Chinon

8 540 hab. (Chinonnais) dont 460 à part, 3 902 ha dont 230 de bois, sous-préfecture d'Indre-et-Loire à 45 km SO de Tours, sur la rive droite de la Vienne. Chinon, «ville insigne, ville noble, ville antique, voire première du monde», pour Rabelais, «Chinon, petite ville grand renom» selon son vieux blason transcrit par Rabelais au Cinquième Livre, est une petite cité plutôt tranquille au pied de sa célèbre et vaste forteresse démantelée de 400 m de long, aux nombreuses tours. Le «château» domine la Vienne, conserve un donjon et contient une forme de parc aux multiples ressources, ainsi qu'un musée Jeanne d'Arc; il se divise en trois sous-ensembles, le fort du Coudray à l'ouest, le château du Milieu, le fort Saint-Georges à l'est, par où l'on entre. Il reçoit environ 100 000 visiteurs par an et vient d'être l'objet d'une rénovation réussie. Henri II Plantagenêt puis son fils Richard Cœur de Lion s'y éteignirent (1189 et 1199), Charles VII y installa sa cour en 1427, Richelieu en devint le maître. En contrebas, la vieille ville présente de nombreuses maisons anciennes, un musée du Vieux Chinon, ainsi qu'un musée du vin et de la tonnellerie, un musée des arts et traditions populaires en cavernes troglodytiques, une Maison de la Rivière.

Chinon est une ville bien équipée, «station verte de vacances», qui a diversifié ses activités; elle a un collège public, collège privé, lycée public et lycée privé, lycée professionnel public, clinique (70 lits), institut médico-éducatif (60 places), centre d'aide par le travail, plusieurs maisons de retraite; l'hôpital est un peu à l'écart au nord-est, dans les bois de la commune de Saint-Benoît-la-Forêt, où il emploie un millier de personnes. Chinon honore son vignoble d'AOC, célébré par une confrérie des Entonneurs rabelaisiens qui se réunit sous les voûtes des Caves Peintes, déjà célébrées par Rabelais (les Caves Painctes), et bien entendu le folklore rabelaisien et ses épopées. Le vignoble d'AOC a été délimité en 1937 sur 1 800 ha, touchant 19 communes, dont quelques-unes au sud de la Vienne; il produit environ 100 000 hl par an, presque entièrement en rouge (cabernet franc, dit breton); les viticulteurs de la commune déclarent 340 ha cultivés.

Chinon a peu d'industrie, mais compte 700 emplois sur trois zones d'activités: maintenance nucléaire Techman (groupe Onet, 240 sal.), Plastiques (Plastivaloire, 40 sal.), emballages en bois Sib (45 sal.), menuiserie (Ébénisterie de Chinon-Arfeo, 35 sal.), charpentes (Boussiquet, 30 sal.); armatures pour bétons TMJ (25 sal.); viandes de volailles et traiteur Delpeyrat (ex-Loeul Piriot, 35 sal.). Dans le tertiaire, expertise comptable Soceco (30 sal.), centre Leclerc (95 sal.) et supermarchés U (45 sal.) et Intermarché (25 sal.); dans le bâtiment et les services associés, travaux publics Eurovia (35 sal.) et Hégron (30 sal.), maçonneries Jaillais (50 sal.), Pinon (50 sal.), Desbourdes (20 sal.), espaces verts des Artisans Paysagistes (25 sal.), nettoyage urbain Sita (45 sal.), un centre d'aide par le travail (35 sal.).

La population communale s'est tenue entre 6 000 et 7 000 hab. durant tout le 19e s., avant de baisser un peu (5 500 hab. en 1931), puis a crû à nouveau dans la seconde moitié du 20e s., du moins jusqu'en 1982; elle a été assez stable ensuite, mais vient de perdre 580 hab. entre 1999 et 2008. Le maire est Jean-Pierre Duvergne, socialiste, qui a succédé en 2007 à Yves Dauge, devenu sénateur socialiste avant de se retirer en 2011.

