Canton de Vicdessos

Vicdessos

600 hab. (Vicdessosiens), 601 ha, chef-lieu de canton du département de l'Ariège dans l'arrondissement de Foix, 18 km au SO de Tarascon-sur-Ariège dans le fond de la vallée du Vicdessos, à 705 m. La commune est très petite et se limite au fond de vallée; elle eut 1 200 hab. en 1846 et s'est dépeuplée jusqu'en 1999, mais a regagné 110 hab. ensuite; elle offre un collège public.

Le canton a 1 400 hab., 10 communes, 31 522 ha dont 4 126 de bois; 9 communes (près de 1 400 hab.) forment la communauté de communes d'Auzat-Vicdessos. Le Vicdessos, jadis Vic de Sos, fut une grande seigneurie et une communauté de villages très vivante, l'une des plus originales des Pyrénées ariégeoises, qui a longtemps associé l'élevage avec estives et l'exploitation forestière et minière, notamment celle du fer; plus les difficiles transports associés, par hommes et mulets. Les châteaux de Moulis et surtout Montréal de Sos à Olbier au-dessus de Vicdessos (vic de sos) et d'Auzat sont quelques restes des repaires seigneuriaux.

Les habitants reçurent en 1293 le droit d'exploiter les minerais, ce qui fit le succès et la durée de la mine de Rancié et des forges. Ils passèrent des accords pastoraux de «lies et passeries» avec leurs voisins du Valferrer, ce qui fonda les premiers accords de «lies et passeries»; de très nombreux orrys témoignent de l'extension de la vie pastorale; mais on ne peut plus guère miser désormais que sur les loisirs et le tourisme. Deux tiers des logements sont des résidences secondaires.

Auzat, 1 km en amont de Vicdessos, est devenue la principale commune. Au NO de Vicdessos, Suc-et-Sentenac (60 Sucnacois, 3 169 ha dont 1 000 de bois, à 1 000 m) forment une grande commune, dotée d'une ample soulane qui monte jusqu'au pic des Trois-Seigneurs, sous lequel se cache l'étang d'Arbu (4 ha, à 1 726 m). Le contraste ombrée-soulane est particulièrement net dans cette vallée ONO-ESE; les deux villages sont très proches, et tout en bas, près de Vicdessos. En altitude, de nombreux hameaux sont abandonnés; quelques tourbières; un village de vacances avec classes de nature. La commune a eu près de 1 400 hab. en 1851, encore 930 en 1911. Elle a encore perdu 40 hab. de 1999 à 2009, mais elle a 226 résidences secondaires pour 33 principales.

Suc et Sentenac, villages associés dans une seule commune depuis la Révolution, furent longtemps des frères ennemis comme il s'en trouvait beaucoup dans ces montagnes. Ceux de Suc traitaient ceux de Sentenac de sinsolos (gros lézards) ou terregalhaïres (ceux qui ramassent la terre descendue des pentes par la pluie), et se voyaient traités de couréjolaïres, ce qui veut apparemment dire bouffeurs de liserons: c'est assez évoquer la pauvreté des lieux et la dureté de la vie paysanne de jadis… (d'après O. de Marliave dans le Dictionnaire des Pyrénées). La route du port de Lers (1 517 m) permet d'accéder au plateau de ski de Lers, à Aulus et même à Massat.

CCinq minuscules villages se tiennent en hauteur à l’est de Vicdessos. Ils ont conservé leur indépêndance communale en dépit de leur très petit nombre d'habitants. Juste au sud de Vicdessos dans un val perché, Goulier (45 Gouliériens, 1 022 ha dont 286 de bois), à 1 060 m, a reçu la petite station de ski de Goulier-Endron, qui a 6 pistes et 3 remontées, mais qui manque parfois de neige; elle atteint au sud la Pique d'Endron, à 2 472 m. L'effondrement de la population, qui a culminé à plus de 1 500 hab. dans les années 1840, a été spectaculaire et précoce (700 hab. en 1900).

