Saint-Loup-sur-Semouse

3 800 hab. (Lupéens), 1 654 ha dont 735 de bois, chef-lieu de canton de la Haute-Saône dans l’arrondissement de Lure, 14 km au NO de Luxeuil, dans une vallée marécageuse au milieu des bois. On y voit le château de Bouly (18e s.), ancienne demeure de maîtres de forges; un collège public. Petite ville de longue tradition industrielle, Saint-Loup a travaillé le fer, le bois, le cuir et les textiles depuis le 17e siècle, avant de devenir l’un des hauts lieux du travail du bois en France; c’est le fief de la grande entreprise de mobilier Parisot (700 emplois dont 70 au siège), dont la firme a été absorbée en 2011 par le groupe d'investissement français Windhurst. Elle est accompagnée par la grosse scierie-ébénisterie des Usines Réunies (60 sal.) et la fabrique de panneaux de particules CFP (Compagnie française du panneau, 210 sal.); fabrique de matériel agricole Robust 2000 (25 sal.), travaux publics Damioli (35 sal.). La population communale a connu deux sommets en 1901 (3 700 hab.) et 1982 (4 900), un creux à 2 600 en 1936; elle diminue depuis trente ans et a encore perdu 600 hab. de 1999 à 2008. La ville est le siège de la communauté de communes du Val de Semouse (12 communes, 13 600 hab.).

Le canton a 14 200 hab. (15 300 en 1999), 13 communes et 20 498 ha dont 9 738 de bois; limitrophe du département des Vosges, il correspond à une ancienne zone de friction entre Lorraine et Bourgogne, qui lui a valu des affrontements et aussi quelques privilèges et franchises (surséance), dont ses communes ont pu à l'occasion tirer parti. Il représente dans le département un actif foyer d'industrie du piémont des Vosges et compte deux autres communes de plus de 2 000 hab., Aillevillers-et-Lyaumont et Fougerolles. Abondant en bois et en étangs, il est drainé au sud par la Lanterne, au nord par la Semouse, issue de la réunion de trois ruisseaux dont les principaux sont la Combeauté, qui vient du Val-d'Ajol, et l'Augronne, qui vient de Plombières et sort des Vosges en gorge. Le plateau vosgien se termine au NE du canton par un talus rectiligne NO-SE, assez nettement apparent dans le paysage au-dessus d'Aillevillers et Fougerolles. Une association cherche à préserver les chalots, anciens greniers à grains isolés, en bois et à toits de lauze.

Magnoncourt (460 Cortésiens, 667 ha dont 343 de bois), juste à l’est du chef-lieu, héberge la société de nettoyage PMS (100 sal.). Corbenay (1 360 Corbinusiens, 1 573 ha dont 827 de bois), 5 km à l’est de Saint-Loup dans la vallée de la Combeauté, accueille la métallerie ESAC Eurocooler du groupe CMM-Siparex (90 sal., radiateurs et groupes à bulbe); mécanique Amca (30 sal.), fabrique de matériel de concassage Py (25 sal.); un supermarché Casino (70 sal.) est établi dans la commune, qui a perdu 40 hab. depuis 1999. Fontaine-lès-Luxeuil (1 520 hab., 2 773 ha dont 1 825 de bois), 6 km SE du chef-lieu, a une cartonnerie ITW Gunther (70 sal., groupe états-unien) mais fonderie de métaux légers Serero a fermé; la population communale est assez stable, avec une légère tendance à la diminution depuis 1968.

Vers le SO, Ainvelle (170 Ainvellois, 675 ha dont 297 de bois), à 4 km SO de Saint-Loup, a un musée archéologique; sa population a diminué de 50 hab. depuis 1999. Hautevelle (260 hab., 778 ha dont 413 de bois), plus à l’est, accueille les Tréfileries du Beuchot (25 sal.), sur le site d’une très ancienne forge au bord de l’étang de barrage du Beuchot (24 ha), sur un petit affluent de la Lanterne, la Rôge, qui vient de Fougerolles. Un peu plus loin au sud-ouest, à10 km du chef-lieu, Conflans-sur-Lanterne (660 Conflanais, 1 309 ha dont 512 de bois), à la réunion de la Semouse et de la Lanterne, conserve les restes d’un couvent (18e s.) et a reçu une fabrique d’équipements pour automobiles du groupe états-unien Johnson Controls (140 sal.); installations électriques Roussel (20 sal.).

La surséance au ras des Vosges

La surséance est un acte par lequel on sursoit à une attribution ou à une action. Une terre en surséance était une terre dont les souverains prétendant à sa possession renonçaient provisoirement à faire valoir leurs droits. Au pied de la Vôge, plusieurs petits fiefs autour de Saint-Loup-sur-Semouse, de Vauvillers à Fougerolles, très disputés entre Lorraine et Franche-Comté (donc Empire) après la mort de Charles le Téméraire, se sont trouvés ainsi en surséance, et donc ni français, ni lorrains, ni comtois, de la fin du 15e siècle à des dates variables, allant jusqu'au début du 18e s.: deux siècles de quasi-indépendance dans un espace tampon, qui fut en général préservé des guerres, notamment des ravages du 18e siècle, et put prospérer assez tranquillement en tirant parti des échanges entre Vosges et plaines, et des industries de l'époque. Il en est resté sans doute quelque chose dans l'accumulation d'ateliers et de savoir-faire, voire dans la réussite de certaines entreprises. Une zone franche avant la lettre, mais dans le bon sens, celui de l'abri et de la paix.