Cherbourg-en-Cotentin

(82 580 hab., 2 502 ha) est une commune nouvelle de la Manche, crée en 2016 par cinq communes. Elle est sous-préfecture, et le siège de la communauté d’agglomération du Cotentin (Cotentin (CA du)).

Cherbourg-Octeville (37 470 Cherbourgeois, 1 426 ha) fut une sous-préfecture du département de la Manche sur le littoral septentrional du Cotentin. La fusion des deux communes et le changement de nom consécutif datent de février 2000, après un référendum rejeté par quatre autres communes voisines mais approuvé à Octeville. Au recensement de 1999, Cherbourg avait 26 750 hab. et Octeville 17 360 (ensemble 44 110), et les superficies étaient voisines (respectivement 691 et 735 ha). Octeville est au SO du centre-ville, à l’ouest de la Divelle, le petit fleuve local. La commune de Cherbourg seule avait atteint 43 000 hab. au début du 20e siècle, puis sa population avait baissé; Octeville au contraire avait eu 4 000 hab. vers 1910, 5 400 en 1954, 9 500 en 1968 et était montée à 16 000 dès 1975. De sorte que les deux ont formé un ensemble assez stable de près de 50 000 habitants durant les trois premiers quarts du 20e siècle, mais où la part d’Octeville était passée de moins du dixième à plus d’un tiers; et cet ensemble a perdu des habitants après 1975, dont 6 640 depuis 1999 (-15%).

Le nom de Cherbourg, d’origine scandinave (kjarr-borg), signifie le «fort des marais»; mais elle a été aussi Coriallo en gaulois (même sens) et, par approximation flatteuse, Caesaris burgus (la ville de César) en latin. La ville ne fut longtemps qu’une bourgade assez exposée, notamment aux invasions anglaises; elle ne s’est vraiment développée que dans la seconde moitié du 19e siècle, à partir de la création du port, engagée en 1783 et terminée seulement en 1853, même si l’avant-port et sa fonction militaire avaient été «inaugurés» en 1813 face à l’Angleterre. Comme pour Brest, et Toulon, la présence d’un préfet maritime et la situation de la ville en limite de département avaient empêché Cherbourg de devenir préfecture de la Manche.

Le port comporte une Petite Rade presque fermée et appuyée sur des conquêtes de terrains en mer, protégée à son tour par une Grande Rade artificielle de 1 500 ha à l’abri de jetées construites sur des hauts fonds, d’abord à partir de cônes tronqués élaborés à terre, étirées sur 9 km, protégées par six forts et percées de deux passes: cela en a fait la plus grande rade artificielle du monde. Le port militaire a été réellement mis en service avec l’arsenal, côté ouest de la Petite Rade, en 1858, en même temps que la voie ferrée Paris-Cherbourg; le port de voyageurs a ouvert en 1869, côté est. L’ensemble compte également un port de commerce, un port de pêche et un port de plaisance (1 560 places, 11 000 escales annuelles): il est donc aussi complet que celui de Lorient. Un casino s’y est ajouté (groupe Cogit, 35 sal.). Un parc éolien en mer a été proposé par l’allemand Enertrag, pour une puissance de 400 MW.

La gare maritime de 1933 abrite une Cité de la mer (50 sal.): grand aquarium, musée et visite du sous-marin Le Redoutable. Si le port de voyageurs a renoncé aux liaisons transatlantiques, il reçoit des paquebots de croisière et il est devenu fort actif dans les liaisons Transmanche, assurées par plusieurs compagnies avec Portsmouth et Poole en Angleterre, Rosslare en Irlande. Néanmoins, il a perdu un peu de son trafic: 1 600 000 personnes en 2002, année record, 749 000 en 2017, dont 620 000 Transmanche (plus 191 000 voitures) et 129 000 en croisière. Le trafic total du port de commerce, longtemps d’environ 4 Mt/an, est tombé à 2,2 Mt en 2009, 1,7 Mt en 2017. Le port de pêche, plus stable, est l’un des deux premiers de la région, le premier en valeur et le second en tonnage après Granville, soit 6 200 t/an.

