Nord-Pas-de-Calais (région)

Carte administrative du Nord-Pas-de-Calais
Carte administrative du Nord-Pas-de-Calais

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région officielle de la France, la plus septentrionale de son territoire. Elle est formée par les deux départements du Nord et du Pas-de-Calais et a pour chef-lieu Lille. Elle s'étend sur 12 414 km2 entre la frontière de Belgique qui la borde au nord et à l'est, et la région de Picardie au sud. Elle ouvre au nord-ouest sur les littoraux de la mer du Nord et de la Manche, séparés par le cap Gris-Nez et qui font face aux côtes anglaises au-delà du pas de Calais. La région affiche un grand nombre de communes (1 547), dont les territoires sont d'une superficie nettement au-dessous de la moyenne nationale (802 ha en moyenne au lieu de 1 520 ha). Elles forment 156 cantons et 12 arrondissements. Elles se sont volontairement regroupées en trois communautés urbaines (Lille, Dunkerque et Arras) et onze communautés d'agglomération qui rassemblent les deux tiers de la population, plus 81 communautés de communes, elles-mêmes associées en onze pays; 18 scot (schémas de cohérence et d'organisation du territoire) sont élaborés; certaines études et statistiques divisent la région en 15 zones d'emploi, 19 régions agricoles.

Le Conseil régional comprend 113 élus, dont 73 de gauche (52% des suffrages), 22 de droite (28%) et 18 du Front National (20%); il est présidé par Daniel Percheron, socialiste, également sénateur, ancien professeur d'histoire et géographie. La région additionne 38 députés dont 23 socialistes et 2 communistes à gauche, 12 UMP et 1 Nouveau Centre à droite; 17 sénateurs, dont 6 socialistes, 2 communistes et 1 Vert à gauche; 5 UMP, 1 Union centriste et 2 non inscrits à droite.

La population régionale estimée pour 2006 est de 4 043 000 habitants, ce qui représente une densité de 326 hab./km2, de loin la plus élevée en France hors agglomération parisienne, au niveau des densités de peuplement de la grande dorsale ou mégalopole européenne, dont la région fait d'ailleurs partie. Le Nord-Pas-de-Calais poursuit sa croissance démographique. La population était de 2 720 000 hab. en 1896, 3 203 000 en 1936; elle est montée à 3 660 000 en 1975, 3 965 000 en 1990, 3 997 000 en 1999.

Le Nord-Pas-de-Calais a une forte vitalité démographique, les naissances (56 200 par an, soit un taux de 1,39 pour 100 habitants) l'emportant largement sur les décès (35 400, environ 0,88%); cela tient à la fois à la fécondité élevée des ménages, à la jeunesse de la population et au fort taux d'urbanisation. Mais le bénéfice (solde de 0,51%, environ 20 800 personnes par an) est presque entièrement compensé par un solde migratoire assez fortement négatif: la région reçoit bien moins d'arrivants qu'elle ne perd de partants, surtout à partir d'un certain âge; le solde migratoire est évalué à 0,37% par an, soit un déficit de 15 000 personnes, ce qui ne laisse guère qu'une croissance d'environ 6 000 habitants par an, supérieure toutefois à celle des années 1990.

La région est l'une des plus actives de France, avec un produit brut annuel de quelque 100 milliards d'euros, derrière l'Île-de-France, Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur. Mais elle est dans les trois dernières pour le produit brut par habitant, juste devant la Picardie et Languedoc-Roussillon, et n'est que treizième pour le produit par emploi. Elle reste en effet profondément marquée par le poids ancien et la crise des industries des générations précédentes, houillères et chimie dérivée, sidérurgie et textile, ainsi que par les modes de logements auxquels ces activités étaient associées, par les contrastes sociaux qu'elles ont entraînés, par les immigrations qu'elles avaient suscitées.

Le Nord-Pas-de-Calais est la région de France qui a la plus forte proportion de familles pauvres, le plus d'assistés par le revenu minimum d'insertion («érémistes»), le plus de chômage aussi. Les reconversions ont amélioré son tissu économique, et ces indicateurs ne témoignent pas d'un recul récent, la région ayant même gagné, par rapport à 2003, une place dans le produit brut par habitant en précédant la Picardie, et une dans le produit par emploi en passant devant les Pays-de-la-Loire; mais elle peine à rattraper ses retards et reste un endroit faible de la grande mégalopole européenne.

