Bretagne

Highslide JS
Les pays en Bretagne

Carte générale de la Bretagne
Carte générale de la Bretagne

Carte administrative de la Bretagne
Carte administrative de la Bretagne

région de France, formée par la réunion des quatre départements des Côtes-d'Armor au nord, du Finistère à l'ouest, d'Ille-et-Vilaine à l'est et du Morbihan au sud. La préfecture régionale est à Rennes. Le Conseil régional est composé de 83 élus, dont 52 de la majorité de gauche (35 socialistes, 6 communistes, 6 Bretagne Écologie, 5 divers gauche), 31 de l’opposition de droite (15 UMP, 7 Europe Écologie Bretagne, 4 UDB, 4 divers droite, 1 Nouveau centre), sans élu du Front national; il est présidé par Jean-Yves Le Drian, député et ancien maire de Lorient, agrégé d’histoire et ancien secrétaire d’État à la mer (1991-1992).

La Bretagne compte 15 arrondissements, 201 cantons, 1 268 communes. Elle couvre 27 209 km2 et a une densité de population sensiblement égale à la celle de la France entière (107 hab./km2). Sa population était de 3 149 700 hab., contre 2 906 000 habitants en 1999 et 2 796 000 en 1990. Son taux de croissance est l'un des cinq meilleurs de France, plus par excédent d'entrées que par croissance naturelle, car le taux de naissances est inférieur à la moyenne française, le taux de mortalité supérieur. La Bretagne se remarque, parmi les régions métropolitaines, par ce dynamisme, un chômage inférieur à la moyenne, un bon taux d'accroissement des revenus des ménages, une faible proportion d'étrangers (ainsi d'ailleurs que d'investissements étrangers dans l'industrie). Elle se signale en outre par un fort taux d'études et de réussite aux examens, une part encore élevée de l'enseignement privé, mais aussi par un taux élevé d'alcoolisme, qui contribue à expliquer la faible espérance de vie moyenne des hommes.

Son produit brut est évalué à 67 milliards d'euros, conforme à son poids démographique (7e en France); mais le résultat par habitant est inférieur à la moyenne nationale (22 280€ contre 25 650, 12e région), et le résultat par emploi est encore moins favorable: 55 800€ contre 64 000, ce qui la classe en 16e position seulement. Les salaires moyens sont également un peu bas, en dépit des progrès récents, et la région n'est que 13e de France pour les revenus moyens des ménages.

La Bretagne se distingue dans les activités productives par la place de l'agriculture, qui est plus du double de la moyenne française (5,4% de la valeur ajoutée contre 2,6); et, plus encore, par la spécificité de cette agriculture, très orientée vers les produits animaux: la Bretagne à elle seule fournit 56% des viandes de porc de la France entière, 47% des œufs, 37% des volailles, 20% des produits laitiers et 19% de la viande de bovins - par comparaison, elle n'apporte que 6% des céréales et 3% des pommes. Les industries agro-alimentaires abondent (61 000 emplois dont 37 000 dans les préparations de viandes, contre 5 000 pour les poissons) et sont structurées en grandes sociétés, certaines d'origine coopérative. En contrepartie, la surabondance de porcheries et autres élevages industriels se paie par des taux de pollution des sols et des eaux maintes fois dénoncés.

Dans les autres domaines, la Bretagne accorde une grande place aux industries des télécommunications et, à un moindre degré, à l'automobile et à la construction navale. Elle est aussi une grande région touristique. Elle a été à l'origine de profonds changements dans les pratiques agricoles, grâce à la puissance de ses mouvements coopératifs, de son syndicalisme agricole et de la formation des jeunes agriculteurs, et a bénéficié de l'activisme de quelques grands entrepreneurs, comme Gourvennec dans l'agriculture et les transports, Bolloré dans l'industrie et les transports, Leclerc et Le Roc'h dans la distribution (centres Leclerc et Intermarchés), Doux, Glon, Bigard ou Guyomarc'h dans l'agro-alimentaire, Yves Rocher dans les cosmétiques, Marzin dans les télécommunications.

La disponibilité en main-d'œuvre bon marché, notamment féminine, a également joué pour beaucoup, attirant dans les années 1960 une certaine «décentralisation» de la croissance et de l'industrie; mais ensuite ces transformations ont changé en profondeur la société bretonne, dont le niveau de formation et de compétence s'est fort amélioré, si le niveau des salaires n'a suivi qu'avec retard. Et la longue tradition d'émigration vers Paris et les métropoles industrielles s'est inversée en excédent d'entrées, de même d'ailleurs que s'est inversée la surnatalité régionale traditionnelle.

