Saint-Nazaire

69 000 hab. (Nazairiens) dont 2 700 à part, 4 679 ha, sous-préfecture de Loire-Atlantique. La ville est juste à l'extrémité de l'estuaire de la Loire, rive droite, sur la côte exposée au sud. Il n'y a longtemps eu là qu'un village de pêcheurs, jusqu'à ce que l'évolution de la flotte marchande impose après 1838 le choix du site comme avant-port de Nantes, tête de ligne postale transatlantique vers les Antilles et lieu de chantiers navals, au milieu du 19e siècle. Le premier bassin, à écluse, a été creusé en 1856, le chemin de fer est arrivé en 1857. Après une première installation des chantiers Scott dans les années 1860, suivie d'une faillite, la Générale Transatlantique («Transat») des frères Péreire choisit de s'y installer et fit creuser le vaste bassin de Penhoët, d'une superficie de 22 ha, achevé en 1881 puis complété en 1932 par la forme-écluse Joubert de 350 m de long, et assorti de plusieurs formes de radoub.

De Saint-Nazaire furent lancés de grands paquebots comme Bretagne (1886), Touraine (1891), Paris (1921), Île-de-France (1926) puis Normandie (1935), France (1962), récemment Queen Mary 2 (2003), ainsi que des pétroliers et de nombreux navires de croisière récents - et même le cuirassé Jean-Bart en 1940. De nouvelles formes furent ajoutées, comme la forme Jean-Bart de 315 m inaugurée en 1936 pour la construction du cuirassé, et dans les années 1960 d'autres encore plus grandes en accès direct à la mer, à l'est de Penhoët (415 et 470 m de long); finalement les chantiers disposent d'une forme de construction de 1 200 m sur 60 et de profondeur réglable. Les chantiers de Penhoët, utilisés par la «Transat», ont été doublés par les Chantiers de la Loire; les deux ont été réunis en 1955 sous le nom de Chantiers de l'Atlantique. Passés au groupe Alstom en 1981, ils ont été rachetés par le groupe norvégien Aker Yards en 2006, mais celui-ci a déjà annoncé qu'il envisageait de les céder.

La promotion de Saint-Nazaire au rang de ville est donc récente; son urbanisme a été profondément modifié par la dernière guerre: d'un côté elle a été abondamment bombardée par les Alliés en 1942 et 1943, et a subi la résistance allemande dans la «poche de Saint-Nazaire» jusqu'en mai 1945; d'autre part les Allemands ont établi sur le port une base sous-marine indestructible, de 300 m sur 115, qui a résisté à tous les bombardements, pouvait abriter une vingtaine de sous-marins et disposait d'un accès en tunnel sous-marin.

Le centre-ville forme un rectangle de 1 500 m sur 1 000 m, dessiné selon un quadrillage très régulier, dont les grands axes sont parallèles au grand bassin de Penhoët, c'est-à-dire presque nord-sud. Le principal, avenue de la République, va de la gare à hôtel de ville et a été récemment aménagé en son centre par une longue galerie marchande et de bureaux, le Centre République, dû à l'architecte Vasconi (1989). Un autre met en alignement un gisement de mégalithes, la place Marceau, l'église et la sous-préfecture et mène ainsi à la plage.

La base sous-marine, partiellement aménagée en musée et proposant à la visite, avec Escal'Atlantic, l'intérieur d'un paquebot reconstitué, sépare la ville du port. Celui-ci laisse vers l'est une presqu'île où le quartier du Petit Maroc évoquait le vieux village originel; il est en cours de rénovation en vue d'abriter le pôle de services portuaire et des logements nouveaux, et prolongé par le Parc des expositions, l'Écomusée de la mer avec terrasse panoramique, et même un sous-marin qui se visite, l'Espadon, de 1957. Vers l'est, le territoire communal est borné par le cours du Brivet, qui atteint la Loire et sert d'exutoire aux marais de Brière. Il porte surtout des usines.

