Saint-Laurent-de-Cerdans

1 290 hab. (Laurentins), 4 508 ha dont 2 295 de bois, commune des Pyrénées-Orientales dans le canton de Prats-de-Mollo-la-Preste; Sant Llorenç de Cerdans en catalan. Ce village est un point fort du canton, après Prats et La Preste. Une route y mène directement d'Arles-sur-Tech, mais non sans détours (17 km) tandis que le village est à 24 km de Prats. Saint-Laurent fut un actif centre d'industrie: d'abord minier et forgeron jusqu'au milieu du 19e s., avant que des plantations de châtaigniers n'en fassent un lieu de fabrication de piquets de vignes et de douelles de tonneaux; surtout, apparurent en 1860 le tissage de toiles résistantes et la fabrication d'espadrilles, apportées de Vich par la famille Sans, d'où leur nom de vigatanes.

Leur fabrication employa jusqu'à 1 000 personnes et la population de Saint-Laurent put dépasser 3 000 habitants en 1911. Mode et concurrence ont eu raison de cette spécialité; la plupart des entreprises disparurent dans les années 1970, la dernière, toujours Sans, fermant en 1994. Deux artisans ont repris un discret flambeau en profitant de la demande touristique: l'un pour des toiles colorées (Toiles du Soleil, 30 sal.), l’autre pour des espadrilles (Villespir-Sandales, 25 sal.), mais avec quelques employés seulement.

La population n’a cessé de diminuer juqu’en 1999, passant sous les 2 000 hab. en 1968, et aurait regagné une cinquantaine d’habitants entre 1999 et 2009. C’est du tourisme que vit maintenant ce qui reste du village, à 675 m; on y soigne le carnaval et la fête de l’Ours, un musée d’arts et traditions et de l’espadrille, un autre village naturiste (le Clols), le golf de Falgos (avec hôtellerie). Un peu au nord, le mas de Crémadells avait été transformé en château au 18e s. La commune a deux campings (100 places) et 300 résidences secondaires sur 950 logements.

Saint-Laurent bénéficie aussi d’une entrée en Espagne par la commune voisine de Coustouges (110 Coustougiens, 1 686 ha dont 1 141 de bois, à 830 m), avec laquelle elle forme une «station verte de vacances». Celle-ci a la particularité de déborder de la crête frontière pour descendre jusqu’aux cours de la Muga au sud, et de son affluent le riou Majou (rio Mayor) à l’est, que traverse la D 3 pour passer en Espagne. Le petit village pittoresque est près du col au centre-nord de la commune, orné d’une belle église romane à tour-clocher fortifiée et carrée, sous le roc del Bau qui monte à 1 030 m. La commune compte un autre hameau plus à l’ouest, Vilaroja; elle a eu 587 hab. en 1851 et n'a cessé de se dépeupler, perdant encore 30 hab. depuis 1999; un logement sur deux est résidence secondaire. Son nom, Costoja en catalan, désigne un poste de garde exposé. Village et col virent passer des milliers de Républicains fuyant en 1939 l’Espagne devenue franquiste.