La région de Bretagne occupe essentiellement la péninsule bretonne. Des Bretons le lui reprochent; mais c'est qu'il existe plusieurs sortes de «régions», et plusieurs sortes de Bretagnes, qui ne doivent pas être confondues. Le fond de peuplement de la péninsule que l'on nommait l'Armorique, quand la Bretagne était de l'autre côté de la Manche, était formé de cinq grandes tribus celtes au moment de la colonisation gallo-romaine, qui en a largement modifié l'organisation et la culture: la base territoriale en «plou» (plebs) et «gui» (vicus) est bien d'étymologie latine. Si les invasions germaniques, franques notamment, ont presque délaissé la péninsule, celle-ci est devenue le refuge de Bretons que les invasions des Angles et des Saxons faisaient fuir de la «Grande» Bretagne; et pendant un temps de petits royaumes se sont établis des deux côtés de la Manche.

L'introduction de la langue et de la culture bretonnes et la multiplication des saints et autres ermites bretons, qui a changé les noms de bien des communautés locales, sont donc relativement récentes (5e au 9e siècle de notre ère). Elles ont été partielles: on distingue une Bretagne «bretonnante» et une Bretagne «gallo», de part et d'autre d'une limite méridienne allant de l'embouchure du Trieux à celle de la Vilaine environ. La limite est d'ailleurs relative, car le breton a été parlé bien au-delà. Le breton est une langue d'origine celte, qui a incorporé localement des mots d'autres langues celtes et du latin; on le divise habituellement en quatre dialectes, de Léon, Trégor, Cornouaille et Vennetais. Le gallo n'est pas du français, ni même un patois du français, mais une langue romane, qui a évolué parallèlement au français comme l'occitan ou le catalan, en empruntant des tours et des termes celtes et bretons.

Ensuite, s'est peu à peu constituée une fédération de pays, esquissée par Nominoé au 9e siècle, s'affirmant progressivement en duché. Contrairement à ce qui est souvent dit, ce territoire a été intégré dès le 10e siècle à la tutelle des rois de France; mais il lui fut souvent rebelle, au point de se penser «indépendant»; ce fut souvent par la simple stratégie personnelle de ses titulaires, Plantagenêts ou autres, en général de provenance extérieure; et surtout tardivement, au 15e siècle en particulier, ce qui amena l'autorité parisienne à affirmer définitivement son autorité en1532. Les limites de ce duché ont inclus non seulement le pays rennais, mais le pays nantais à partir de la fin du 10e siècle, la diffusion de la culture bretonne ayant gagné partiellement l'embouchure de la Loire au 9e et au 10e s., comme le montrent des changements dans la toponymie, et jusqu'à l'existence d'un «Marais breton» fort loin de la Bretagne actuelle.

Il existe donc au moins trois Bretagnes: la bretonnante, limitée à la moitié occidentale de la péninsule; celle du duché historique, qui inclut le pays nantais, en gros le département de Loire-Atlantique; celle de la région actuelle, issue de l'agrégation de quatre départements autour de la métropole rennaise; et même une quatrième, aux contours indécis, qui serait celle d'une Bretagne indéfinie et de sa diaspora - on disait naguère que Paris était la première ville bretonne, compte tenu de l'ampleur des migrations, et les Bretons sont nombreux à avoir émigré aux Amériques…

Les Révolutionnaires avaient divisé la France en départements à des fins strictement administratives, en oubliant volontairement les provinces, et s'étaient bien gardés de dessiner des régions, qui les eussent rappelées. C'est l'administration des années 1960 qui a jugé utile cette instance, consacrée ensuite directement par les lois dites de décentralisation (1982). Mais l'administration n'avait aucun souci culturel ou ethnique, uniquement celui d'une forme d'efficacité; et elle estimait nécessaire de s'appuyer autant que possible sur de solides métropoles, tout en conservant intacts les départements. Rennes était toute désignée pour diriger une région; Nantes aussi, voire mieux. Elles se sont retrouvées toutes deux capitales régionales de régions administratives: cela n'a rien à voir avec une idée d'appartenance culturelle.

La revendication d'une région de Bretagne incluant la Loire-Atlantique n'a donc aucun sens du point de vue de la gestion du territoire national; elle n'en aurait que dans une France fédérale, fondée sur des communautés autonomes en quête d'identité par une certaine représentation de l'histoire. Sans doute fut-il maladroit d'attribuer à certaines de ces régions des noms d'anciennes provinces, qui n'avaient rien à y faire: les Révolutionnaires avaient été sur ce point plus intelligents, il aurait mieux valu appeler Aulne-et-Vilaine la région de Rennes…

La décentralisation a aggravé la difficulté et relancé les débats en transformant en collectivités territoriales des régions administratives, sans autre forme de procès, et en leur donnant des conseils élus: de ce fait, recherche d'identité et revendications culturelles et historiques ne pouvaient manquer de se lever. D'où le malaise actuel, qui vise essentiellement la Loire-Atlantique; mais, de leur côté, bien des Nantais trouvent excellent d'animer cinq départements «ligériens». La Bretagne historique a été, et la mémoire culturelle a sa raison d'être. Elle est autre chose qu'une région de gestion, et la France n'a que des régions de gestion.