La ville a de nombreux emplois dans la construction navale, notamment par la DCN (Direction des constructions navales, d’État), devenue en bon français Naval Group, qui emploie 2 260 personnes et dont l’arsenal s’est spécialisé dans la construction de sous-marins et de vedettes militaires. S’y ajoutent les CMN (Constructions mécaniques de Normandie, 330 sal., patrouilleurs et yachts), propriété de l’homme d’affaires libanais Iskander Safa (groupe Abu Dhabi MAR). Se signalent en outre l’imprimerie de presse SCE (quotidien La Manche, 130 sal.), filiale du groupe Ouest-France; les ingénieries Onet (décontamination nucléaire, 150 sal.), Assystem (270 et 50 sal., sous-marins), Euroscript (120 sal.). Le Port de Cherbourg a 170 salariés.

Dans la commune sont un hypermarché Carrefour (180 sal.), un Intermarché (50 sal.), de nombreux magasins; aide à domicile Auxlife (60 sal.); La Poste (80 sal.), gardiennage Securitas (75 sal.), constructions Eiffage (85 sal.); nettoyages Onet (260 sal.) et Elior (120 sal.).

Cherbourg est devenue un centre de services pour tout le Cotentin, avec centre hospitalier de 470 lits, quatre lycées publics et quatre privés, un lycée maritime et aquacole, un campus de l’université de Caen-Basse-Normandie avec un IUT (900 étudiants), des licences de sciences et technologies, langues étrangères, commerce international, une antenne de l’Ensicaen (ingénieurs); école de commerce. La ville dispose également d’un muséum, d’un musée Thomas Henry (Cherbourg et la mer), d’un musée de la Libération. L’aéroport (à Gonneville) n’a toutefois plus de ligne régulière. Deux zones urbaines sensibles ont été reconnues dans la ville: le Maupas à l’est, les Provinces au sud; cette dernière, très étendue, est zone franche depuis 1996. L’arrondissement a 189 900 hab., 151 communes, 166 100 ha. L’unité urbaine de Cherbourg a 83 300 hab. dans trois communes (avec Martinvast et Tollevast) et l’aire urbaine 120 800 (36 communes). Les nouveaux cantons ont conservé le nom de Cherbourg-Octeville; les deux premiers ne couvrent qu’une partie de la ville (16 900 et 16 400 hab.), le troisième une autre partie et neuf communes (17 100 hab.). Mais il existe aussi des nouveaux cantons de Tourlaville et Équeurdreville, qui font partie de la commune nouvelle.

Les quatre autre communes fusionnées en 2016 ont toutes plus de 5 000 hab.

La Glacerie (6 210 Glacériens, 1 870 ha,) est juste au SE de Cherbourg. Son habitat très dispersé commence aux portes de Cherbourg. Elle compte de nombreux employeurs de l’agglomération cherbourgeoise, surtout le gros centre commercial Auchan (320 sal.) accompagné de magasins et de petites entreprises. La Glacerie abrite une institution pour handicapés (Papillons Blancs, 200 sal.) et dispose d’un collège public, un hippodrome, un musée local. Le nom tient à ce que la commune, détachée de Tourlaville en 1901, fut un ancien site de verreries (16e-18e s.), doté d’une manufacture, dont les restes ont été anéantis par les bombardements de juin 1944. Elle avait 2 000 hab. à sa naissance, et ce nombre a été à peu près maintenu jusqu’en 1954; puis elle a grandi, passant les 3 000 hab. dès 1963, les 5 000 en 1974. Elle a augmenté de 710 hab. depuis 1999.

