’emploi. Elle a été rénovée au cours des années 1990 pour en faire un centre de rencontre, d’information et de formation spécialement ouvert aux «NTIC» (nouvelles technologies de l’information et de la communication). Offrant deux niveaux sur une surface au sol d’environ mille mètres carrés, elle a été abondamment équipée, permettant tous les branchements souhaités, la visio-conférence et le télé-enseignement, et elle reçoit expositions et rencontres professionnelles; l’inauguration a eu lieu en 2000.

Alençon est un centre de services à la hauteur de ses fonctions de préfecture, accueillant un centre hospitalier de 360 lits et un établissement psychiatrique, des cliniques dont une de 120 salariés, des maisons de retraite (dont Korian, 60 sal.); six lycées dont quatre publics, plus un lycée agricole public; IUT, école supérieure du professorat et de l’éducation (ex-IUFM), antenne universitaire, tribunal de grande instance. L’animation de l’agriculture se manifeste par les organismes de crédit et de mutualité, le syndicat de contrôle laitier (170 sal.) et le centre de gestion et de vulgarisation (120 sal.).

En revanche, il lui reste peu de ses traditions textiles et elle a été durement touchée par la fermeture en deux temps de l’usine Moulinex, qui y est née sous le nom de Moulin-Légumes en 1937 et y employa plus de 2 000 personnes; le repreneur Seb ne conserve qu’un magasin d’usine, dont les braderies attirent les chalands.

Quoique limitées par la petite taille de la commune, entourée de plusieurs communes de plus de 2 000 habitants dont certaines dans la Sarthe, les autres productions sont très diversifiées. Une usine de cuves en inox (Goavec Engineering, 180 sal.) est issue d’une ancienne fabrique d’alambics. Soveriso (groupe Devglass), dont le siège est en Vendée, a ouvert en 2002, dans le cadre des opérations post-Moulinex, une fabrique de verres isolants (Vitraglass) de 180 emplois; plastiques Augros (65 sal.), divers ateliers de moins de 50 emplois; découpe des viandes (Elivia 85 sal.), mais l’agro-alimentaire est surtout alentour, avec la fromagerie Riches-Monts de Pacé et l’eau de table Roxane de La Ferrière-Bochard. L’Imprimerie Alençonnaise, qui a eu 130 employés, a disparu en 2005.

Alençon est aussi un centre de commerce et de distribution à large rayon, en raison de sa bonne desserte au croisement de la N12 et de l’axe Caen-Le Mans, renforcée en 2005 par l’achèvement de l’autoroute A28 qui la relie à Rouen (125 km) et au Mans. Un hypermarché Carrefour (160 sal.) est en banlieue à Condé-sur-Sarthe; à Alençon même sont un Super U (65 sal.) et des négoces d’appareils sanitaires Maillard (65 sal.), d’équipements automobiles ADMN (55 sal.); plusieurs fournisseurs du bâtiment dont les Maisons France-Confort (80 sal.), et les sociétés immobilières Sagim (100 sal.) et HLM d’Alençon (60 sal.); travaux publics Colas (55 sal.) et Eurovia (50 sal.); assurances SPB (100 sal.), collecte de déchets Suez RV (70 sal.); transports par bus Veolia (85 sal.).

Alençon était censée animer un ensemble d’activités consacré au moule (pour l’industrie plastique) et à l’emballage, né de sous-traitances de Moulinex et qui s’efforce de lui survivre. Dans la foulée, la Ville et la Chambre de Commerce d’Alençon ont choisi dès 1983 de promouvoir une spécialité industrielle inattendue mais alors en croissance: la plasturgie (industrie des plastiques). Un «pôle Plasturgie» a été lancé en 1985; en 1993 ouvrait à côté de l’Institut universitaire de technologie, sur le campus de Damigny, l’ISPA, Institut supérieur de plasturgie d’Alençon; il forme à tous niveaux, BEP, baccalauréat et diplôme d’ingénieur. Un Institut supérieur du Moule (ISMO) s’oriente vers les techniques des moules pour l’industrie plastique. Un Plastimart tient des rencontres professionnelles dans l’ancienne halle au blé. Ce pôle rassemble bien des industriels, mais ils ne sont ni très nombreux ni de tout premier plan; la plasturgie n’est pas encore une grande spécialité régionale, si l’on compare au pays d’Yssingeaux (Sainte-Sigolène) ou au pays d’Oyonnax, et à bien d’autres régions encore.

