Normandie (Basse-)

Carte administrative de Basse-Normandie
Carte administrative de Basse-Normandie

région de France en bordure de la Manche à l'ouest de la Seine, composée des trois départements du Calvados (14), de la Manche (50) et de l'Orne (61). Elle a pour chef-lieu Caen et s'étend sur 17 589 km2, soit 3,2% de la France métropolitaine, pour 2,4% de sa population: la densité moyenne, 82 hab./km2, est inférieure d'un bon quart à la moyenne nationale. La population était de 1 422 000 habitants en 1999 (contre 1 391 000 en 1990) et elle est évaluée à 1 467 000 habitants en 2008, une croissance modérée (14e région française) entièrement due au solde naturel (excédent de naissances sur les décès), car le solde migratoire est estimé à peu près nul.

La région a pour président Laurent Beauvais, socialiste, également président de la communauté de communes d'Argentan, qui a succédé à Philippe Duron, député-maire de Caen. Le Conseil régional compte 47 membres, dont 15 socialistes, 9 membres du groupe Europe-Écologie, 4 du groupe radical de gauche, 4 du groupe communiste pour la majorité, 12 du groupe UMP, 3 du groupe centriste pour la minorité; il siège à l’Abbaye-aux-Dames de Caen. En revanche, la masse des députés et des sénateurs est de droite: il n’y a actuellement qu’un seul sénateur et trois députés socialistes sur 22 parlementaires

La Basse-Normandie est rarement en position extrême sur les différents indicateurs sociaux et économiques des régions françaises, mais se remarque cependant par quelques points. Elle tient une place discrète par son produit brut annuel, qui est d'environ 30 milliards d'euros, d'autant que le résultat par emploi est l'un des plus faibles de France, l'avant-dernier même devant le Limousin. Cela tient à la faible proportion de cadres et chefs d'entreprise (dernier rang), à la forte place de l'emploi agricole (premier rang) et des ouvriers qualifiés (2e): l'emploi industriel est dans une bonne moyenne, mais il est celui d'une région d'industries «de main-d'œuvre», où l'encadrement est minimal et où les salaires sont bas (l'une des trois régions où ils sont les plus faibles). C'est aussi l'une des dernières régions pour le taux de création d'entreprises et pour la place des transports dans l'activité et l'emploi. Les niveaux de formation restent parmi les plus faibles, avec une forte proportion de titulaires de CAP (certificats d'aptitude professionnelle) dans la population.

La région appartient à l'Ouest par les taux d'alcoolisme et de suicides (après la Bretagne); à l'inverse c'est l'une des plus calmes de France, deuxième pour les plus faibles taux de cambriolages et vols de toutes sortes. La vie locale est marquée par l'extrême morcellement des communes, l'âge élevé des maires (record de France), la très faible proportion d'étrangers mais la part élevée des résidences secondaires (4e en France), davantage en raison des héritages de l'émigration et de la relative proximité de Paris que de l'abondance des stations balnéaires, toutefois assez nombreuses. Elle l'est sans doute aussi par une certaine réputation de respect des traditions et des autorités locales, notamment à l'égard des grands propriétaires, mais aucun indicateur ne permet de vérifier la validité de cette image habituelle, sauf peut-être par la profession des maires.

Dans les campagnes, la Basse-Normandie est la première région française pour la forte part de la surface agricole utilisée dans la surface totale (71%), ce qu'elle doit en grande partie à sa faible altitude, et pour la faible part des bois (200 000 ha, soit 11%). Contrairement aux idées reçues les labours l'emportent un peu sur l'herbe (52%) mais sont plus tournés vers les fourrages que vers les céréales; les principales productions annuelles sont de 2 Mt de céréales et 500 000 t de betteraves, 100 000 t de pommes, 25 millions d'hectolitres de lait.

La Basse-Normandie doit évidemment en partie ses caractères d'ensemble à sa situation dans les grands champs qui structurent le territoire national. Le fait d'être située entre Paris et la mer est un caractère majeur. Il lui a valu des investissements, comme les voies ferrées vers Cherbourg et même vers Granville, les terminaux transatlantiques (Cherbourg) puis transManche, les transformations balnéaires de la Côte de Grâce et de la Côte Fleurie, à un moindre degré de la Côte des Îles à l'ouest du Cotentin; probablement aussi le choix de la Hague comme haut lieu du nucléaire. Et, tout autant, la longue tradition d'expédition de beurres et fromages vers la capitale, d'émigration de jeunes travailleurs dans la même direction, et en retour d'investissements parisiens dans la propriété foncière et les résidences secondaires. Bien entendu, l'attraction parisienne se traduit aussi par des différenciations internes liées à la distance: elle est beaucoup plus sensible dans l'Auge et le Perche que dans le Bocage de l'ouest de l'Orne et du sud de la Manche.

