Canton de Suippes

Suippes

3 900 hab. (Suippas), 4 225 ha, chef-lieu de canton du département de la Marne dans l'arrondissement de Châlons-en-Champagne, 25 km au NE de la préfecture dans la vallée de la Suippe. Cette grande commune de Champagne crayeuse est largement occupée par des terrains militaires, de Suippes au NE, de Mourmelon au SO. Suippes fut un bourg fortifié de vallée, auquel les bras de la Suippe servaient de douves; ce fut assez tôt un bourg et un centre de négoce et d'industrie de la laine, doté de plusieurs filatures de drap fin, ainsi que de drap d'uniformes. Une ancienne grande filature, en amont, avait été précédée par une manufacture déjà réputée au début du 18e s. et rénovée après 1790; elle a eu jusqu'à 500 salariés; fermée en 1956, elle a été réaménagée en 1961 par le principal établissement industriel de la ville, spécialisé dans les alliages (Le Bronze Industriel, groupe Fontech, à un fonds d'investissement états-unien, 300 emplois en deux unités); tricots Devanlay (35 sal.), installations électriques Thirion (25 sal.). La commune a un collège public et une petite piste d'aviation.

Le camp militaire de Suippes a été installé en extension du camp de Mourmelon après la guerre de 1914-1918, sur des terres que celle-ci avait copieusement ravagées. Il englobe les trois communes disparues des Hurlus et s'étend sur onze communes marnaises, plus une ardennaise; au total, 18 000 ha. Le territoire communal de Suippes n'englobe qu'une fraction du camp, qui comprend toutefois les installations principales (camp de Division); il s'étend un peu plus largement sur le camp de Mourmelon au sud-ouest; au sein de ce dernier, se situent le cimetière national et la ferme de Suippes, devenue le site d'un centre d'instruction militaire et, plus au sud, la ferme du Piémont, cœur d'une petite agglomération où se trouvent château, groupe vétérinaire des armées et chenil. Suippes héberge ainsi le 40e régiment d'Artillerie et le 132e BCAT (bataillon cynophile de l'armée de Terre).

La population communale, même sans la population à part, a fluctué au rythme des camps; elle était montée à 5 000 hab. (sdc) en 1936 et s'est ensuite tenue autour de 3 000 hab.; la suppression statistiue de la population comptée à part a diminué sa population totale de 300 hab. après 1999 mais auglenté sa population municipale de plus de 600 hab. Suippes est le siège d'une communauté de communes de la région de Suippes qui associe 16 communes depuis 1990 et s'étend sur près de 50 000 ha (7 400 hab.).

Le canton a 14 200 hab. (13 000 en 1999), 18 communes et 43 472 ha. Très étendu, il frôle la limite du Parc de la Montagne de Reims au SO, l'agglomération de Châlons au sud, et touche à la limite du département des Ardennes au nord. Il est drainé par la Vesle au sud, la Suippe au centre et son affluent la Py au nord. Il est en grande partie occupé par le camp militaire de Mourmelon-le-Grand (en entier) et celui de Suippes (à moitié). Somme-Suippe (630 Somme-Suippais dont 190 à part, 3 151 ha), 4 km au SE du chef-lieu, est à la source de la Suippe comme son nom l'indique; on y travailla la laine; un centre de formation est associé à une école professionnelle de mécanique agricole (avec BTS).

En aval de Suippes à 7 km de la ville, Saint-Hilaire-le-Grand (350 Charbodiers, 4 239 ha) compte en son finage le fort Saint-Hilaire dans le camp de Mourmelon et, en bordure, un complexe russe (cimetière militaire, ermitage, chapelle orthodoxe classée); silos, atelier de déshydratation. Au nord de Suippes, plusieurs monuments et ossuaires sont entretenus à Souain-Perthes-les-Hurlus (210 Goyats, 5 312 ha), qui a complété son nom par celui d'un village détruit en 1914-1918; le finage va jusqu'à la butte de Souain, lieu de combats particulièrement meurtriers; et à Sainte-Marie-à-Py (210 Copiots, 2 692 ha), 14 km de Suippes, où a été érigé le grand monument aux morts du mont Sédou.