Revenons donc à la Bretagne comme région. Elle a une capitale, mais décentrée - dans la bonne direction néanmoins, c'est-à-dire du côté de Paris, à 2 heures de TGV seulement (Brest et Quimper sont à 4h30). Ses quatre départements n'ont pas la même organisation: deux sont monocentriques, l'Ille-et-Vilaine et les Côtes-d'Armor; deux autres bipolaires, le Finistère et le Morbihan, pour des raisons historiques et fonctionnelles, Brest et Lorient, points forts maritimes, ayant laissé à Quimper et Vannes la fonction préfectorale territoriale. De la sorte, la région est structurée par six agglomérations de premier plan, toutes de plus de 100 000 habitants, et toutes à la périphérie du territoire.

Deux axes majeurs les relient, l'un au nord (Rennes-Brest), l'autre au sud (Rennes-Quimper); mais les pouvoirs locaux s'efforcent d'équiper un troisième axe plus central, quoique secondaire, de Rennes vers Châteaulin par Loudéac et Carhaix; et les liaisons directes entre Rennes et Lorient se sont également améliorées. Ce schéma est complété et infléchi doublement par le poids de Nantes: un axe de circulation direct de Nantes à Vannes qui étend l'attraction de la métropole ligérienne sur toute la côte sud de la péninsule, jusqu'au-delà de Lorient; la nouvelle autoroute dite des estuaires, entre Nantes, Rennes et Caen.

Le territoire de la Bretagne est triplement dissymétrique. D'abord, il oppose l'intérieur et le pourtour, le pays dit des bois (Arcoat ou Argoad) et le pays dit de la mer (Armor ou Arvor). De nos jours, cette opposition est moins de paysages, voire de nature d'activités, que d'intensité de peuplement et d'emplois: l'intérieur continue de se dépeupler, l'extérieur se densifie, concentre les circulations et les attractions, le tourisme, les retraités.

Ensuite, se manifeste une dissymétrie nord-sud, en partie d'origine naturelle. La plate-forme péninsulaire est basculée vers le sud; la côte septentrionale est élevée, à profondes rias; la côte méridionale est plus basse, offre plus de plages, avec des estuaires et des parties basses ennoyées; les fleuves qui vont vers le sud sont plus longs que ceux du nord. Les vents dominants étant de nord-ouest (norois), la côte nord est au flux des dépressions et des pluies, la côte sud en partie «sous le vent», plus ensoleillée et abritée: les formes du tourisme en sont fort différentes, volontiers de visite au nord, de séjour au sud. Inversement, les habitants du nord ont cherché depuis longtemps des formes d'activité innovantes: pêche lointaine, cultures de légumes et de fleurs bénéficiant des effets adoucissants des courants marins tièdes qui prolongent le Gulf Stream (v. Ceinture Dorée), intenses échanges avec les Îles Britanniques.

Le troisième principe de dissymétrie va d'est en ouest: l'est ou Haute-Bretagne puisqu'il englobait la capitale de la province, plus terrien et plus «parisien» à la fois, l'ouest ou Basse-Bretagne plus maritime, plus marqué par la langue et la culture bretonnes, plus attractif pour les touristes, avec cet air de «bout du monde» qu'expriment le mot Finistère et son équivalent breton Penn ar-Bed. Il existe même une quatrième division, que symbolisent, sans les épuiser, les différences politiques au niveau départemental; cette fois la différence serait plutôt de nord-ouest en sud-est. Finistère et Côtes-d'Armor ont des majorités de gauche, Morbihan et Ille-et-Vilaine de droite; ceux-ci ont été marqués par la féodalité et la grande propriété agricole étendues à l'ensemble des campagnes de l'Ouest de la France, et jadis par la résistance à la Révolution, le respect de l'autorité établie; les deux premiers combinent des traditions plus démocratiques et coopératives, la culture des pêcheurs et des ouvriers des arsenaux, un effort déjà ancien vers l'école et l'instruction.