Néanmoins, outre la fécondité et la jeunesse de ses habitants, elle a quelques points forts, notamment dans la grande distribution et la vente par correspondance (1re en France), l'automobile (3e), certaines productions de haute technologie. Elle se classe première en France pour le textile, la métallurgie, la construction ferroviaire; deuxième pour l'imprimerie et l'édition, ainsi que pour les activités logistiques, troisième pour la chimie. Même le «tourisme» n'y est pas négligeable, et entretient 36 000 emplois, bien qu'il s'agisse surtout du «tourisme d'affaires», c'est-à-dire des voyages d'affaires et de congrès; les stations de la Côte d'Opale au sens large y apportent une contribution discrète, et la région soigne ses espaces verts et ses attractions locales, sans doute moins au bénéfice des visiteurs forains que de ses propres habitants, ce qui certes n'est pas inutile. La pêche apporte 67 000 t de poisson et emploie 1 100 marins et 240 navires, Boulogne traitant en outre les prises d'autres ports (300 000 t/an).

Le Nord-Pas-de-Calais fait également figure de riche région agricole, partagée entre la grande culture du style Bassin parisien, ou plus précisément picard, et les cultures intensives des maraîchages de Flandre et des périphéries urbaines. Elle est en première place en France pour les pommes de terre et les endives, 3e pour la betterave et les légumes, 4e pour les céréales et 5e pour le lait. Le produit total de l'agriculture est d'environ 2,3 milliards d'euros (13e en France) dont deux tiers au titre des végétaux. Les principales productions en valeur sont dans l'ordre les pommes de terre (424 M€), le lait de vache (340 M€), le blé (250 M€), les légumes frais (243 M€), les gros bovins (166 M€), les betteraves à sucre (129 M€). La région compte 700 000 bovins et produit 12 millions d'hectolitres de lait annuellement, 4,2 Mt de viandes (tous animaux). Surtout, la région est très bien placée dans l'industrie agro-alimentaire (2e de France), qui emploie autant de personnes que l'agriculture tout entière (environ 35 000) et dont le produit est plus de trois fois supérieur (8,2 milliards d'euros). En contrepartie, la région est l'une des moins forestières de France, avec 90 700 ha de bois (7,3% de la surface totale, 118 000 avec les peupleraies), surtout du côté ardennais. L'agriculture occupe 830 000 ha, soit les deux tiers de la superficie de la région; 660 000 sont en labours, 170 000 en herbe. Dans les labours, 270 000 ha sont en blé, 68 000 en orge et escourgeon, 56 000 en betteraves, 46 000 en pommes de terre.

Le territoire régional associe sept unités distinctes. La plus peuplée est celle de l'agglomération métropolitaine, fédérée dans une communauté urbaine de Lille qui inclut Roubaix, Tourcoing et Villeneuve-d'Ascq; c'est aussi la partie la plus dynamique, en dépit des reconversions et des situations souvent difficiles de l'ancien tissu industriel et ouvrier de Roubaix et de Tourcoing; les villes de la frontière au bord de la Lys peuvent lui être rattachées. La deuxième par le peuplement correspond à l'ancien bassin houiller, qui s'étire sur 120 km de Valenciennes à la haute Lys, par le Douaisis, la Gohelle et le Béthunois; elle s'apparente à la précédente par les fortes densités urbaines, mais s'en éloigne par le fait que la population y a sensiblement diminué depuis plusieurs décennies, et que les difficultés des reconversions et de l'emploi y ont été plus aiguës en dépit de quelques implantations massives dans l'industrie de l'automobile et dans les plates-formes logistiques. Une troisième, plus extravertie, correspond au littoral, soutenu par trois agglomérations de taille comparable mais relativement spécialisées, Dunkerque, Calais et Boulogne-sur-Mer, les deux premières sur la mer du Nord. Une nouvelle université renforce la cohésion de cette côte d'Opale au sens large, à laquelle Berck et Le Touquet apportent au sud une dimension touristique originale.