Tout au sud du canton dans la vallée de la Noblette, affluent de la Vesle, La Cheppe (360 Chepillons, 2 390 ha), 17 km NE de Châlons et à 11 km de Suippes, a le privilège de posséder une levée de terre de 5 m avec fossés de 8 à 10 m, large de 30 m en tout (22 à l'intérieur), dessinant une grande ellipse de 554 m sur 460, à laquelle on a donné le nom de camp d'Attila, ou plus pittoresquement encore d'Ahan du Diable (ou des diables). Il est sans rapport apparent avec le Hun, mais c'est le reste d'un oppidum celtique, parfois dit du Vieux Châlons, peut-être le plus étendu de la tribu des Catalauni; un temple de Minerve y fut élevé par les Romains; on y a trouvé de nombreux débris de la Tène, du 1er siècle avant notre ère et de la période gallo-romaine; un terrain de football s'y est niché. La commune a gagné 60 hab. entre 1999 et 2008 (20%).

Saint-Hilaire-au-Temple (290 hab., 615 ha) est le lieu de la bifurcation ferroviaire de Châlons vers Reims et vers Sainte-Menehould et Verdun; la nouvelle ligne à grande vitesse Paris-Est passe auprès.; la commune a gagné 50 hab. après 1999. Dampierre-au-Temple (280 Dampierrois, 1 026 ha) prolonge vers l'amont les habitats de Saint-Hilaire-au-Temple dans la vallée de la Suippe. Son finage est traversé par l'A 4 et abrite au sud-ouest un poste et des réservoirs d'hydrocarbures du Trapil (20 sal.).

Bouy (470 Busons, 2 246 ha), 16 km au nord de Châlons-en-Champagne, traversée par la Vesle, compte un grand ensemble de réservoirs d'hydrocarbures et de hangars, desservi par la voie ferrée et par un héliport, en prolongement du camp de Mourmelon. Celui-ci occupe toute la partie NE de la commune, que traverse l'ancienne voie romaine de Reims à Bar-le-Duc par La Cheppe. L'aviateur Henri Guillaumet, pionnier de l'aéropostale et des hydravions, est né à Bouy en 1902 et c'est de Bouy qu'Henri Farman est parti le 30 octobre 1908 pour Reims, réalisant en avion le premier «ville à ville», 30 km accomplis à 73 km/h. On a trouvé dans la commune une nécropole de la civilisation dite des Champs d'urnes (vers 1000 avant notre ère). Bouy a gagné 50 hab. de 1999 à 2008.

Livry-Louvercy (880 Lilouverciens, 3 074 ha), 20 km au nord de Châlons-en-Champagne dans la vallée de la Vesle, a des lotissements et une population liés aux activités du camp de Mourmelon; elle a gagné 40 hab. de 1999 à 2008. Elle a reçu sur son territoire, à l'est, l'aérodrome de Mourmelon (LFXM), doté d'une piste de 1 200 m (non accessible au trafic civil); stand de tir, installations militaires (hangars et réservoirs). À Billy-le-Grand (110 Billotins, 726 ha) et Vaudemanges (290 Vaudemangeois, 1 312 ha), à l'extrémité occidentale du canton et proche de la Montagne de Reims, le canal de l'Aisne à la Marne franchit en souterrain puis en situation encaissée la ligne de partage des eaux entre les deux bassins; Vaudemanges a gagné a gagné 80 hab. (+38%) entre 1999 et 2008, un record local.


Mourmelon-le-Grand

5 050 hab. (Mourmelonnais), 2 321 ha, commune du département de la Marne dans le canton de Suippes, 22 km au nord de Châlons-en-Champagne. C’est la ville d’un camp militaire, mais elle a élargi ses fonctions. Bien reliée à Reims comme à Châlons, elle dispose de tous les commerces et services de base, dont un collège public, et sert de centre de services pour nombre de villages aux environs; quelques petites entreprises, un Intermarché de 65 emplois, nettoyage de l'Ostrevent (50 sal.). La population communale (sdc) a culminé à 8 300 hab. en 1931; après guerre, elle a fluctué, puis entamé une nouvelle croissance à partir de 1982 où elle n'était qu'à 3 900 hab. La disparition statistique de la population comptée à part (1 500 hab. en 1999) a fait baisser la population totale de près de 800 hab. entre 1999 et 2008, tandis que la population municiale était censée augmenter de plus de 600 hab.