La proximité relative de l'Angleterre au nord et à l'ouest (îles Anglo-Normandes), indissociable de l'histoire des conquêtes, a eu ses effets dans les échanges, le Débarquement de 1944 et ses multiples conséquences, certaines pratiques comme l'équitation, où la région reste première en France. En revanche, la Basse-Normandie est longtemps restée à l'écart des grandes circulations du territoire national: elle est hors des faisceaux de Paris en Bretagne et de l'Europe du Nord-Ouest en direction du Sud-Ouest et de l'Espagne; l'espoir est que l'autoroute des estuaires, récemment achevée, apportera de nouveaux trafics, mais elle est déjà court-circuitée par l'autoroute Rouen-Alençon-Le Mans-Tours, qui ne concerne qu'une petite fraction de la région.

La Basse-Normandie appartient aussi à la fois à ce vaste croissant des fortes fécondités qui demeure vivant dans tout le Nord-Ouest de la France, et à cet Ouest intérieur marqué par les campagnes bocagères, la propriété aristocratique ou bourgeoise, le fermage, l'abondance de la demande d'emploi de jeunes sommairement formés, caractéristiques qui sont apparues si attractives pour un certain type d'employeurs dans les années 1960, sensibles au faible coût de la main-d'œuvre et à sa faible syndicalisation, et le demeurent à certains égards, au risque de drames comme ceux des Moulinex et, plus récemment encore, des fermetures brutales d'usines à Argentan par exemple. En contrepartie sont apparus des mouvements sociaux plus organisés et certaines formes de coopération, non seulement agricoles mais ouvrières, comme dans le Mortainais.

L'écologie naturelle de la région est marquée par l'exposition aux vents et aux dépressions pluvieuses nord-atlantiques tempérées par la tiédeur marine, ce qui fait à la fois les ciels souvent bas, les belles herbes, le côté un peu limité des possibilités balnéaires compensé par l'assiduité aux casinos et les joies du char à voile; et, les gels étant rares sur les côtes, les originales productions de légumes du Cotentin. Paradoxalement, la Basse-Normandie s'est encore peu intéressée à l'énergie éolienne. L'écologie bas-normande est aussi marquée par la faiblesse des altitudes, qui n'empêche pas le pittoresque de certains sites dans certains «monts» et dans une «Suisse normande» au nom légèrement forcé. La Basse-Normandie est à cheval sur le Bassin Parisien et le Massif Armoricain, sur les calcaires et les terrains cristallins, ce qui d'ailleurs ne se traduit que fort peu dans les paysages, en raison de la présence de dépôts superficiels, limons ou argiles à silex, et du travail agricole: les bocages du pays d'Auge sont dans le Bassin, et le Massif a vu se développer des cultures nouvelles.

Dans l'ensemble, les réseaux de la Basse-Normandie restent fortement structurés par la relation à Paris. Elle lui vaut son principal axe de communication (Paris-Caen-Cherbourg) et un autre, bien plus discret, de Paris à Granville. Elle lui vaut le principal axe transversal, qui relie Caen à Alençon et qui est une partie d'une grande couronne parisienne passant par des villes actives, Caen, Le Mans, Tours, Bourges plus loin. Elle lui vaut une différenciation d'est en ouest, dans les degrés d'ouverture, de migrations, d'investissements. Inversement, on n'a pas l'impression que la proximité de Rouen et du Havre pèse beaucoup sur la région, si ce n'est en quelques déplacements de travail et attractions commerciales tout au nord-est du Calvados: Deauville et même Honfleur doivent presque tout à la projection de Paris sur un proche littoral.

La division régionale a confirmé l'éminence et l'autonomie de Caen, dont l'attraction est forte sur l'ensemble de la région, mises à part peut-être quelques franges dans le bassin de la Sélune au sud-ouest, ou dans le Perche méridional. Caen a même ses propres radiales, récemment renforcées par l'A 84, et ses couronnes de satellites interne, par Bayeux, Falaise, Saint-Pierre-sur-Dives, Cabourg, médiane par Saint-Lô, Vire, Flers, Argentan, Lisieux et la vallée de la Touques, et même une externe par Cherbourg, Granville et Avranches, Mortain et Domfront, Alençon, Mortagne et L'Aigle.