Le finage de Chinon s'étend des deux côtés de la Vienne. Au sud, il contient le faubourg Saint-Jacques et l'hippodrome de Grigny, et va jusqu'au sommet des collines du coteau de rive gauche, au pied duquel sont les châteaux de Vaugaudry et de Parilly. À l'est sur la rive droite, il englobe une part de la plaine du val de Vienne. Au nord-est, il touche à la forêt de Chinon; au nord-ouest, de petites buttes dites puys du Chinonais, restes d'un pli anticlinal du Véron, portent des formes de végétation subméditerranéenne sur des sables du turonien supérieur (buttes du Chinonais); le lycée agricole de Tours-Fondettes y a une exploitation agricole en vignes aux Fontenils, avec château et internat. De nombreuses carrières de tuffeau ont été exploitées en forme de cavernes et fournissent quantité de sites troglodytiques, non sans dangers comme lors de l'effondrement d'août 1921 à la porte du château.

La forêt domaniale de Chinon (5 230 ha) se situe au nord-est de la ville, sur le bas plateau couvert d'argile à silex entre Vienne et Loire, et presque entièrement dans le canton d'Azay-le-Rideau. Chinon est le siège de la communauté de communes Rivière-Chinon-Saint-Benoît-la-Forêt, qui n'associe que ces trois communes (10 100 hab.). L'unité urbaine Insee est donnée pour 8 200 hab., mais curieusement Chinon semble dépourvu d'«aire urbaine». L'arrondissement a 84 700 hab., 7 cantons, 87 communes, 169 415 ha. Le Chinonais est l'un des quatre pays officiels du département de l'Indre-et-Loire; il est formé de 81 communes relevant de 8 communautés, pour 71 600 hab. et 1 490 km2; le siège est à L'Île-Bouchard.

Le canton de Chinon a 19 600 hab. (comme en 1999), 15 communes et 23 756 ha dont 4 932 de bois; limité au nord par la Loire, il est voisin des départements du Maine-et-Loire et de la Vienne et englobe la plus grande partie de la forêt domaniale de Fontevraud. La moitié nord, entre Loire et Vienne, correspond au petit pays de Véron. Beaumont-en-Véron, Savigny-en-Véron et Avoine y forment une agglomération d'habitat presque continu et de quelque 6 000 habitants.

Le finage de Savigny-en-Véron (1 500 hab., 2 131 ha dont 272 de bois) touche peu à la Vienne par un curieux paysage très bocager à étroites parcelles, mais s'ouvre largement sur la rive gauche de la Loire; on y cultive 254 ha de vignes; restes d'une villa gallo-romaine et d'un ancien château fort de Matefelon, châteaux des Places (16e, 17e et 19e s.), d'Orval (16e et 19e s.), de la Herpinière à Fougères (17e s.). Une plate-forme logistique du groupe de distribution Système U, couvrant 18 départements, s'y installe avec plus de 200 salariés (280 en 2010), à la limite de la zone industrielle d'Avoine. La commune se nommait simplement Savigny jusqu'en 1955; elle avait à cette date 900 hab., contre 1 800 un siècle auparavant, puis sa population a augmenté jusqu'en 1990 et à nouveau depuis 1999.

C'est sur le territoire d'Avoine, sur la rive gauche de la Loire, qu'a été installée la centrale nucléaire dite de Chinon. Plus en amont, à 8 km au nord de Chinon, Huismes (1 560 Huismois, 2 382 ha dont 250 de vignes) est un village intéressant, aux nombreux châteaux et maisons anciennes, dont les châteaux d'Usage (15e et 16e s., 18e et 19e s.) et Bonnaventure (15e s.), Beaulieu (15e-16e s.), Contebault (16e-17e s.), Lavillaumer (15e et surtout 19e s.), la Poitevinière (19e s.) dans un grand parc, et qui conserve également des restes d'une villa antique; beau lavoir aux fontaines d'Auzon. L'ancienne maison habitée de 1955 à 1964 par Max Ernst et Dorothea Tanning est aménagée en un agréable musée privé. Le village est perché sur le plateau et son nom dérive d'Oxima, qui désignait une hauteur. Le finage ne touche la rive gauche de la Loire que sur une étroite bande au nord-est, au hameau de l'Île-Saint-Martin; le finage de La Chapelle-sur-Loire, village de rive droite, empiète en effet sur la rive gauche; tandis que l'Indre coule le long du coteau méridional du Val, à travers tout le nord de la commune d'Huismes, qui est donc sur Indre bien mieux que sur Loire. La population communale a fluctué entre un maximum de 1 700 hab. vers 1870 et un minimum de 1 000 hab. en 1936, et encore en 1975; elle s'est accrue de 150 hab. entre 1999 et 2008.