Les quatre autres éléments ont de plus larges horizons ruraux, bien que leur taux général d'urbanisation reste élevé. Entre Dunkerque et la Lys s'étend la plaine flamande, marquée par ses paysages, ses canaux, sa culture et ses noms originaux, et par une agriculture intensive orientée vers le maraîchage et l'industrie agro-alimentaire. Entre Lys et Escaut et hors de l'urbanisation lilloise, les plaines sont un peu plus bosselées et davantage tournées vers la grande culture, tout en fournissant de très nombreux travailleurs aux bassins urbains de Lille, de Douai et de Valenciennes; un parc naturel Scarpe-Escaut, le premier créé en France dès 1968, a réussi à y trouver place pour protéger une réserve de verdure et quelques écosystèmes originaux, humides et forestiers, tandis que Saint-Amand-les-Eaux y maintient la curiosité d'une station thermale. Vers l'est, l'ensemble formé par le massif ardennais et ses bordures, traversé par la vallée de la Sambre, a des altitudes un peu plus relevées et des activités diversifiées, mais toutes un peu en marge et une population déclinante: bassin industriel de Maubeuge en grande difficulté, forêts de plateau (dont la grande Mormal) et sites de tourisme «vert» des vallées encaissées du massif, bocages herbagers de l'Avesnois; vers le sud en Thiérache, on y passe toutefois par transitions à la grande culture de la proche Picardie.

Celle-ci domine dans tout le reste de la région, du Cateau-Cambrésis aux abords du Boulonnais, royaume des grandes fermes de céréales complétées par les protéo-oléagineux et la betterave à sucre, grandes, nues et espacées en Cambrésis et Arrageois par le seuil de Bapaume, plus intensives et avec plus d'élevages sur les collines plus fermement dessinées du Ternois et du Haut-Pays d'Artois à l'ouest. Arras et Cambrai y fournissent les grands points d'ancrage urbains, le reste se dispersant en une foule de minuscules communes et de bourgades de poche, dont les populations déclinent encore souvent.

Trois grands axes venant de Paris desservent la région. Le premier, le principal, profite du seuil de Bapaume, un peu déprimé entre les hautes collines de l'Artois et de l'Ardenne, et situé sur l'axe le plus direct entre Paris et Lille: l'autoroute A1, la principale voie ferrée, la ligne ferroviaire à grande vitesse, les canaux de Saint-Quentin et du Nord s'y concentrent. Les autres assurent les liaisons directes entre Paris et la Meuse par la Sambre (voie ferrée, A 2, canal de la Sambre à l'Oise) et entre Paris et le littoral, plus la Grande-Bretagne au-delà (voie ferrée, N 1, A 16). On attend en outre la grande liaison fluviale Seine-Escaut, ou canal Seine-Nord-Europe, longtemps différée, finalement déclarée d'utilité publique en septembre 2008 mais qui n'en est qu'au stade des fouilles archéologiques.

Ce dispositif avait pour inconvénient de diviser la région en orientant chacun de ses grands sous-ensembles vers Paris, voire partiellement vers la Flandre belge, Bruxelles et les bassins wallons. La région a néanmoins réussi à se doter depuis la dernière guerre des liaisons transversales fortes qui lui manquaient et qui lui ouvrent d'autres horizons: un ensemble de voies NO-SE comportant le canal à grand gabarit Dunkerque-Escaut, l'A 26 vers la Champagne et Lyon, l'A 25 de Lille à Dunkerque, le TGV de Lille à Calais et vers le tunnel sous la Manche, et même naguère la liaison ferroviaire Valenciennes-Thionville qui facilitait les échanges entre Nord et Lorraine, mais dont l'usage a chuté avec la fermeture des houillères et de nombreuses aciéries. Quelques voies rapides vers la Normandie et la Basse-Seine se sont également esquissées, avec l'A 28, mais il manque encore un maillon entre Amiens et Arras-Lille. Il est certain que l'intégration européenne contribue à changer l'ambiance et ouvre à la région Nord-Pas-de-Calais de larges perspectives, non seulement comme région de transit mais comme centre d'activités, que le dynamisme de Lille permet d'imaginer au meilleur niveau.