Les principales sont, au-delà des chantiers navals, celles du groupe Airbus, héritières de premières constructions d'hydravions dans les années 1920 par les chantiers navals, et des essais de catapultages d'hydravions à partir de paquebots ou de navires de guerre. Des avions Loire et Latécoère ont été construits entre les deux guerres, puis les usines ont été regroupées en 1947 au sein de la SNCASO (Société nationale de constructions aéronautiques du Sud-Ouest), devenue ensuite Sud-Aviation puis Airbus. Un autre quartier industriel (Brais) est au nord-ouest de la commune, plus diversifié. Autour, le territoire nazairien n'est pas complètement urbanisé et laisse place à des espaces verts et de loisirs autour des étangs de Guindreff et du Bois Joalland. Un troisième centre d'activité, plus récent, a été aménagé au sud-ouest sous la forme du parc d'activités Oceanis, complété près de la côte par le centre universitaire de Gavy.

La côte maritime est sinueuse et alterne plages et rochers: Saint-Nazaire se dit volontiers «la ville aux 20 plages». La plage du Petit Traict ou de Saint-Nazaire est proche du centre-ville; vers l'ouest viennent le jardin des Plantes prolongé par le parc paysager du Grand Marais, et les urbanisations du site balnéaire de Sautron; puis la plage de Villès-Martin et, cachées dans les rochers, les petites plages de Kervillès, Kerlédé, Kerloupiots, Belle Fontaine, Bonne Anse, Porcé, Trébézy (dite aussi Géorama…), Virechat. Passé le cap de l'Ève qui est couronné par un fort et un phare, sont encore la plage de la Courance puis, à Saint-Marc, la célèbre plage dite de Monsieur Hulot depuis que J. Tati y tourna Les Vacances de M. Hulot, les plages de Saint-Eugène et du Grand Traict. La pointe rocheuse de Chémoulin est la plus méridionale de la côte d'Amour, et précède la plage naturiste des Jaunais qui s'étire à l'entrée de Pornichet.

La commune, alors bien plus étendue qu'aujourd'hui, avait 3 300 à 3 700 hab. entre 1800 et 1845. Elle est passée à 10 000 dès 1860, 30 000 en 1890, a perdu le territoire de Pornichet (alors 1 400 hab.) en 1900 et atteignait 43 000 hab. à la veille de la guerre de 1939. Tombée à 11 800 hab. au recensement de 1946, elle est vite remontée à 69 000 en 1975, puis s'est un peu tassée. Elle aurait regagné 400 hab. de 1999 à 2009. La municipalité a une majorité de gauche; elle est dirigée depuis 1983 par Joël-Guy Batteux, socialiste, ingénieur chimiste et ancien élu régional, qui fut parfois en difficulté avec son parti et le député Claude Évin, ancien ministre, également socialiste. La ville a une forte population ouvrière et vit au rythme des nouvelles d'embauche ou de débauche des usines Airbus et des Chantiers. Elle comporte plusieurs zones urbaines sensibles, celles de Méan-Penhoët aux abords des chantiers à l’est de la ville, du quartier Nord et Petit Caporal au NO du centre, ainsi que les vastes ensembles du quartier Ouest (Avalix, Tréballe, la Bolletterie, la Chesnaie), constitués en 2003 en «zone franche urbaine».

Les principaux établissements de production sont les chantiers navals, qui affichent encore 2 200 emplois, assez variables selon la conjoncture; après être passés par Alsthom en 1976, puis par le norvégien Aker Yards en 2006, les anciens Chantiers de l'Atlantique sont devenus en 2007 la propriété du sud-coréen STX. Ils sont suivis par les moteurs et turbines Man Diesel et Turbo (590 sal., du groupe Man), les constructions aéronautiques Aerolia (500 sal., filiale d'EADS dont la principale usine locale est à Montoir-de-Bretagne), les moteurs d’avions Famat (Fabrications mécaniques de l’Atlantique, 440 sal.).

De moindre taille sont les fabriques de véhicules de pompiers Sides (240 sal.), de thermo-acoustique pour automobiles Lydall (150 sal.), de meubles et agencements de navires des Chantiers Baudet (120 sal.), de véhicules spéciaux Acmat (Ateliers de constructions mécaniques de l’Atlantique, 120 sal., tout-terrain et remorques), les équipements thermiques Axima Seitha (110 sal.), l’ingénierie aéronautique Segula (105 sal.); métallerie navale Mécasoud (100 sal.), menuiserie métallique navale BS Vision (85 sal.), tissus techniques Daher Aerospace (80 sal.), chaudronneries Eiffel Industrie Marine (80 sal.) et Sofreba Marine (50 sal.), meubles de bureau et d emagasin des Ateliers du Marais (70 sal.), isolation sur navires Kaeffer Wanner (60 sal.), chantier naval Océa (50 sal.); ingénierie Auxitec (60 sal.); dans l'agro-alimentaire, trituration de soja Cargill (120 sal.), viandes Gad (95 sal.); entreprise de bâtiment Lang (100 sal.), réseaux Sogea (50 sal.).