La commune d’Alençon avait 13 000 hab. au début du 19e s., 17 000 vers 1900, 22 000 en 1954; sa croissance s’est arrêtée au maximum de 1975, à 33 700 hab.; la population diminue depuis, avec une érosion de près de 5 000 hab. entre 1975 et 1999. Elle a encore perdu 3 160 hab. après 1999. La ville a deux zones urbaines sensibles au nord-est (Courteille) et au sud (Perseigne), qui forment ensemble une zone franche urbaine reconnue en 2003.

La communauté de communes du Grand Alençon a obtenu un statut de communauté urbaine d’Alençon (Alençon (CU d’)) en raison de la crise due à Moulinex; elle compte 56 500 hab. pour 31 communes, dont 5 dans la Sarthe; elle a notamment aménagé l’espace aquatique Alencéa sur les bords de la Sarthe. L’unité urbaine Insee est évaluée à 41 800 hab. (huit communes), l’aire urbaine à 67 800 (56 communes). L’arrondissement, très étiré d’est en ouest le long de la limite sud du département, a 86 900 hab.,111 communes, 171 000 ha.

Les 2 nouveaux cantons d’Alençon ajoutent chacun une commune à une moitié d’Alençon.

Moulinex en Alençonnais. Aucun lieu ne se nomme Moulinex en Basse-Normandie, mais plusieurs ont été très fortement marqués par cette firme, qui y a employé durant près de sept décennies des milliers de salariés, ou plus exactement d’ouvrières. En 1991, la ville d’Alençon a honoré la mémoire de Jean Mantelet, juste après sa mort, en attribuant son nom à une avenue; un peu tard peut-être: c’est à un moment où les choses commençaient à aller vraiment mal pour la firme. Mantelet était Parisien: il avait mis au point un moulin à légumes dans son atelier de Bagnolet en 1932, et en avait été récompensé par le concours Lépine en 1934. C’est en 1937 que, attiré par la demande et le niveau de l’emploi féminin, il installe à Alençon son premier atelier, sous le nom de Moulin-Légumes, qu’il changera en 1956 pour celui de Moulinex; il complète sa gamme en ajoutant un moulin à café en 1954, puis le fameux «robot-Marie» en 1961; l’usine d’Alençon atteint alors jusqu’à 3 000 salariés. Il choisit à ce moment d’essaimer sur l’axe Alençon-Caen, ouvrant la grande usine de Cormelles-le-Royal en 1962, ainsi que les ateliers d’Argentan. Plus tard il ira jusqu’à Bayeux et Saint-Lô, ainsi qu’en Mayenne, attirant quantité de sous-traitants. Cormelles croît très vite, atteignant 3 800 salariés en 1973.

«Les dentellières des villages se muent peu à peu en OS de HLM», écrivait le géographe Armand Frémont en 1976, tandis que le slogan de Moulinex depuis 1961 assurait «libérer la femme». Mais au cours des années 1980 et 1990 la course à la domination mondiale devient ruineuse. Des firmes moins rentables ou insuffisamment compatibles, comme Krupps, sont achetées à grands frais sans que les résultats le justifient, la firme s’endette lourdement et les «moulinex», comme on avait pris l’habitude de désigner les travailleurs, surtout des jeunes femmes, perdent leur docilité. Moulinex finit par produire plus cher que ses concurrents, ses nouveaux patrons échouent à redresser l’entreprise, qui est vendue en 2000 à la firme italienne Elfi des frères Nocivelli, troisième groupe mondial d’électroménager et propriétaire notamment de Brandt — selon une tactique éprouvée, Elfi dépose le bilan dès 2002, éliminant ainsi un ancien concurrent. La firme avait alors pourtant 22 000 salariés, dont la moitié en France.

D’un seul coup il ne reste à peu près plus rien des 10 000 emplois de Basse-Normandie, déjà érodés au fil des années: le repreneur et concurrent bourguignon SEB n’a repris que des usines de Mayenne ou de l’étranger, et s’est délesté des fabriques de moteurs électriques au profit d’Euromoteurs (Carpiquet), entreprise montée par d’anciens cadres salariés mais sans grand succès, et d’ailleurs liquidée en 2007. Le climat social à été tendu dans plusieurs villes, surtout à Alençon, Argentan et Cormelles-le-Royal, et plus d’un sous-traitant a été durement affecté par la crise; certains, comme Marbo (fils électriques pour moteurs), ont même dû fermer. Il n’est plus question de ce qui avait pu apparaître comme un solide «système productif local», Alençon choisissant ensuite de s’orienter vers la plasturgie.