Querqueville (5 240 Querquevillais, 556 ha) est à 6 km au NO de Cherbourg. Elle est, sur la côte, une portion de l’agglomération de Cherbourg; la digue qui ferme la Grande Rade s’ancre à la pointe de Querqueville, que domine un ancien fort. Nombre de petites entreprises y sont établies, en chaudronnerie, mécanique, électricité et constructions navales surtout, certaines en liaison avec la Hague. Depuis la fermeture d’Alcatel en 1995, les principaux ateliers sont l’ACE (chaudronnerie industrielle, 200 sal., association CMN-Entrepose), Endel (mécanique, 120 sal.), plastiques Delplast (75 sal.); bureaux d’ingénierie du groupe Segula (85 sal.).

La ville a un collège public et un château du 18e s. avec parc. La presqu’île plate qui mène à la pointe est un domaine militaire où sont établis le Centre d’instruction navale de la Marine nationale (320 personnes), formant des ingénieurs navals, et l’École des fourriers des armées, depuis 2002 (400 permanents, 3 300 élèves par an; 1 000 lits). Querqueville avait 2 300 hab. en 1906 et sa population était descendue à 1 200 en 1936; elle a nettement augmenté après la guerre, jusqu’en 1990; elle a perdu 380 hab. depuis 1999.

Équeurdreville-Hainneville (17 400 Équeurdrevillais, 1 283 ha) est un ancien chef-lieu de canton, en banlieue ouest de Cherbourg. Elle résulte d’une fusion de 1964, Équeurdreville ayant alors 9 800 hab. et Hainneville 2 200; leur population a augmenté ensuite, du moins jusqu’en 1990, et a perdu 1 160 hab. depuis 1999. L’habitat est en trois groupes, celui d’Équeurdreville contigu à Cherbourg-Octeville, celui d’Hainneville plus à l’ouest sur le plateau, le troisième le long du littoral de la Grande Rade, dont la commune possède un peu plus de 2 km, longés par la route de Cherbourg à La Hague. La ville est dotée d’un centre aquatique, d’un lycée professionnel public (charpente navale) et d’un collège public, d’une polyclinique (140 sal.), une maison de retraite Medotel (Korian, 60 sal.); elle organise un festival du conte. Elle réunit plusieurs entreprises d’ingénierie dont Areva (750 sal.), Cap Gemini (250 sal.), Ardatem (100 sal.), les contrôles Apave (90 sal.)et Socotec (60 sal.), la distribution d’électricité Enedis (90 sal.).

Le nouveau canton d’Équeurdreville-Hainneville est limité à la commune.

Tourlaville (16 260 Tourlavillais, 1 719 ha) est aussi un ancien chef-lieu de canton, mais en banlieue est de Cherbourg. La commune a une portion de la côte, à la pointe des Grèves que prolonge l’île Pelée, sur lesquelles s’appuie l’extrémité orientale de la jetée qui ferme la Grande Rade. On y visite un château renaissance avec un beau parc, le musée maritime Chantereyne. Tourlaville se signale aussi par le port et le fort des Flamands, la plage de Collignon, une Maison du littoral et de l’environnement, l’Institut national des techniques de la mer. Elle a un collège public et un lycée professionnel public; centre nautique et centre de plongée. La commune avait 9 600 hab. en 1954 et a progressé depuis, quoique au ralenti dans les années 1990, puis aurait perdu 1 700 hab. après 1999. Le patrimoine industriel est en rétraction; au-delà de 50 salariés ne se signalent plus guère que la métallerie BST (55 sal.) et les constructions TPC (100 sal.); blanchisserie RLD (50 sal.), traitement de eaux MARC (60 sal.). Dans le tertiaire, dépôt des bus urbains de Cherbourg (Keolis, 120 sal.), un centre Leclerc (350 sal.), un magasin Brico Dépôt (60 sal.), le négoce de quincaillerie Lecouflé (80 sal.); publicité Adrexo (85 sal.), La Poste (70 sal.). Le nouveau canton de Tourlaville a 4 communes, 19 200 hab.