Dans le secteur tertiaire se distinguent la restauration collective Compass (90 sal.); publicité Adrexo (105 sal.), Mediapost (120 sal.), nettoyages Onet (270 sal.) et Net Service (55 sal.), gardiennages Securifrance (Seris, 95 et 55 sal.);. Saint-Nazaire est desservie par un centre Leclerc (340 sal.), un Géant Casino (180 sal.), des supermarchés U (85 sal.) et Carrefour (60 sal.), des magasins Castorama (110 sal.), Decathlon (110 sal.); distribution à domicile Kriss Laure (100 sal.), aide à domicile Cap Services (Kangourou Kids, 60 sal.) et Atlantique (Adhaps, 65 sal.); travail intérimaire S2I2T (70 sal.); transports SNAT (Atlantique Transport, 125 sal.), transports urbains Stran (175 sal.), autocars des Transports de la Brière (60 sal.); services portuaires Boluda (85 sal., dont remorquage, société espagnole); EDF déclare 130 sal., ERDF 70; la SNCF 75, France-Télécom, 160.

Saint-Nazaire a des établissements d'enseignement supérieur sous la tutelle de l'université de Nantes, dont un IUT de près de 1 500 étudiants (6 départements), 4 laboratoires de recherche (génie des procédés, génie civil, électronique, logistique), deux IUP (génie civil, banque et finance), deux licences (sciences de l'ingénieur, administration économique et sociale), un département Génie électrique de la Polytechnique de Nantes et un Critt (centre de transfert technologique) de génie des matériaux, en partie orienté vers les bioenvironnements marins; plus un Institut de créativité industrielle. Le centre hospitalier offre 500 lits et il est secondé par trois polycliniques (220, 160 et 55 sal.) totalisant 150 lits; institut médico-éducatif à Saint-Marc. Saint-Nazaire a une scène nationale de théâtre (le Fanal), un festival des musiques du monde (les Escales) et de nombreux équipements culturels.

La communauté d'agglomération de la Région Nazairienne et de l'Estuaire ou Carene groupe 10 communes et 116 70000 hab. Elle va de Pornichet à Donges et Montoir, et englobe les communes de la Brière. L'unité urbaine est donnée pour 147 100 hab., l’aire urbaine pour 207 600. L’arrondissement a 305 300 hab. (267 800 en 1999), 15 cantons, 57 communes, 175 811 ha La commune de Saint-Nazaire est divisée en 3 cantons.

L'attraction de Saint-Nazaire est considérable sur la Brière et sur toute la presqu'île de Guérande; son rayonnement s'est étendu au pays de Retz depuis l'ouverture du grand pont sur l'estuaire, de 3 356 m de long dont 440 m pour la portée principale et de 60 m de tirant d'air, planté sur 258 pieux, achevé en 1975 et qui mène à Saint-Brevin-les-Pins; son accès est gratuit depuis 1994. La commune compte 16 hôtels (470 chambres), deux campings (300 places), 1 100 résidences secondaires.

Les activités portuaires sont gérées par le Port autonome de Nantes-Saint-Nazaire et spécialisées dans les transports alimentaires et frigorifiques (légumes et viandes), plus le soja pour l'usine de trituration, et des marchandises diverses; le site nazairien est le moindre de l'ensemble estuarien, son trafic restant aux environs de 400 000 t par an. En fait, Saint-Nazaire est assez peu l'avant-port de Nantes que semblait lui promettre sa situation, Donges et Montoir-de-Bretagne jouant à fond ce rôle; et bien davantage un ensemble autonome: elle a sa propre activité d'envergure nationale et même internationale dans la construction de navires et d'avions, dont les grandes entreprises n'ont rien à voir avec la métropole régionale; elle y ajoute sa propre dimension culturelle et touristique - tandis que La Baule, par exemple, a été et demeure bien plus dépendante des investissements et des clients nantais.