Juste à l'est, un autre petit val perché porte le village de Sem (27 Sémois, 522 ha dont 228 de bois), juché à 960 m au-dessus de la vallée du Vicdessos à 2 km à l'est du chef-lieu; c'est à Sem que se trouvait la mine de fer de Rancié, la plus célèbre et la plus féconde de l'Ariège, que commémore à Sem un musée. Elle employait 400 mineurs au 19e siècle, mais la commune n'a toutefois pas dépassé les 500 hab. (1851). La mine a définitivement fermé en 1931, ce qui entraîna aussitôt la fermeture de la voie ferrée qui avait été posée entre Tarascon et Auzat en 1911; on évalue à 6 Mt le minerai extrait au cours de son histoire. La commune monte à 2 047 m au Barbié de Brésoul.

Le village de Lercoul (23 Lercolois, 1 901 ha dont 290 de bois) est tout proche, à l'est, mais en nid d'aigle, à 1 150 m, et mieux accessible de Siguer par une route aux lacets très serrés. Le finage communal, témoin des difficiles partages pastoraux de jadis, forme une étroite écharpe d'à peine 1 km de large, mais 15 de long, jusqu'à la crête frontière qu'il atteint aux pics de Tristagne (2 878 m) et de l'Abeille (2 788) en suivant le versant gauche du Siguer. Des restes de bas fourneaux gallo-romains ont été trouvés à 1 300 m sur le territoire de la commune.

De son côté, la commune de Siguer (100 Siguerois, 3 873 ha dont 352 de bois), dont le village est tout à l'aval de la vallée à 2 km du confluent avec le Vicdessos, à 745 m, prend le versant droit du Siguer en amont et les deux versants en aval, plus une moitié de la vallée plus orientale et affluente du Bourguenat; elle eut plus de 1 000 hab. autour de 1840-1850.

Enfin Gestiès (9 Gestiérois, 2 746 ha dont 192 de bois), qui eut 550 hab. dans les années 1840 a son village perché au-dessus de Siguer à l'est, à 940 m; en 1999, on y comptait 74 résidences secondaires contre 9 principales… Le finage s'étire sur 15 km à la limite orientale du canton, annexant au sud le versant droit du Bourguenat et aboutissant aux pics de Thoumasset (2 741) et de Bagnels à l'est, à la limite d'Aston, et au pic d'Arial à l'ouest (2 681). Dans l'intervalle se trouve le port de Siguer, qui fut l'un des passages les plus fréquentés vers les pays hispaniques; il débouche en Andorre au-dessus d'El Serrat.

Dans le cirque de crête, resplendit l'étang Blaou (2 335 m, 16 ha). Plus bas, l'étang de Peyregrand envoie ses eaux par conduite souterraine vers le lac de barrage de Gnioure (1 832 m, 76 ha, 28 Mm3), dont le barrage, haut de 68 m, a été édifié en 1950 dans la vallée voisine de Siguer; et, de là, vers l'usine de Pradières dans une troisième vallée (Artiès). Ces hautes vallées du Siguer et du Bourguenat sont dépourvues de routes et d'accès assez difficile; le GR 10 lui-même s'écarte des hauteurs pour passer par les cinq villages et ne retrouve le voisinage des sommets qu'à la faveur de la vallée d'Artiès, dans la commune d'Auzat. Gestièes a 7 résidences principales, 81 secondaires…


Auzat

600 hab. (Auzatois), 16 274 ha dont 738 de bois, la plus vaste commune de l'Ariège dans le canton de Vicdessos, dont le village est à 2 km en amont de celui du chef-lieu dans le fond de la vallée du Vicdessos, à 740 m. Cette grande commune, qui eut 1 900 hab. en 1831 et un millier entre 1900 et 1930, occupe plus de la moitié de la surface du canton et comprend les plus hauts reliefs de l'Ariège: le massif du Montcalm et ses quelques «plus de 3 000». Frontalière, la commune s'enfonce en coin à la jonction de l'Andorre et de l'Espagne, jusqu'au pic de Médécourbe (2 914 m), à l'endroit où se rejoignent les trois frontières de France, d'Andorre et d'Espagne.