À la pointe nord-ouest du canton, juste à la confluence de la Vienne et de la Loire et à la limite de l'Anjou, Candes-Saint-Martin (220 Candais, 577 ha) porte à la fois le nom gaulois du confluent (condate) et, depuis 1949 seulement, celui du saint hungaro-tourangeau qui y mourut en 397. C'est un joli village très riche en maisons anciennes et restes monumentaux, qui fait partie des «plus beaux villages de France»; grosse église collégiale classée des 12e-13e s., fortifiée au 15e ; ancien château des archevêques de Tours (15e au 17e s.). Le finage s'étend à la fois sur le plateau de tuffeau à l'ouest, où se dresse le moulin Saint-Michel, et sur le bas éperon de confluence entre Loire et Vienne; la commune a 17 ha de vignes.

Saint-Germain-sur-Vienne (370 hab., 1 536 ha dont 480 de bois), 3 km au sud-est de Candes sur la rive gauche de la Vienne, a des habitations troglodytes, une partie de la forêt et du camp militaire de Fontevraud et plusieurs châteaux dont le Petit Thouars (15e, 17e et 19e-20e s.). Le village a une église en partie des 8e et 11e s. et un petit chantier naval a repris la fabrication de bateaux de Loire; le hameau de la Chaussée au sud-est du village en bord de Vienne conserve un pont romain; la commune n'a que 21 ha de vignes. Le petit village de Couziers (110 hab., 1 205 ha dont 650 de bois) est à 4 km au SSO; son finage prend une bonne part de la forêt et du camp de Fontevraud et s'insinue au nord entre ceux de Candes et de Saint-Germain, jusqu'à la rive gauche de la Vienne; château de la Trochoire (17e-18e s.) et plusieurs maisons de notables protégées (17e-18e s.), notamment au Petit et au Grand Lessigny.

Le village de Thizay (270 hab., 692 ha) est au pied du coteau de rive gauche de la Vienne à 5 km au SE de Saint-Germain et à 10 km à l'ouest de Chinon; le finage atteint au nord-est de la Vienne et a des peuplements de chênes-verts; châteaux de la Grande Gaudrée (15e-16e s.), de Frau (15e au 17e s.) et de Vaumenaise (15e au 18e s.), un dolmen. Couziers et Thizay n'ont guère de vignes. Au sud de Thizay, Lerné (350 hab., 1 636 ha dont 850 de bois) a une part de la forêt de Fontevraud et offre, outre les châteaux de Chavigny (17e et 19e s.), Sassigny (15e-17e s.), Maulévrier (16e et 18e s.) et Saint-Michel (17e et 19e s. sur base du 14e s.), une église en partie du 12e s. Le village a été agréablement restauré dans le respect de l'architecture ancienne et propose un musée de la Boule de Fort, avec boulodrome; le finage n'a que 11 ha de vignes; Lerné est le siège de la communauté de communes de la Rive Gauche de la Vienne (9 communes, 3 000 hab.).

Seuilly (430 Sullaciens dont 50 à part, 1 573 ha dont 275 de bois) est un village connu, situé dans un vallon affluent du Négron à 9 km au sud-ouest de Chinon. Il offre au moins trois intérêts: une ancienne abbaye (vers 1100) en cours de restauration, qui abrite le CPIE (Centre permanent d'initiatives pour l'environnement) Touraine-Val de Loire; la célèbre Devinière, maison de la famille de Rabelais où naquit François vers 1490, avec un musée qui reçoit 14 000 visiteurs par an; et, au sommet d'une forte colline, le château du Coudray-Montpensier, du 15e s., restauré au 20e s., notamment par l'avionneur Latécoère qui l'avait acheté en 1930, après le poète Maeterlinck; ses beaux jardins à la française étaient à l’abandon mais sont en voie de restauration à l'initiative du nouveau propriétaire. Juste à côté, le département de Paris entretient un institut médico-éducatif pour 110 enfants et adolescents.