Bien entendu il s'agit de nuances, dans un ensemble dont l'évolution a été très sensible depuis la guerre. En outre, elles se croisent avec des effets locaux diversifiés. Parmi ceux-ci, reliefs et sols ont leur part, mais mineure: à peu près toute la Bretagne s'étend sur le socle du massif armoricain, subtilement strié de bandes parallèles issues des très vieux plissements et des blocs de granite incorporés, ou de la part des schistes dits briovériens (de Saint-Brieuc) un peu plus tendres et ainsi creusés par l'érosion. D'autres viennent de la diffusion des innovations: par exemple, les fortes densités de poulaillers suivent un axe allant du Léon à Redon, alors que les porcheries forment deux ensembles massifs, l'un en Finistère, l'autre avec pour épicentre le Mené et Lamballe, Loudéac et Pontivy, les élevages laitiers étant plutôt du côté rennais, avec une bande septentrionale jusqu'en Trégor.

En outre, de fortes différences viennent de la persistance en Bretagne de la dimension territoriale locale, celle des «pays». Le mot désigne ici au moins trois sortes de territoires. Il y eut des pays historiques, dont les noms se maintiennent, et qui correspondent à des cultures et à des paysages différents; ils viennent d'un jeu subtil entre des situations écologiques, des peuplements (tribus celtes, migration bretonne, etc.), une structuration féodale et ecclésiastique (les diocèses), voire des demandes et pressions extérieures. On distingue à cet égard volontiers en Bretagne une bonne demi-douzaine de grands «pays»: la Cornouaille, le Léon, le Trégor, le Penthièvre, le Vannetais, un pays de Saint-Malo et un pays de Rennes; et de plus petites unités de l'intérieur comme le Mené, le Poher, le Pourlet ou le Porhoët.

Une autre catégorie, plus subtile, se rapporte à des «pays» (le terme est généralement employé) plus petits, plus ou moins des subdivisions des précédents, surtout en Bretagne occidentale, qui se distinguent par des différences culturelles souvent imperceptibles de l'extérieur, une façon de danser, un détail de costume, un accent, voire une façon d'être: pays Fanch, pays Fisel, pays Glazik, pays Duig, pays Dardoup, etc. La Cornouaille à elle seule en aurait plus de quinze et, face à ce qui fut considéré comme le rouleau compresseur de la «francisation», les autorités locales sont très attentives à mettre en valeur ces différences, prises comme autant de manifestation d'identité et ainsi renouvelées, même si certaines ne datent guère que du 19e siècle.

Enfin, les lois récentes sur la coopération des collectivités locales ont amené les communes à se réunir en communautés de communes, et celles-ci en «pays», un terme devenu officiel et qui malheureusement coexiste avec les autres, alors qu'il eût été si simple de parler de districts, de rayons, de cercles, voire d'arrondissements avec lesquels d'ailleurs ils coïncident plus ou moins. Dans ces domaines, la Bretagne avait été pionnière: voici un bon demi-siècle que la question du «pays» y a été posée; elle a été la région française qui s'est le plus tôt décidée; presque toutes ses communes ont adhéré, la Bretagne est désormais structurée en 21 pays. Peu, pourtant, ont adopté des noms de tradition, sinon le Trégor-Goëlo et la Cornouaille; la plupart (15 sur 21) se sont contentés d'un nom de ville, éventuellement assorti d'un élément publicitaire plus ou moins justifié (Porte de Bretagne ou Cœur de Bretagne), et même là où la culture de pays historique est restée forte (le Léon se retrouve «pays de Brest»); deux sont très pauvrement dénommés «Centre-Bretagne» et «Centre-Ouest-Bretagne». La structure est trop récente pour qu'une idée très claire sur leur rôle réel ait pu se faire; à plus forte raison sur ce qu'ils changeront réellement. Mais l'attachement à ces 115 communautés et à ces 21 pays semble plutôt supérieur à ce qui se fait dans les autres régions françaises.

De même, la Bretagne sait combiner assez harmonieusement des attitudes qui surprendraient ailleurs: un vote à gauche qui s'est nettement affirmé en 2004, un recours maintenu à une forte part d'écoles confessionnelles y compris dans les collèges et lycées et l'enseignement agricole, un mouvement coopératif solide et diversifié capable d'évoluer en entreprises ou consortiums géants, un renouveau des efforts en faveur de la langue bretonne y compris dans un mouvement scolaire officiellement reconnu (écoles Diwan), ainsi que des traditions de festivités, seraient-elles appliquées à des musiques d'origine externe (des fest noz au festival des Vieilles Charrues de Carhaix).

De nombreux sites Internet sont évidemment consacrés à la Bretagne. Parmi ceux-ci, le site géographique Geobreizh fournit de nombreuses informations sur les pays traditionnels, communes et noms bretons: http://www.geobreizh.com. Sur les pays officiels et leur contenu, http://www.bretagne.pref.gouv.fr/sections/amenagement_transpo/les_pays/les_pays/, site de la préfecture de région, est riche d'informations et de cartes.