Le Vicdessos y naît sous le nom de Mounicou dans un cirque glaciaire où subsistent plusieurs petits étangs, dont les plus grands sont ceux de Médécourbe (4,3 ha, à 2 199 m) et de Soucarrane (4,3 ha, à 2 291 m), lequel est au pied du pic de même nom (2 902 m); une étroite et difficile route de montagne donne accès au fond du cirque. Le sentier du haut port de Bareytes (2 698 m) donne accès à la vallée d'Arinsal en Andorre. La vallée file droit vers le nord et s'orne du grand étang de barrage de Soulcem qui couvre 87 ha, à 1 570 m; le barrage EDF date de 1983 et retient 29 Mm3 ; il alimente une usine électrique au pied du barrage (1 168 m), plus celle d'Artigue.

À l'ouest du lac, trône le massif du Montcalm (3 078 m) et de la Pique d'Estats (3 143 m), que l'on peut visiter à partir du refuge de l'étang de Pinet, édifié en 1993 à 2 242 m pour 50 personnes. Au nord se creuse la vallée de l'Artigue, où une usine hydroélectrique turbine les eaux du Soulcem amenées par conduite souterraine, et qui conflue un peu en aval avec le Mounicou. À l'est, une troisième vallée, sud-nord, descend du pic de Tristagne (2 878 m); drainée par l'Artiès, elle commence en cirque à l'étang Fourcat (22 ha à 2 387 m), où a été rénové en1996 le plus haut refuge ariégeois, à 2 445 m (45 places). Un peu plus bas a été achevé en 1940 le barrage d'Izourt, à 1 647 m, de 42 m de haut, qui retient un lac de 33 ha et 8 Mm3 ; ses eaux sont turbinées un peu plus bas à la centrale de Pradières (1 179 m), qui reçoit aussi des eaux des étangs de Gnioure et Peyregrand dans les vallées plus orientales.

À l'ouest du village d'Auzat, deux vallées plus courtes et de direction ouest-est descendent, l'une du port de Saleix qui donne accès à Aulus, l'autre du Pic Rouge de Bassiès (2 676 m) plus au sud. La première, très pratiquée au temps des échanges de minerai de fer et de charbon de bois, est maintenant vide et sans route, du moins en amont du hameau de Saleix, à quelques centaines de mètres d'Auzat - l'ancienne commune de Saleix a été rattachée à Auzat en 1964. La seconde, qui bénéficie de plusieurs lacs dont celui de Bassiès (ou Majeur, 21 ha à 1 639 m), et de belles cascades, est empruntée par le GR 10 et propose à 1 650 m, depuis 1991, le refuge de Bassiès (50 places); l'usine hydroélectrique de Bassiès est, à 1 156 m, à l'endroit où la vallée perchée tombe sur celle du Vicdessos, peu avant le confluent avec l'Artiès et à 3 km SO du village d'Auzat.

Ce dernier, équipé en commerces et services, a beaucoup souffert de la fermeture de l'usine d'aluminium Pechiney en 2003; elle y employait encore 250 personnes; l'usine hydroélectrique, alimentée par Bassiès et le Soulcem, a été aménagée dès 1908 pour l'usine d'aluminium. Auzat a annexé en 1965 le hameau et le très petit finage d'Olbier, perché au-dessus du Vicdessos rive droite, à quelques centaines de mètres d'Auzat, qui jusque-là étaient associés à Goulier; ce qui lui procure un attrait supplémentaire: les ruines du vieux château féodal de Montréal de Sos, juste au hameau d'Olbier sur un promontoire calcaire.

Auzat est le siège de la communauté de communes d'Auzat-Vicdessos, qui groupe 9 des 10 communes du canton (1 300 hab.). Auzat et Vicdessos forment ensemble une «station verte de vacances»; Auzat a plusieurs villages de vacances, un camping et plus de résidences secondaires (400) que de principales (300). La population communale a culminé à 1 880 hab. en 1831 et diminue depuis; elle a encore perdu 80 hab. entre 1999 et 2009.