Pointe-Noire

7 200 hab. (Pointe-Noirais ou Pointe-Noiriens), 5 970 ha, commune de la Guadeloupe et canton dans l'arrondissement de Basse-Terre, 39 km au nord de celle-ci sur la côte sous le Vent. La commune (Pwent Nwa en créole) mesure environ 10 km du nord au sud et 5 km d'ouest en est; elle monte jusqu'à la crête principale où elle culmine à 756 m à la Couronne. Le territoire est accidenté par cinq ou six profondes vallées, et très boisé. L'habitat s'éparpille tout le long de la côte et sur les plus basses pentes, et en outre s'est concentré dans la vallée de la rivière de la Petite Plaine (hameaux des Plaines et de l'Espérance), que le chemin de la Trace des Contrebandiers prolonge à travers la crête, et jusqu'aux quartiers orientaux de Sainte-Rose.

La limite sud suit la rivière Colas, dont la vallée est empruntée par la route de la Traversée qui mène à Petit-Bourg et, au-delà, à Pointe-à-Pitre. Elle passe par le morne à Louis (743 m, relais hertzien), qui se dresse en avant de la crête principale; la limite communale et la route franchissent celle-ci au col des Mamelles. Au-dessus du littoral, le gros hameau de Mahaut domine l'anse Colas et la pointe Mahaut, et comprend un hôpital de 90 lits, dont 12 en médecine. Plus au nord, l'anse Caraïbe a une plage très fréquentée; elle borde une plaine triangulaire ou débouche la rivière de la Grande Plaine et où a été construit le lycée. Le hameau d'Acomat éparpille ses maisons sur le versant exposé au sud, et domine le site de la belle cascade du Saut d'Acomat.

Un peu au nord s'enfonce la vallée de la Petite Plaine; l'anse Guyonneau, à son débouché, abrite une Maison du Bois, qui rappelle que Pointe-Noire fut un centre d'exploitation forestière et d'expédition de bois; il y subsiste une ébénisterie, mais qui travaille des bois maintenant importés. La vallée, très encaissée, abrite sur son versant nord, exposé au sud, les nombreuses maisons du hameau des Plaines; en amont, l'îlet de l'Espérance s'orne d'une cascade et de l'oratoire marial des Larmes, à la convergence de plusieurs torrents; en aval sont un élevage d'ouassous et un centre d'aide par le travail.

Le bourg de Pointe-Noire est juste au nord, au débouché de la rivière Caillou; mais son site est très étroit, et fermé au nord par la côte rocheuse. Au-delà, la route principale s'écarte du littoral et franchit le col de Borromée; elle est accompagnée de nombreuses maisons dans les quartiers de Gommier, Trou Caverne et Beausoleil; une route plus petite serpente un peu plus bas et plus près de la côte, par Morphy et Beaugendre. Les deux se rejoignent dans le quartier de Baille-Argent, aux maisons dispersées sur le relief mais qui est doté d'un port de pêche et d'un site de plongée. Baille-Argent est également le nom de la vallée, de l'anse dans laquelle elle débouche et de la trace qui mène directement à Sainte-Rose à partir de Beausoleil. La limite communale, un peu au nord, suit le cours du ravin de Petite Anse, qui débouche sur une petite plage partagée avec Deshaies.

Pointe-Noire a été fondée en 1696 et fait depuis longtemps figure de chef-lieu de la partie nord de la côte sous le Vent; en 1772, on y recensait 4 300 esclaves et la commune était réputée pour son cacao, son café, sa vanille et ses livraisons de roucou. Elle conserve une Maison du Cacao à Grande Plaine, une plantation de café (caféière Beauséjour, avec un petit musée) et une Casa Vanille vers Acomat, et des productions de fruits (bananes, goyaves) qui alimentent une confiturerie. Elle abrite aussi un musée du Coquillage, un Parc aquacole avec une grande écloserie de ouassous et une production de rougets (la Plaine), et un parc des orchidées à Trou Caverne, au nord.

La population tend à diminuer: elle était de 7 700 hab. en 1999. Les équipements sociaux dépassent le cadre communal: un collège public, un lycée polyvalent public intercommunal, un centre d'aide par le travail et le centre hospitalier; trois petits hôtels non classés. Mais le chômage est très élevé (42% des personnes actives); la commune a 1 500 emplois, dont 1 000 sont occupés par des habitants de la commune, 700 autres travaillant à l'extérieur. Les revenus sont bas: 8 900 € en moyenne et seulement 17% de ménages imposés. La commune enregistre 400 résidences secondaires (11% du parc) et l'agriculture y survit à peine: 140 ha étaient encore cultivés en 2000, contre presque 500 en 1989; il ne restait alors qu'une dizaine d'exploitations à temps complet.

Ouassous ou chevrettes. Ouassou est le nom guadeloupéen des «écrevisses», nommées habitants, ou mieux z'habitants, en Martinique. Le mot viendrait d'une déformation créole de «roi des sources»: se non e vero, e bene trovato. En fait, il s'agit de crevettes d'eau douce, pouvant atteindre une bonne taille. L'espèce est Macrobrachium carcinus. Sa cousine Macrobrachium rosenbergii est à présent élevée en Guadeloupe. Le nom officiel en est chevrette. Une écloserie, installée à Pointe-Noire avec le soutien des fonds publics et gérée par la société Océan SA, fournit 25 millions de post-larves par an, qui permettent à quelques aquaculteurs-éleveurs (dont Océan elle-même) de fournir sur le marché 25 tonnes de chevrettes par an.

Le roucou et la peau rouge. Le roucou est tiré de la pulpe des cosses où se trouvent les graines de Bixa orellana, un arbre de l'Amérique tropicale de la famille des Bixacées, connu dans les Antilles et dénommé roucouyer en français. Les Caraïbes s'en servaient pour s'enduire le corps d'une huile qui les protégeait des moustiques. Il semblerait que ce soit de ce genre de pratique que soient venues l'image des «Peaux-Rouges» diffusée en Europe et la croyance persistante en l'existence d'une quatrième race humaine en Amérique… Le roucou est encore utilisé en cuisine et l'on en trouve sur les marchés guadeloupéens; l'huile de roucou sert au court-bouillon de poisson; certains se font des mas a roukou (masque de roucou) lors du carnaval (Kannaval), rappelant ainsi le passé précolonial antillais. Le roucou sert aussi dans l'industrie des cosmétiques, des teintures et des colorants végétaux alimentaires.