Cinais (450 Cinaisiens, 877 ha) est juste au nord de Seuilly dans les collines; son finage s'étend au nord dans le val de Vienne jusqu'à la rivière et n'a pas plus de vigne que les précédents; les maisons du village ceinturent l'éperon de l'ancien oppidum gaulois du Camp de Cinais, dit aussi camp des Romains, et plusieurs sont anciennes, dont la maison de notable de la Bourdillière (14e s., restaurée). Les prairies de Pontille, à Cinais, devaient être jadis réputées pour leurs élevages: «les célèbres oyes de Pontille renommées en Chinois» (Livre V, XV) «Et dix-sept mille neuf cent treize vaches de Pautille et de Brehemond furent réquisitionnées pour son allaitement ordinaire», assurait Rabelais à propos du bébé Gargantua.

La Roche-Clermault (510 Clérimaldiens, 1 803 ha dont 450 de bois) est au bord du Négron, mais sur la rive droite, à 7 km au SO de Chinon; on y cultive 78 ha de vignes; transports par autocars (Archambault, 70 sal.), fabrique de solvants salés (Chimirec, 35 sal.); châteaux de la Bonnellière (début 17e et fin 18e s.) et de Chargé (16e et 18e s.), nombreuses caves et troglodytes, dont le vaste réseau souterrain du château du 17e s. Vers le nord, le finage communal envoie une queue qui atteint presque la rive de la Vienne, le long de la route de Chinon. Plus au sud, Marçay (480 Marcéens, 2 135 ha dont 700 de bois), dans les collines à 8 km au sud de Chinon, est la commune la plus méridionale du canton; château des 15e et 17e s. au village, château du 15e au 20e s. devenu hôtel (60 sal.), grange aux dîmes de Fontevraud; la commune n'a guère de vigne.

Rivière (700 Riviérois, 366 ha dont 57 de vignes), 4 km au SE de Chinon sur la rive gauche de la Vienne, a un petit finage de plaine qui englobe une très étroite bande le long de la rive droite de la rivière. La Veude rase le village à l'est, à son confluent avec la Vienne; église du 11e s., château du 19e s.; maçonnerie (Leconte, 25 sal.); la commune n'avait que 320 hab. en 1968 et croît depuis comme une petite banlieue de Chinon (+60 hab. de 1999 à 2008). La plupart des autres villages au sud de la Vienne ont connu un minimum de population dans les années 1930 à 1970 et sont restés stables depuis, ou en très légère croissance récente.

Nombre de ces lieux sont plusieurs fois cités dans les œuvres de Rabelais: «À ce faire convièrent tous les citadins de Sainnais [Cinais], de Suillé [Seuilly], de la Roche Clermaud, de Vaugaudray, sans laisser arrières le Coudray Montpensier, le Gué de Vede et autres voisins; tous beuveurs, bons compaignons et beaux joueurs de quille-là» (Gargantua, chap. 4); ou encore: «En ces mesmes jours, ceulx de Bessé, du Marché Vieux, du bourg Sainct Jacques, du Trainneau, de Parillé, de Riviere, des Roches Sainct Paoul, du Vaubreton, de Pautille, du Brehemont, du Pont de Clam, de Cravant, de Grandmont, des Bourdes, de La Ville au Mère, de Huymes, de Sergé, de Hussé, de Sainct Louant, de Panzoust, des Coldreaux, de Verron, de Coulaines, de Chosé, de Varenes, de Bourgueil, de l'Isle Boucard, du Croulay, de Narsy, de Cande, de Montsoreau et aultres lieux confins, envoierent devers Grandgousier ambassades pour luy dire qu'ilz estoient advertis des tordz que luy faisoit Picrochole» (Gargantua, chap. 47).