Juste à l’ouest, Mourmelon-le-Petit a 790 hab. (1 219 ha), la gare principale, une part des installations militaires (entrepôts, intendance) et sert d’annexe industrielle: ateliers de mécanique (Oeno Concept, 35 sal.), tôlerie (TSR, 20 sal.) et plastiques (Ineos Compounds, 30 sal.). La communauté de communes de la région de Mourmelon associe 8 communes (8 200 hab.). L'aérodrome de Moumelon est dans la commune de Livry-Louvercy (v. Suippes). .

Le camp de Mourmelon

Le camp a été créé en 1856 par décret de Napoléon III, et inauguré fastueusement par l'empereur l'année suivante; Mourmelon-le-Grand avait 400 habitants avant sa création, 5 719 en 1862 et 7 078 en 1896. Sa localisation tenait surtout à la relative proximité de Paris et au bon marché des terres. Il portait alors le nom de camp de Châlons, ville déjà commodément accessible de Paris par chemin de fer. Le maire de la capitale champenoise, Joseph Perrier, avait contribué à son installation et favorisé la création immédiate d'un embranchement ferroviaire de 25 km entre la ville et le camp. Celui-ci avait entraîné l'expropriation de 1 300 cultivateurs, pour 10 000 ha, en des lieux qui, il est vrai, n'avaient alors qu'une bien médiocre réputation agricole.

À l'intérieur de ses 40 km de périmètre, il était conçu pour accueillir 25 000 militaires et 6 000 chevaux en manœuvre. Sept fermes nouvelles y avaient été installées, à Bouy, Cuperly, Jonchery, Suippes, Vadenay, plus les fermes du Piémont à Suippes et du Quartier Impérial à Mourmelon; seules subsistent Cuperly, le Piémont et Suippes, toutes près de la limite orientale du camp et de la D 77, loin de Mourmelon, d'ailleurs transformées et affectées à d'autres usages. Entre 1857 et 1870, le camp fonctionnait comme une grosse ville d'été, très médiatique, dans une atmosphère de fête et accueillant force visiteurs parisiens, plus des «mourmelonnes», dont le nombre augmentait fortement en été pour le repos des guerriers.

Les guerres de 1870 et de 1914 ont accru le rôle du camp, doté aujourd'hui d'une vaste étendue d'installations fixes et qui reste, de loin, le plus peuplé et le plus actif des camps militaires en France (mais non le plus grand, 12 000 ha). Ce n'est pas sans répercussions sur les activités de Châlons-en-Champagne, à laquelle il reste indissolublement lié; il compte 2 900 personnes actives, ce qui représente 6 000 personnes avec les familles.

Aujourd'hui, l'espace bâti à Mourmelon-le-Grand occupe environ 500 ha, tant dans le camp qu'à l'extérieur. Le noyau d'habitat dense forme hors du camp, le long du vallon du r. Cheneu, affluent de la Vesle, un grand T dont les branches s'allongent sur les D 19 (O-E) et 21 (N-S) et où l'on trouve collège, gymnase et terrains de sport, le tout à l'extérieur du camp; plus un cimetière militaire. À l'ouest de la ville, mais à l'intérieur du camp, est installé un arsenal; au sud, coexistent une dizaine de quartiers militaires distincts, des stands de tir, hangars et entrepôts. Toute la partie orientale de la commune, en savarts ou en bois, relève des terrains d'exercice du camp, doté de nombreuses installations spécialisées. En fait le camp, soigneusement clôturé et pourvu d'une rocade périphérique interne, s'étale sur le territoire de dix communes. L'ensemble Châlons-Mourmelon-Suippes réunit 8 000 militaires de l'armée de terre. Mourmelon héberge l'Ercat (établissement régional du commissariat de l'Armée de Terre), le 8e RMAT (régiment de matériel de l'Armée de Terre), les 501e et 503e RCC (régiments de chars de combat) et le 5e Groupement de camp.